Johannesburg face à une dette électrique colossale envers Eskom
La métropole sud‑africaine, cœur financier du pays et siège de la Bourse de Johannesburg, se retrouve au centre d’un conflit de paiement qui menace la stabilité de son approvisionnement en électricité. Selon les déclarations d’Eskom, la ville et sa filiale City Power devraient plus de 5,2 milliards de rands en arriérés, auxquels s’ajoute un paiement de 1,58 milliard de rands exigible le 5 juin.
Montants dus et échéances critiques
- Arriérés actuels : 5,2 milliards de ZAR (Eskom, communiqué du 28 mai 2024).
- Échéance immédiate : 1,58 milliard de ZAR à régler avant le 5 juin 2024.
- Menace de réduction ou de coupure d’alimentation sur certains points de livraison en gros si les paiements ne sont pas effectués.
Ces chiffres, bien que contestés par certaines parties, ont déjà été portés devant les tribunaux, ce qui a conduit le ministre de l’Électricité, Kgosientsho Ramokgopa, à proposer une vérification indépendante des factures afin de déterminer le montant réellement dû.
Intervention du ministre et appel à la vérification indépendante
Le ministre Ramokgopa tiendra mardi une réunion de crise avec les représentants d’Eskom et de City Power. Lors d’une déclaration précédente, il a indiqué :
« Eskom travaille avec la ville de Johannesburg et City Power depuis plus de deux ans pour aider le métro à respecter ses obligations de paiement. »
Il souhaite désormais qu’un organisme neutre examine les données de facturation pour mettre fin aux désaccords sur le montant de la dette.
Pression de la société civile : Public Interest SA fixe un ultimatum
Le groupe de la société civile Public Interest SA a adressé à la municipalité un délai de quatorze jours pour élaborer un plan de redressement financier. À défaut, l’organisation menace de saisir un tribunal compétent pour obtenir réparation.
Parmi ses exigences, Public Interest SA demande que la ville :
- Précise le montant exact dû à Eskom ainsi qu’aux autres créanciers.
- Détaille les modalités de remboursement de la dette.
- Explique comment elle protégera les recettes provenant de la vente d’électricité.
- Renforce les contrôles financiers et sanctionne les responsables de dépenses jugées inutilement élevées ou de fautes professionnelles.
Le président de l’organisation, Tebogo Khaas, a prévenu que les seuls pourparlers ne suffiront pas à résoudre la crise et que des mesures concrètes sont indispensables.
Réaction de la municipalité et de City Power
Le maire de Johannesburg, Dada Morero, a affirmé que la ville ne chercherait pas à affronter Eskom, mais qu’elle collaborerait avec le ministre Ramokgopa et l’Association des gouvernements locaux d’Afrique du Sud (SALGA) pour sortir de l’impasse.
City Power, de son côté, a déjà lancé une stratégie de redressement visant à améliorer son efficacité opérationnelle et sa situation financière. Toutefois, les détails de ce plan n’ont pas encore été rendus publics.
Conséquences pour l’approvisionnement électrique et l’économie locale
La perspective de coupures ou de réductions d’alimentation inquiète les entreprises et les ménages de Johannesburg, déjà habitués à investir dans des générateurs, des systèmes solaires et des solutions de secours en raison des années de coupures de courant.
En tant que centre névralgique du secteur bancaire, minier et de la Bourse de Johannesburg, toute instabilité de l’électricité pourrait avoir des répercussions nationales, affectant la confiance des investisseurs et la compétitivité de l’économie sud‑africaine.
Perspectives et appels à la réforme financière
Les observateurs soulignent que la résolution de ce différend passe par une transparence accrue sur les comptes de la ville et de City Power, ainsi que par la mise en place de mécanismes de suivi rigoureux des dépenses publiques. Une vérification indépendante des factures, telle que souhaitée par le ministre Ramokgopa, pourrait constituer un premier pas vers la rétablissement de la confiance entre les parties.
En attendant, les acteurs du secteur énergétique et les représentants de la société civile continuent de surveiller l’évolution de la situation, prêts à intervenir afin d’éviter que la crise de la dette électrique ne se transforme en une pénurie prolongée qui mettrait en péril le quotidien de millions de Johannesburgers.
