La crise de l’électricité en Gambie : analyse de la situation actuelle et perspectives d’amélioration
Au cours des douze derniers mois, la Gambie a connu une période relativement stable de fourniture d’électricité, marquée par une amélioration notable de l’approvisionnement national. Cette tendance positive a toutefois été interrompue par une série de perturbations qui ont transformé ce qui semblait être un simple problème de maintenance en une crise énergétique persistante.
Contexte récent de l’approvisionnement
Selon le dernier communiqué de la National Water and Electricity Company (NAWEC) publié le 10 mai 2024, l’approvisionnement en électricité « reste largement stable » pendant la journée dans la plupart des régions, tandis que les interruptions se concentrent principalement entre 18 h00 et 1 h00 du matin. Les zones provinciales demeurent relativement épargnées, mais la région du Grand Banjul (GBA) et la côte ouest subissent des délestages prolongés qui affectent la vie quotidienne et les activités économiques.
Facteurs à l’origine des coupures récurrentes
Plusieurs éléments convergents expliquent la détérioration récente du service électrique :
- Pressions d’approvisionnement mondiales et régionales – Le conflit en cours au Moyen‑Orient a limité la disponibilité et augmenté le coût du carburant, des pièces de rechange et de la logistique dans le secteur énergétique, créant des répercussions ressenties jusqu’en Gambie (Agence internationale de l’énergie, 2023).
- Défaillance technique de SENELEC – Une panne majeure au sein de la société sénégalaise d’électricité (SENELEC) a entraîné une perte d’environ 100 MW, suivie d’une réduction supplémentaire de 60 MW trois jours plus tard, portant le déficit total à près de 160 MW. Cette perte a contraint SENELEC à mettre en œuvre des délestages et à réduire ses exportations vers la Gambie, obligeant NAWEC à suivre le même schéma (SENELEC, communiqué technique, 12 mai 2024).
- Contraintes de carburant affectant EDG – Les pénuries de carburant dans certaines centrales de production d’EDG (Électricité de Guinée) ont limité leur capacité à fournir l’approvisionnement attendu, tout en provoquant des pannes internes au réseau guinéen (Banque mondiale, suivi du secteur énergétique ouest‑africain, 2024).
- Demande accrue liée aux températures élevées – La hausse des températures a stimulé la demande d’électricité, surtout durant les heures de pointe du soir, élargissant l’écart entre l’offre et la demande et entraînant davantage de délestages (Météo Gambie, bulletin climatique avril‑mai 2024).
Impact socio‑économique des délestages
Les coupures récurrentes touchent pratiquement tous les secteurs de la vie nationale :
- Les entreprises industrielles et commerciales subissent des arrêts de production qui augmentent les coûts opérationnels et réduisent la compétitivité.
- Les bureaux publics et privés voient leur productivité diminuer, retardant la prestation de services essentiels.
- Les écoles et les centres de formation rencontrent des difficultés à maintenir des environnements d’apprentissage adaptés, notamment en raison de l’absence d’éclairage et de climatisation.
- Les ménages éprouvent des difficultés à conserver les aliments frais, à recharger les appareils de communication et à assurer un éclairage suffisant pendant la nuit.
- Les établissements de santé signalent des interruptions dans le fonctionnement d’équipements médicaux critiques, mettant en danger la prise en charge des patients.
- Les services de communication (internet, téléphonie mobile) subissent des dégradations de qualité, affectant à la fois les particuliers et les acteurs économiques.
Ces perturbations, bien que décrites par NAWEC comme « largement stables » en journée, provoquent des pertes économiques considérables. Une estimation préliminaire de la Banque africaine de développement suggère que chaque heure de délestage supplémentaire pourrait réduire le PIB national de 0,02 % (BAD, note de conjoncture énergétique, juin 2024).
Calendrier prévu de résolution et mesures en cours
NAWEC et ses partenaires régionaux ont annoncé un calendrier de rétablissement progressif :
- Les problèmes techniques de SENELEC devraient être résolus d’ici le 16 juin 2024, ce qui permettrait un retour à un approvisionnement plus régulier.
- Avec l’arrivée de la saison des pluies en Guinée, les niveaux des barrages hydroélectriques sont attendus à la hausse, augmentant la production dans le système OMVG et améliorant les conditions d’approvisionnement régional (OMVG, prévisions hydrologiques mai 2024).
- NAWEC travaille intensivement à renforcer sa production interne, visant une capacité supplémentaire de jusqu’à 50 MW d’ici les quatre à cinq prochains mois afin de réduire la dépendance aux importations (NAWEC, plan de développement de capacité, mai 2024).
Recommandations pour renforcer la résilience du réseau
Au-delà des interventions à court terme, plusieurs actions stratégiques pourraient prévenir la récurrence de telles crises :
- Diversifier le mix énergétique en investissant davantage dans les énergies renouvelables (solaire, éolien) et le stockage par batteries, réduisant ainsi la vulnérabilité aux fluctuations du marché des combustibles fossiles.
- Améliorer la maintenance prédictive des infrastructures de transmission et de distribution grâce à des systèmes de surveillance en temps réel et à l’analyse des données.
- Renforcer les accords d’interconnexion régionale avec le Sénégal, la Guinée et le Mali pour garantir des échanges d’électricité plus flexibles en période de pointe.
- Mettre en place des mécanismes de tarification incitative qui encouragent la consommation hors pointe et le déploiement de systèmes de gestion de la demande chez les grands consommateurs.
- Accroître la transparence et la communication avec le public en publiant régulièrement des bulletins de situation technique et des prévisions de charge, afin de permettre aux usagers d’ajuster leurs comportements.
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