jeudi, juin 18, 2026
Asie-PacifiqueL’Asie se lance dans l’IA. L’Europe est toujours en train de nouer ses lacets.

L’Asie se lance dans l’IA. L’Europe est toujours en train de nouer ses lacets.

L’ascension de l’intelligence artificielle en Asie et le retard relatif de l’Europe

Alors que les gouvernements du monde entier définissent leurs stratégies pour tirer parti de l’IA, plusieurs économies asiatiques ont déjà fixé des objectifs chiffrés et mobilisé des ressources considérables. En contraste, l’Union européenne avance avec une approche davantage centrée sur la régulation que sur la stimulation de la demande. Cet article fait le point sur les initiatives chinoises, sud‑coréennes, japonaises, indiennes et singapouriennes, puis examine les défis auxquels l’UE est confrontée.

Chine : le programme « AI Plus » et la quête d’une pénétration de 90 %

Le 26 août 2025, le Conseil d’État chinois a publié son guide AI Plus, présentant l’intelligence artificielle comme la prochaine technologie à usage général, comparable à l’électricité. Le document fixe un taux de pénétration de 90 % pour les terminaux intelligents et les agents d’IA de nouvelle génération d’ici 2030, avec un jalon intermédiaire de 70 % dès 2027.

Six secteurs sont identifiés comme prioritaires : la science et la technologie, l’industrie, la consommation, le bien‑être public, la gouvernance et la coopération mondiale. Selon l’analyse de Trivium Chine, aucune politique chinoise précédente n’avait défini une unité de mesure précise pour la contribution de l’IA au PIB, mais le signal politique est clair : l’IA occupe désormais le même niveau stratégique que l’initiative « Internet Plus » de 2015, qui avait donné naissance à des géants tels que Meituan et DiDi.

Le gouvernement indique que l’IA deviendra le principal moteur de croissance d’ici 2030 et qu’une « économie et société intelligentes » suffisante pour soutenir la modernisation socialiste de Xi Jinping sera réalisée d’ici 2035.

Corée du Sud : législation ambitieuse et déploiement massif de capitaux

La Corée du Sud a franchi une étape supplémentaire en adoptant, le 22 janvier 2026, la Loi fondamentale sur l’intelligence artificielle. Ce texte unique combine gouvernance, politique industrielle et gestion des risques, faisant de Séoul le premier État à disposer d’un cadre juridique complet dédié à l’IA.

Le budget national 2026 a vu les dépenses dédiées à l’IA tripler, atteignant 10,1 billiards de wons (environ 6,94 milliards de dollars américains). Le président Lee Jae‑myung a déclaré que la Corée du Sud visait à devenir une puissance du « G3 de l’IA » d’ici 2030.

En octobre 2025, Jensen Huang, PDG de Nvidia, a annoncé le déploiement de 260 000 GPU Blackwell sur les infrastructures de Samsung, SK, Hyundai, Naver et diverses entités gouvernementales. Cette injection de matériel s’inscrit dans une stratégie qui combine réglementation précoce (à l’image de l’approche de l’UE) avec un déploiement de capitaux que l’Europe n’a pas encore égalé.

Japon : rattraper le retard grâce à des investissements ciblés

Selon le ministère de l’Intérieur et des Communications, l’utilisation de l’IA générative parmi le public japonais était de 26,7 % en 2024, contre 68,8 % aux États‑Unis et 81,2 % en Chine. Conscient de cet écart, le gouvernement de Tokyo a lancé un programme de base d’IA visant un taux d’usage public de 50 % à 80 %, accompagné d’un engagement privé de recherche‑développement d’environ 1 000 milliards de yens (environ 6,4 milliards de dollars).

NTT s’est engagé à investir 59 milliards de dollars d’ici 2027, tandis que SoftBank participe au projet « Stargate » avec plus de 40 milliards de dollars d’engagements. Ces flux de capitaux témoignent d’une volonté de combler le déficit d’adoption grâce à des investissements substantiels dans les infrastructures et les partenariats avec des acteurs internationaux tels qu’OpenAI.

Inde : le calcul en tant que service public

L’Inde a choisi une approche différente, en traitant les ressources de calcul comme un bien public. La mission IndiaAI, approuvée en mars 2024 avec un financement de plus de 103,7 milliards de roupies (environ 1,24 milliard de dollars), a déjà déployé plus de 38 000 GPU, dont 1 050 unités TPU

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