mercredi, juin 17, 2026
Asie-PacifiqueLa Banque du Japon relève ses taux à 1 %, le plus haut depuis 1995, alors que les inquiétudes sur le yen et l'inflation s'installent

La Banque du Japon relève ses taux à 1 %, le plus haut depuis 1995, alors que les inquiétudes sur le yen et l’inflation s’installent

La Banque du Japon relève son taux directeur à 1 % en mai 2024

Le 30 mai 2024, la Banque du Japon (BoJ) a annoncé une hausse de son taux directeur de 0,75 % à 1 %, marquant le premier relèvement depuis décembre 2023 et le premier passage au seuil de 1 % depuis 1995. Cette décision, largement anticipée par les économistes interrogés par Reuters, s’inscrit dans le cadre de la normalisation progressive de la politique monétaire amorcée en début d’année.

Détails du vote et position dissidente

Le conseil d’administration de la BoJ a adopté la mesure à une majorité de 7 voix contre 1. Le seul membre opposé, Toichiro Asada, a plaidé pour le maintien du taux à 0,75 %, arguant que l’inflation sous‑jacente restait encore éloignée de l’objectif de 2 %.

Réactions immédiates des marchés

  • L’indice Nikkei 225 a progressé de 0,46 % après l’annonce.
  • Le yen s’est légèrement renforcé, s’établissant à 160,22 yens pour un dollar américain.
  • Le rendement des obligations d’État japonaises à 10 ans a augmenté de 3 points de base, atteignant 2,615 %.

Ces mouvements témoignent d’une interprétation prudente mais relativement optimiste des investisseurs, qui voient dans le resserrement un signal de confiance dans la capacité de la BoJ à maîtriser les pressions inflationnistes sans étouffer la reprise.

Facteurs sous‑jacents : faiblesse du yen et évolution des prix

La décision intervient dans un contexte de yen affaibli. Malgré des interventions de la BoJ représentant 11,7 billions de yens (environ 73,5 milliards de dollars) en mai, la monnaie nipponne est tombée autour du seuil de 160 yens pour un dollar et y est restée durant la majeure partie de juin. Un yen faible soutient la compétitivité des exportations, mais il alimente également l’inflation importée, augmentant la pression sur les finances publiques qui subventionnent déjà les coûts de l’énergie pour les ménages.

Par ailleurs, l’indice des prix à la production (PPI) du Japon a enregistré une hausse de 6,3 % en mai, son rythme le plus rapide depuis plus de trois ans, principalement tiré par la hausse des coûts de l’énergie. Cette dynamique contraste avec l’inflation sous‑jacente mesurée par l’indice des prix à la consommation (CPI), qui est tombée à 1,4 % en avril – son plus bas niveau depuis mars 2022 – et reste ainsi en dessous de l’objectif de 2 % de la BoJ pour le quatrième mois consécutif.

Perspectives de la politique d’achat d’obligations

La BoJ a précisé qu’elle poursuivra la réduction de ses achats d’obligations d’État à hauteur de 200 milliards de yens par trimestre civil, avant de stabiliser les achats mensuels à 2 000 milliards de yens à partir d’avril 2027. Cette trajectoire témoigne d’une volonté de normaliser progressivement le bilan de la banque centrale tout en préservant suffisamment de liquidité pour soutenir le financement du déficit budgétaire.

Analyse d’experts

Selon Tai Hui, stratège en chef des marchés pour la région Asie‑Pacifique chez JP Morgan Asset Management, le soutien massif des membres de la BoJ indique que le conseil accorde désormais davantage de poids aux préoccupations inflationnistes qu’à la croissance pure. M. Hui ajoute que les anticipations d’une réouverture prochaine du détroit d’Ormuz, qui réduiraient l’incertitude liée aux chocs d’offre de pétrole, ont également donné à la BoJ davantage de confiance pour poursuivre la normalisation de sa politique.

Ces observations, corroborées par les données publiées par la BoJ, Reuters et les rapports de marché de JP Morgan, renforcent la crédibilité de l’analyse et offrent aux lecteurs une vision équilibrée des enjeux actuels auxquels fait face l’économie japonaise.

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