Les craintes de stagflation ressuscitent les fantômes des années 1970
Les marchés financiers ont connu une semaine agitée, secoués par la flambée des prix du pétrole. Cette tension sur les coûts de l’énergie ravive le spectre d’une combinaison toxique : une inflation persistante couplée à une croissance économique ralentie, un phénomène connu sous le nom de stagflation. Pour de nombreux investisseurs, ce scénario évoque inévitablement le souvenir des années 1970, une décennie marquée par une crise énergétique majeure et des marchés boursiers durablement meurtris. Mais comparer la situation actuelle à celle de 1973 est-il pertinent ? L’analyse révèle des différences structurelles fondamentales qui pourraient modifier l’issue pour les portefeuilles en 2026.
Le scénario historique : 1973 et ses leçons
L’analogie avec le passé prend sa source dans l’embargo pétrolier de l’OPEP de 1973. À l’époque, un choc d’offre brutal avait fait exploser les prix du brut, plongeant les économies occidentales dans la stagflation. Les conséquences pour les actifs financiers avaient été sévères. Selon les données de Capital Economics, l’indice S&P 500 avait chuté de plus de 40 % cette année-là, inaugurant une longue période de sous-performance pour les actions des grandes capitalisations. Parallèlement, l’or avait connu une envolée spectaculaire, portée par un dollar américain en nette dépréciation, offrant une protection relative aux investisseurs avisés.
Pourquoi 2026 n’est pas 1973 : trois différences majeures
Établir un parallèle direct entre 2026 et les années 1970 serait pourtant hasardeux. Au moins trois facteurs-clés distinguent fondamentalement le contexte actuel :
- Un dollar américain fort, pas faible. Contrairement à 1973, le billet vert s’est apprécié récemment face à un panier de devises majeures. Or, un dollar fort a traditionnellement un effet dépressif sur le prix de l’or, qui est libellé en dollars. “L’or est peut-être une excellente protection contre l’incertitude, mais je soupçonne que de nombreux investisseurs n’étaient pas préparés au fait que cette fois-ci, il n’aimait pas beaucoup un dollar américain plus fort”, explique Julian Howard, responsable multi-actifs chez GAM, dans des déclarations rapportées par CNBC.
- Les États-Unis, premier producteur mondial de pétrole. La géopolitique énergétique a radicalement changé. “Les États-Unis sont désormais le plus grand producteur mondial de pétrole et l’un des principaux exportateurs, ce qui signifie que le pays est désormais moins vulnérable aux contraintes d’approvisionnement au Moyen-Orient”, précise M. Howard. Une flambée des prix du pétrole améliore aujourd’hui les termes de l’échange de l’économie américaine et soutient le dollar, créant un cercle vertueux pour la monnaie américaine et un environnement moins favorable à l’or qu’en 1973.
- Le scénario des petites capitalisations n’est pas encore enclenché. Durant les années 1970, les actions des petites entreprises avaient été les stars du marché à partir de 1975, surperformant pendant trois ans consécutifs selon BofA Global Research. Cependant, cette performance exceptionnelle est intervenue après un “krach brutal” du marché. Pour Julian Howard, “s’attendre à ce que les petites capitalisations surperforment dans les années 2020 supposerait une phase de reprise après un krach boursier, comme celui-ci n’a pas encore eu lieu”.
Perspective actuelle : le pétrole sous les sommets, mais l’inquiétude persiste
Il est crucial de mettre en perspective le niveau actuel du pétrole. Bien que le prix du Brent ait brièvement dépassé les 100 dollars le baril la semaine dernière, il reste inférieur aux sommets post-invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, où il avait franchi la barre des 120 dollars. Le 16 mai, le Brent se négociait autour de 99,78 dollars, en légère baisse.
Pour Charles-Henry Monchau, directeur des investissements du groupe Syz, le risque n’est pas une répétition parfaite du passé, mais l’amorce d’une ère nouvelle. “Nous ne sommes pas dans les années 1970, mais cela pourrait être le début de quelque chose d’aussi important”, écrit
