DeepSeek clôture son premier tour de financement externe à plus de 7,4 milliards de dollars
Le 24 avril 2026, la startup chinoise DeepSeek, basée à Hangzhou dans la province du Zhejiang, annonce la clôture d’un premier tour de financement externe de 7,4 milliards de dollars. Selon les déclarations de l’entreprise, cette levée porte sa valorisation à plus de 50 milliards de dollars, la plaçant au rang de start‑up spécialisée dans l’intelligence artificielle la plus valorisée de Chine (AFP/Getty Images, 24 avril 2026).
Jusqu’à présent, DeepSeek avait refusé tout financement extérieur afin de se concentrer sur la recherche fondamentale. Le changement de stratégie intervient après la perte de plusieurs chercheurs clés, poussant la société à chercher des ressources supplémentaires pour soutenir le développement de ses modèles d’IA.
Une condition préalable inhabituelle : interdiction de braconner les talents du laboratoire d’IA
Parmi les termes du contrat de financement figure une clause inédite : les investisseurs exigent que DeepSeek s’engage à ne pas recruter activement des chercheurs appartenant à d’autres laboratoires d’intelligence artificielle chinois. Cette disposition souligne la tension croissante autour du « braconnage de talents » dans l’écosystème technologique chinois, où les géants se livrent une guerre ouverte pour attirer les ingénieurs les plus qualifiés (36kr, mars 2026).
Les analystes estiment que cette clause vise à protéger les investissements en limitant le turnover excessif, tout en incitant DeepSeek à développer ses propres viviers de talents plutôt qu’à dépendre du recrutement agressif.
Départs de chercheurs clés et répercussions sur la concurrence
L’un des départs les plus médiatisés est celui de Luo Fuli, principal contributeur du modèle V3 de DeepSeek, qui a rejoint l’année dernière l’équipe MiMo de Xiaomi pour diriger le développement de nouveaux modèles d’IA. Depuis son arrivée, les modèles de Xiaomi ont dépassé ceux de DeepSeek sur plusieurs benchmarks publics (The Information, avril 2026).
Par ailleurs, des sources indiquent que ByteDance a perdu deux développeurs d’IA au profit de Tencent, tandis que Tencent a investi 20 millions de dollars dans un nouveau laboratoire d’IA fondé par Juyang Lin, ancien chercheur principal des modèles Qwen d’Alibaba (Bloomberg, juin 2026). Lin a confirmé sa démission de Qwen en mars 2026, expliquant qu’il souhaitait poursuivre une recherche plus indépendante sur l’intelligence artificielle générale (AGI).
Les mouvements stratégiques chez les géants technologiques chinois
- Tencent : recrutement de Yao Shunyu, ancien scientifique d’OpenAI, pour occuper le poste de scientifique en chef de l’IA au sein du groupe.
- Alibaba : remplacement du responsable de l’application Dingtalk, orientée entreprise, après un débat interne sur le rôle de cette unité dans la stratégie globale d’IA de l’entreprise.
- ByteDance : pertes de talents vers Tencent, tout en continuant à financer ses propres projets d’IA générative.
- DeepSeek : recherche de financements pour compenser le départ de chercheurs et renforcer ses capacités de calcul.
Ces transferts illustrent une tendance plus large : les entreprises chinoises cherchent non seulement à acquérir des compétences issues des laboratoires américains (comme l’embauche de Yao Shunyu d’OpenAI par Tencent), mais aussi à restructurer leurs équipes internes pour mieux répondre aux défis de l’AGI.
Vers une course à l’AGI en Chine
Yao Shunyu et Liang, chercheur en chef de DeepSeek, partagent la conviction que la voie à suivre pour la Chine consiste à s’engager pleinement dans le développement d’une intelligence artificielle générale, c’est‑à‑dire une IA dotée de capacités de niveau humain ou supérieures. Cette vision rejoint celle de nombreux acteurs du secteur qui considèrent l’AGI comme le prochain saut technologique capable de transformer l’industrie, la santé et la recherche scientifique (Interview de Yao Shunyu, TechCrunch, mai 2026).
Cependant, la réalisation de l’AGI reste un défi scientifique et éthique majeur. Les experts appellent à une coopération accrue entre les universités, les instituts de recherche et les entreprises afin de partager les connaissances tout en respectant des cadres de gouvernance robustes.
En résumé, le récent tour de financement de DeepSeek met en lumière les enjeux actuels de l’écosystème IA chinois : valorisation record, conditions de financement inédites, lutte acharnée pour les talents et ambitions partagées envers l’AGI. Les mois à venir détermineront si ces stratégies permettront à la Chine de consolider sa position parmi les leaders mondiaux de l’intelligence artificielle.
