Andrew Yang et le modèle « Cost Plus » : quand la startup rend de l’argent au lieu de l’en extraire
Lors d’une récente interview accordée à TechCrunch dans l’émission Equity, l’entrepreneur et ancien candidat à la présidence américaine Andrew Yang a exposé une idée simple mais provocante : les prochaines vagues d’opportunités de startup pourraient naître d’un modèle économique qui redistribue de la valeur directement aux consommateurs plutôt que de chercher à maximiser les marges extractives. Cette réflexion s’inscrit dans la continuité de son plaidoyer en faveur du revenu de base universel (UBI) et s’appuie sur des exemples concrets déjà présents sur le marché.
Les secteurs ciblés : logement, éducation, nourriture, carburant, transports, médias et sans fil
Yang a commencé par établir une liste de postes de dépenses récurrents qui représentent une part importante du budget moyen des ménages américains :
- Logement
- Éducation
- Nourriture
- Carburant
- Transports
- Médias
- Téléphonie sans fil
Selon le Bureau of Labor Statistics, les dépenses moyennes annuelles en services de téléphonie mobile s’élèvent à environ 1 200 $ par foyer aux États‑Unis【2】. C’est précisément ce poste que Yang a choisi d’attaquer en lançant Nobile Mobile, un opérateur de réseau mobile virtuel (MVNO) qui propose un tarif « cost plus » : les clients paient le coût réel du service plus une petite marge, et reçoivent un remboursement lorsqu’ils utilisent moins de données que prévu.
Nobile Mobile : un premier test de concept
Lancé en septembre 2023, Nobile Mobile affirme aujourd’hui compter « des milliers et des milliers » d’abonnés et générer « des millions de dollars » de revenus【3】. L’entreprise se déclare unitairement rentable par client, mais choisit de partager une partie de ses bénéfices sous forme de crédits ou de remboursements mensuels. Yang explique que cette approche vise à créer un cercle vertueux : « Vous économisez, vous restez fidèle, vous parlez du service autour de vous ».
Pour illustrer l’impact potentiel, Yang cite une économie moyenne de 50 $ par mois pour un utilisateur typique. Si cette somme était investie chaque mois avec un rendement annuel moyen de 5 % (hypothèse prudente basée sur le rendement historique du S&P 500), elle atteindrait environ 24 000 $ après 40 ans – suffisamment pour constituer une mise de fonds substantielle pour la retraite【4】.
L’IA, la pression sur les salaires et la quête d’un coût de la vie plus bas
Yang relie cette réflexion à l’impact anticipé de l’intelligence artificielle sur l’emploi et la répartition des richesses. De nombreuses études prévoient que l’IA pourrait automatiser une part significative des tâches routinières, exerçant une pression à la baisse sur certains salaires【5】. Dans ce contexte, réduire le coût de la vie devient une stratégie de résilience individuelle.
Des initiatives telles que Cost Plus Drugs (la pharmacie de Mark Cuban qui vend des médicaments à prix coûtant), le Light Phone** (téléphone « stupide » visant à réduire la dépendance numérique) et Misfits Markets** (épicerie en ligne qui revend des produits « imparfaits » à moindre coût) illustrent déjà cette tendance : la proposition de valeur centrale est la marge restituée au client【6】【7】.
Le revenu de base universel comme complément, pas comme substitut
Yang reste un fervent défenseur de l’UBI, arguant que la richesse créée par les entreprises d’IA devrait être partiellement redistribuée sous forme de paiement direct aux citoyens. Toutefois, il reconnaît les limites potentielles d’une approche purement gouvernementale :
« Il y a de la place pour un lien direct entre l’argent et les gens » – Andrew Yang, TechCrunch, 2024【8】.
Selon lui, le marché peut intervenir là où la politique peine à être efficace, en offrant des incitations économiques alignées sur le bien‑être des consommateurs. Cette vision rejoint les travaux de chercheurs tels que Mariana Mazzucato, qui souligne l’importance d’orienter l’innovation vers des objectifs sociétaux plutôt que vers la seule extraction de valeur【9】.
Défis d’investissement et perspectives d’avenir
Malgré la logique séduisante du modèle « cost plus », lever des capitaux reste un obstacle. Plusieurs investisseurs ont exprimé à Yang leur préférence pour des projets clairement étiquetés « IA », même lorsqu’ils apprécient personnellement l’idée derrière Nobile Mobile【10】. Cette réticence reflète la tendance actuelle du capital de risque à concentrer les fonds dans les secteurs à forte croissance technologique, souvent au détriment des entreprises à faible marge mais à forte impact social.
Néanmoins, Yang souligne que même les acteurs les plus extractifs dépendent d’une économie où les consommateurs disposent d’un pouvoir d’achat suffisant. Une concentration excessive de la richesse, prévient‑il, est « mauvaise pour tout le monde » et pourrait finir par nuire même aux plus grandes fortunes【11】.
Conclusion : penser plus grand, penser autrement
Andrew Yang invite les fondateurs et les investisseurs à élargir leur champ de vision :
« Réfléchissez plus grand et plus largement pour essayer de résoudre les problèmes et ne souscrivez pas trop à la pensée de groupe, car il existe des opportunités précieuses » – Andrew Yang, TechCrunch, 2024【12】.
En s’attaquant aux dépenses essentielles du quotidien avec un modèle qui rend de l’argent plutôt que de l’extraire, les startups peuvent non seulement créer une valeur économique tangible, mais aussi contribuer à une société plus résiliente face aux bouleversements technologiques à venir. Le succès de Nobile Mobile, bien que encore modeste, montre que cette voie mérite d’être explorée davantage – tant par les entrepreneurs que par les investisseurs prêts à réévaluer leurs critères de valeur.
Références
- TechCrunch. « Andrew Yang on the next wave of startup opportunities ». Épisode Equity, mars 2024. Disponible en ligne.
- Bureau of Labor Statistics. « Consumer Expenditure Survey – Telephone services », 20
