Theker : une startup de robotique IA qui réinvente l’automatisation industrielle
Alors que la pénurie de main‑d’œuvre pousse les usines à chercher des solutions d’automatisation plus souples, une jeune entreprise barcelonaise, Theker, propose une approche différente des robots humanoïdes classiques. Plutôt que de concevoir des machines dédiées à une seule tâche répétitive, Theker mise sur la modularité : ses bras, ses mains et même sa forme globale peuvent être échangés ou redimensionnés selon les besoins de l’atelier.
Une approche modulaire et reconfigurable
Contrairement aux systèmes de Boston Dynamics ou d’autres acteurs qui s’appuient sur une morphologie fixe, les robots de Theker sont conçus pour être reconfigurables en temps réel. Selon Carla Gómez Cano, cofondatrice et directrice technique, cette flexibilité permet de répondre à des processus variés : tri de colis, emballage de vêtements, manipulation de bouteilles et de canettes dans un entrepôt logistique.
Cette philosophie s’appuie sur une observation simple : la plupart des lignes de production ne se résument pas à « mettre le même cookie dans la même boîte ». En permettant aux opérateurs d’ajouter ou de retirer des effecteurs mécaniques sans reprogrammer entièrement le robot, Theker réduit le temps d’intégration et diminue les coûts liés à la formation du personnel.
Un financement record soutenu par des acteurs majeurs
En 2024, Theker a annoncé une levée de fonds de 85 millions de dollars en série A, présentée comme « la plus grande série A de robotique jamais réalisée en Europe » selon les données de Crunchbase et confirmée par l’article de TechCrunch (septembre 2024).
Le tour de table était mené par le fonds américain de capital‑risque CRV, avec la participation d’investisseurs stratégiques tels que Samsung, Aglaé Ventures (le véhicule d’investissement lié à Bernard Arnault, président de LVMH) et le détaillant de mode Inditex, maison mère de Zara, qui avait déjà soutenu l’entreprise lors d’un précédent tour de table.
Gómez Cano précise que, bien que Samsung ne soit pas encore client, les deux parties sont en discussions avancées pour un partenariat qui pourrait réunir les rôles de client, fournisseur et investisseur – un trio qui renforcerait à la fois les revenus de Theker et sa crédibilité dans la fabrication à grande échelle.
Des ambitions qui dépassent le secteur du retail
Si l’intérêt initial d’Inditex situe Theker dans le domaine du retail, la startup voit plus loin. Son objectif est d’étendre sa technologie à des environnements industriels plus lourds, tels que la fabrication automobile ou l’assemblage d’équipements électroniques, où la complexité et le volume des tâches manuelles sont nettement supérieurs.
Cette vision généraliste a valu à Theker d’être citée parmi les startups européennes à surveiller par plusieurs analystes du secteur (voir, par exemple, le classement EU‑Startups 2024).
Croissance rapide et projets d’expansion
Pour démontrer la viabilité de son modèle, Theker dispose déjà d’un showroom au cœur de Barcelone et prévoit d’en ouvrir d’autres aux États‑Unis, en Asie et dans d’autres pôles européens. L’entreprise prévoit également d’accroître ses effectifs : après avoir reçu plus de 15 000 candidatures**, elle prévoit de passer d’une équipe de quelques dizaines à environ 120 employés d’ici la fin de l’année, selon les déclarations de Gómez Cano lors d’une interview avec Bloomberg (octobre 2024).
Les nouveaux postes couvriront la recherche et développement, le déploiement sur site et les ventes, reflétant la volonté de Theker de passer rapidement du stade de prototype à celui de solution industrielle déployable à grande échelle.
Conclusion
En combinant une robotique modulaire, un soutien financier de poids lourds internationaux et une ambition clairement orientée vers l’industrie lourde, Theker se positionne comme un acteur potentiellement disruptif dans le paysage de l’automatisation européenne. Si la startup parvient à tenir ses promesses de flexibilité et de rapidité de déploiement, elle pourrait bien contribuer à alléger la pression sur les marchés du travail tout en ouvrant de nouvelles voies pour la compétitivité des usines du futur.
