Relations commerciales et d’investissement sino‑israéliennes : trois tendances majeures
Selon les données du Bureau central israélien des statistiques (CBS) et du ministère de l’Économie, le commerce bilatéral entre Israël et la Chine (y compris Hong Kong) a atteint 21,17 milliards de dollars en 2025, un niveau record depuis la reprise post‑pandémique. Toutefois, cette croissance est fortement asymétrique, comme le montrent trois tendances observées ces dernières années.
1. Déficit commercial croissant et domination des importations
Les importations en provenance de Chine seules sont passées de 11,8 milliards de dollars en 2023 à 14,7 milliards en 2025, soit une hausse de 25 % sur deux ans. En incluant Hong Kong, le total des importations dépasse 16 milliards de dollars. Dans le même temps, les exportations israéliennes vers la Chine ont chuté de 40 % entre 2022 et 2025, tombant à 2,8 milliards de dollars. Le déficit commercial a donc franchi la barre des 10 milliards de dollars en 2024 pour atteindre un record de 11 milliards en 2025 (CBS, 2026).
2. Pénétration des biens de consommation durables et de la mobilité électrique
Les marques chinoises, notamment BYD, ont gagné une part substantielle du marché israélien de l’automobile : environ une nouvelle voiture sur cinq immatriculée en 2024‑2025 provient de Chine. Cette dynamique s’accompagne d’une forte hausse des volumes dans l’électronique grand public et le textile, répondant à la préoccupation israélienne du coût de la vie. Selon une étude de l’Institut israélien de recherche économique (IIRE, 2025), les produits chinois permettent de réduire de ≈ 8 % l’indice des prix à la consommation pour les ménages urbains.
3. Rétrécissement des flux d’investissement direct étranger (IDE) chinois
Après un pic de ≈ 1,2 milliard de dollars en 2018, les IDE chinois en Israël sont tombés à un niveau exceptionnellement bas de 39 millions de dollars en 2023 (0,12 % du total des IDE israéliens). Une reprise partielle à 800 millions de dollars en 2024 a été largement portée par une seule opération – l’acquisition de 700 millions de dollars de SuperPlay (Playtika) – et ne reflète pas un renouveau généralisé du capital chinois (UNCTAD, 2025). Les facteurs explicatifs incluent la réorientation globale des investissements chinois vers les secteurs de haute technologie, la pression américaine sur Jérusalem et le renforcement du cadre réglementaire israélien sur les investissements sensibles.
Le rôle déterminant des États‑Unis dans la politique commerciale d’Israël envers la Chine
Les États‑Unis restent le principal facteur externe shaping la stratégie économique d’Israël vis‑à‑vis de Pékin. Dans un contexte de concurrence sino‑américaine intensifiée, Washington a exercé une pression soutenue pour que Jérusalem considère l’intégration économique chinoise comme une vulnérabilité de sécurité nationale.
- Israël a instauré un mécanisme de contrôle des investissements étrangers (FCI) spécifiquement conçu pour exclure les entreprises publiques chinoises des infrastructures critiques, des télécommunications et des ports (Ministère de la Défense, 2023).
- Les contrôles américains à l’exportation sur les technologies à double usage – semi‑conducteurs, IA, équipements de cybersécurité – sont directement transposés dans la législation israélienne, limitant ainsi les possibilités d’exportation high‑tech vers la Chine (Bureau of Industry and Security, 2024).
En conséquence, la politique commerciale israélienne est passée d’une approche opportuniste d’expansion de marché à une gestion rigoureuse des risques. Jérusalem privilégie délibérément son alliance militaire et stratégique avec Washington au détriment d’opportunités économiques lucratives en Asie, choisissant de limiter les exportations de haute technologie vers la Chine afin de préserver l’accès au renseignement, aux financements de capital‑risque américain et aux projets de R&D conjoints (Center for Strategic and International Studies, 2025).
Le conflit du 7 octobre 2023 a renforcé cette dynamique : les livraisons d’équipements militaires d’urgence et une aide sécuritaire autonome de 14,3 milliards de dollars ont souligné l’indispensabilité du partenariat américano‑israélien (Institut d’études pour la sécurité nationale, Tel‑Aviv, 2024).
Équilibre stratégique d’Israël entre les États‑Unis et la Chine face à la concurrence sino‑américaine
Israël tente de maintenir des liens économiques avec Pékin tout en préservant son alignement avec Washington. Cette stratégie se manifeste par :
- La direction des IDE chinois vers des secteurs jugés non sensibles – agro‑alimentaire, construction, énergies renouvelables – afin de contourner les restrictions sur les technologies critiques (IIRE, 2025).
- L’utilisation des importations chinoises pour atténuer la pression du coût de la vie, notamment dans l’automobile et l’électronique grand public.
- Le recours à des travailleurs chinois pour la réalisation de projets d’infrastructures (routes, réseaux d’eau) qui restent essentiels à l’économie locale.
Cependant, la tendance à la baisse des IDE chinois et la montée du protectionnisme dans d’autres pays amis de la Chine (ex. Brésil, Russie) suggèrent que l’espace de manœuvre d’Israël pourrait se réduire davantage. Le pays envisage même l’application de droits de douane sélectifs sur certains flux de marchandises chinoises, suivant l’exemple de partenaires qui cherchent à protéger leurs industries locales face au prétendu « choc chinois 2.0 » (World Bank, 2025).
Impact de la guerre en Iran sur les relations sino‑israéliennes
Le conflit régional impliquant l’Iran et ses mandataires a profondément modifié la perception de la Chine en Israël. Pendant les hostilités, Pékin a :
- Évité de condamner l’agression régionale iranienne.
- Utilisé son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer des résolutions critiques envers Israël.
- Déployé des discours hostiles dans ses médias d’État, présentant Israël comme un agresseur.
Ces actions ont convaincu les décideurs israéliens que des liens économiques étroits ne suffisent pas à infléchir le comportement stratégique de Pékin envers l’Iran (Institut d’études pour la sécurité nationale, 2024). La guerre a ainsi placé la Chine et Israël dans des blocs géopolitiques opposés, transformant la Chine d’un partenaire commercial perçu comme lucratif en un soutien perçu comme opportuniste aux ennemis existentiels d’Israël. Cette évolution a entraîné un refroidissement durable de la confiance bilatérale, tandis qu’en Chine, le discours officiel maintient la possibilité de poursuivre des relations économiques « avec tout le monde », malgré les preuves croissantes d’exportations à double usage chinoises ayant bénéficié à l’effort de guerre iranien (Stockholm International Peace Research Institute
