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GénéralLes craintes d’une stagflation à la manière des années 1970 surgissent avec le pic du pétrole à 100 dollars. Quelle est l’ampleur de cette menace ?

Les craintes d’une stagflation à la manière des années 1970 surgissent avec le pic du pétrole à 100 dollars. Quelle est l’ampleur de cette menace ?






Stagflation : la menace resurgit entre pétrole à 100$ et marché du travail atone


Dans une station-service Wawa de Media, en Pennsylvanie, le 2 mars 2026, un conducteur fait le plein. La scène, banale, illustre une réalité économique devenue préoccupante : le prix du brut a brièvement franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril. Cette flambée, couplée à des chiffres de l’emploi décevants, ravive avec force le spectre de la stagflation – cette combinaison toxique d’une inflation élevée et d’une croissance économique atone – sur l’économie américaine.

Les données officielles sont sans appel. Fin février, le Bureau of Labor Statistics (BLS) a annoncé une perte nette de 92 000 emplois pour le mois, avec un taux de chômage en légère hausse à 4,4%. Cette contre-performance fait suite à une tendance à la stagnation de l’embauche entamée début 2025. Sur l’ensemble de l’année 2025, la création nette d’emplois s’est établie à 116 000 par mois, soit 5 000 de moins que la moyenne de 2024. Pendant ce temps, l’inflation sous-jacente, mesure préférée de la Réserve fédérale (Fed), reste bloquée à 3%, un point de pourcentage au-dessus de l’objectif de 2% de la banque centrale.

Un cocktail économique dangereux

Le cœur du problème réside dans l’impuissance relative des outils de politique économique face à ce double choc. Les mesures de relance traditionnelles, comme les baisses de taux d’intérêt ou les dépenses publiques, risquent d’alimenter davantage l’inflation sans parvenir à stimuler une demande déjà freinée par des prix constamment plus élevés. La consommation, qui représente plus des deux tiers de l’économie américaine, est directement menacée.

“Je suis préoccupé par la menace de stagflation depuis longtemps, en partie parce qu’il existe de nombreuses pressions inflationnistes différentes sur l’économie”, explique Erik Norland, économiste en chef du groupe CME. “Vous avez d’énormes déficits budgétaires, une inflation supérieure à l’objectif et les banques centrales assouplissent de toute façon leur politique. Et puis vous ajoutez à cela 100 dollars le baril de pétrole.”

Cette poussée des coûts énergétiques intervient dans un contexte géopolitique tendu. Les marchés ont été secoués par la perspective de combats prolongés au Moyen-Orient et d’un blocage potentiel du détroit d’Ormuz, voie maritime cruciale pour les hydrocarbures. Le Brent, référence internationale, a touché les 100$, tandis que le WTI américain bondissait de 8,5%.

Les pressions inflationnistes au-delà du carburant

L’impact d’un pétrole cher ne se limite pas à la pompe. Comme le souligne Ed Yardeni, fondateur de Yardeni Research, “la hausse des prix du carburant menace d’exacerber l’inflation alimentaire dans la mesure où le pétrole est utilisé pour fabriquer des engrais”. Cela crée un risque de contagion à l’ensemble des prix à la consommation.

Retour sur la stagflation : un spectre du passé qui ressurgit

L’économie américaine a connu sa dernière stagflation sévère dans les années 1970, suite aux chocs pétroliers. Une situation similaire, mais moins marquée, avait été redoutée en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Plus récemment, l’imposition de tarifs douaniers massifs par l’administration Trump en avril 2025 avait ravivé ces craintes.

Pour la plupart des économistes, la clé cette fois-ci est la durée du choc pétrolier. Si la crise iranienne se résout en quelques semaines, comme l’a promis le président Donald Trump, l’impact pourrait être temporaire. En revanche, une persistance des prix élevés modifierait la donne.

“Des prix du pétrole plus élevés, une inflation plus élevée, cela conduit à un choc”, analyse Jim Caron, directeur des investissements chez Morgan Stanley Investment Management. “Mais si les prix du pétrole restent élevés assez longtemps, cela devient une peur de la croissance, et alors les rendements obligataires commenceront à baisser. Si les rendements obligataires baissent parce que les gens s’inquiètent de la croissance, alors vous êtes en mode stagflation.”

Actuellement, les rendements obligataires ont plutôt augmenté, signe que les investisseurs intègrent une prime de risque inflationniste. Les marchés ont également révisé leurs anticipations sur les taux de la Fed, repoussant le scénario d’une première baisse à septembre 2026 et écartant l’idée d’une seconde avant fin 2027.

La Fed face à un dilemme cornélien

La situation place la Réserve fédérale dans une position extrêmement délicate, coincée entre son double mandat de stabilité des prix et de plein emploi. “L’économie et le marché boursier américains sont actuellement coincés entre l’Iran et une situation difficile. La Fed aussi”, écrit Ed Yardeni, qui estime maintenant à 35% la probabilité

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