lundi, juin 1, 2026
GénéralLa BCE "fera le nécessaire" pour maîtriser l'inflation, déclare le gouverneur de la Banque de France à CNBC

La BCE “fera le nécessaire” pour maîtriser l’inflation, déclare le gouverneur de la Banque de France à CNBC

Impact de la fermeture du détroit d’Ormuz sur l’inflation et les marchés financiers européens

La fermeture effective du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le transport du pétrole, a déclenché une forte hausse des prix du brut. Cette hausse s’est rapidement répercutée sur les coûts de l’essence, du diesel et du kérosène en Europe, région qui importe près de 60 % de sa consommation énergétique. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le prix du baril de Brent a augmenté d’environ 22 % entre fin février et fin avril 2025.

Contexte géopolitique et hausse des prix du pétrole

Les frappes conjointes des États‑Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2025 ont provoqué une interruption temporaire du trafic dans le détroit d’Ormuz. Les analystes de Bloomberg estiment que cette perturbation a réduit les exportations de pétrole du Golfe persique d’environ 1,2 million de barils par jour durant les deux premières semaines de mars, créant un déséquilibre offre‑demande qui a poussé les prix à la hausse.

Réaction de la BCE et déclarations de François Villeroy de Galhau

Lors de l’assemblée annuelle 2025 de l’Institut de la finance internationale (IIF) à Washington, DC, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a souligné que la banque centrale surveillait étroitement les risques inflationnistes liés à ce choc énergétique. Il a déclaré :

« Les données jusqu’à présent indiquent qu’il s’agit principalement d’un effet de premier tour, mais nous devons être extrêmement vigilants quant à un éventuel effet de second tour. Donc, encore une fois, n’ayez aucun doute, nous agirons autant que nécessaire. »

Cette déclaration a été faite lors d’une conférence où il a également rappelé le mandat de la BCE de maintenir l’inflation à proximité de son objectif de 2 % à moyen terme.

Évolution de l’inflation dans la zone euro

Avant le début des tensions au Moyen‑Orient, l’inflation harmonisée des prix à la consommation (IHPC) de la zone euro était tombée à 1,9 % en février 2025, légèrement en dessous de la cible de la BCE. Selon Eurostat, l’indice a grimpé à 2,6 % en mars puis à 3,0 % en avril 2025, reflétant principalement l’impact des prix de l’énergie.

Les chiffres de l’inflation sous‑jacente (hors énergie et alimentation) sont restés plus stables, autour de 1,7 % en avril, ce qui suggère que la pression inflationniste provient principalement du choc énergétique plutôt que d’une dynamique de demande généralisée.

Volatilité des obligations d’État et attentes de politique monétaire

Les marchés obligataires ont réagi vivement à la perspective d’une inflation plus élevée. Le rendement du Bund allemand à 10 ans, référence pour la zone euro, a augmenté d’environ 32 points de base (pb) entre fin mars et fin avril 2025, passant de 2,45 % à 2,77 %. D’autres souverains de la zone euro ont connu des hausses encore plus prononcées, avec des spreads atteignant jusqu’à 45 pb sur certaines émissions françaises et italiennes.

Cette hausse des rendements traduit l’anticipation d’un resserrement de la politique monétaire. Selon les données du LSEG (London Stock Exchange Group) publiées en mai 2025, plus de 70 % des traders interrogés prévoient une hausse d’au moins 50 points de base du taux directeur de la BCE d’ici la fin de l’année, avec une probabilité significative d’une décision lors de la réunion de juin.

Perspectives et risques de second tour

Les responsables de la BCE examinent plusieurs indicateurs pour détecter un éventuel effet de second tour :

  • l’évolution de l’inflation sous‑jacente (hors énergie et alimentation) ;
  • les anticipations d’inflation des ménages et des entreprises, mesurées par les enquêtes de la BCE ;
  • la croissance des salaires nominaux dans les principaux secteurs ;
  • les indicateurs de tensions sur les chaînes d’approvisionnement, notamment dans le secteur du transport et de la logistique.

À ce stade, la majorité des analystes considèrent que le choc reste principalement d’ordre premier tour, mais ils insistent sur la nécessité d’une vigilance continue. Comme l’a rappelé Christine Lagarde, présidente de la BCE, lors de la conférence « La BCE et ses observateurs » à Francfort en mars 2025, laisser un dépassement significatif et persistant de l’inflation sans réponse pourrait entraîner un risque de communication et réduire la crédibilité de la banque centrale.

En résumé, la fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué une hausse notable des prix de l’énergie, poussant l’inflation de la zone euro au‑delà de l’objectif de la BCE. La réponse de la banque centrale, guidée par les déclarations de ses gouverneurs et les données économiques disponibles, restera conditionnée à l’évolution des indicateurs de second tour et à la capacité des marchés à absorber ce choc énergétique sans déclencher une spirale inflationniste durable.

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