samedi, juin 13, 2026
Asie-PacifiqueChangement climatique et avenir de la connectivité Asie centrale-Asie du Sud

Changement climatique et avenir de la connectivité Asie centrale-Asie du Sud

Introduction

Lors de la 64e session des organes subsidiaires de la Convention‑cadre des Nations unies sur les changements climatiques (SB64), tenue à Bonn du 8 au 18 juin 2024, l’Inde – aux côtés de nombreux groupements internationaux couvrant tout le spectre idéologique – a appelé à une action directe face au déficit croissant de financements liés au climat. Bien que les résultats concrets de la réunion restent encore incertains, les répercussions de l’inaction se font déjà sentir à des milliers de kilomètres à l’est, notamment dans la région de l’Hindu Kush Himalaya et en Asie centrale, où les enjeux de sécurité hydrique, d’atténuation et de projets de connectivité régionale sont étroitement liés.

Le contexte climatique de l’Hindu Kush Himalaya et de l’Asie centrale

Retrait des glaciers et impacts sur l’eau

La chaîne de l’Hindu Kush Himalaya, qui s’étend sur l’Afghanistan, le Bangladesh, le Bhoutan, la Chine, l’Inde, le Myanmar, le Népal et le Pakistan, est souvent décrite comme le « troisième pôle » de la planète en raison de ses réserves glaciales. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, AR6 WGII, chapitre 2), les glaciers couvrant l’arc de 3 500 km reculent 65 % plus rapidement qu’au cours de la décennie précédente[1]. Dix grands bassins fluviaux prennent leur source dans cette zone, fournissant de l’eau à près de 2 milliards de personnes.

En 2025, le bassin de l’Indus a enregistré un débit inférieur de 16 % à la moyenne historique, tandis que certains bassins de l’est affichent des déficits pouvant atteindre 50 %[2]. La persistance de la neige a atteint son niveau le plus bas en 23 ans pour la troisième année consécutive, un indicateur clair de la détérioration du régime hydrologique de montagne.

Chauffage et extrêmes en Asie centrale

En Asie centrale, le réchauffement moyen a déjà atteint 1,2 °C au cours des 70 dernières années, entraînant une réduction d’environ 20 % de l’épaisseur de la couverture neigeuse[3]. Les projections climatiques prévoient une hausse supplémentaire de 2 à 6 °C d’ici la fin du siècle, ce qui pourrait intensifier les sécheresses, accélérer la dégradation des terres et augmenter la fréquence des événements extrêmes.

L’année 2024 a illustré cette tendance : la région a subi la pire inondation observée depuis plus de 70 ans, alors que l’ouest de l’Himalaya, l’est de l’Iran et certaines parties de l’Afghanistan ont connu des précipitations inférieures à la normale. Cette alternance entre sécheresses sévères et pluies torrentielles complique la planification des infrastructures essentielles.

Le Dialogue de Termez : connectivité et résilience climatique

Du 4 au 6 juin 2024, le deuxième Dialogue de Termez s’est tenu en Ouzbékistan. L’événement a placé la connectivité entre l’Asie centrale et l’Asie du Sud au cœur des discussions, en y ajoutant une dimension climatique et de résilience environnementale. Les participants ont souligné que les projets d’infrastructure transrégionaux ne peuvent plus être conçus sans intégrer les scénarios futurs de changement climatique.

Projets d’infrastructure sous la loupe climatique

  • CASA‑1000 (Central Asia‑South Asia Electricity Transmission and Trade Project) : conçu en 2008 pour transporter l’excédent d’hydroélectricité du Kirghizistan et du Tadjikistan vers l’Afghanistan et le Pakistan, le projet repose sur l’hypothèse d’un surplus estival lié à la fonte des glaces. Cependant, le retrait continu des glaciers et le déplacement du pic de débit des rivières après 2050 pourraient réduire voire éliminer cet excédent[4]. La Banque mondiale recommande de soumettre les prévisions de production hydroélectrique à des scénarios climatiques, et non seulement à l’hydrologie actuelle.
  • Pipeline TAPI (Turkménistan‑Afghanistan‑Pakistan‑Inde) : d’un coût estimé à 10 milliards de dollars, ce gazoduc doit traverser des zones sujettes à la sécheresse et à l’instabilité politique. Les tracés devront tenir compte de l’évolution des régimes de précipitations et de température en Afghanistan et au Pakistan, sous peine de compromettre la viabilité à long terme de l’infrastructure.
  • INSTC (International North‑South Transport Corridor) : réseau multimodal de 7 200 km reliant l’Inde, l’Iran, l’Azerbaïdjan, la Russie et l’Asie centrale. Bien que moins directement exposé à la dynamique glaciaire, l’INSTC reste vulnérable aux événements météorologiques extrêmes (inondations, tempêtes de sable) qui peuvent endommager les routes, les voies ferrées et les ports. Une analyse de la Banque asiatique de développement souligne qu’une adaptation climatique proactive est indispensable pour garantir la résilience du corridor[5].

Défis de financement et voies d’avenir

Le déficit de financement de l’Ouzbékistan pour l’adaptation au climat est estimé à 7,2 milliards de dollars d’ici 2030[6]. Le pays cherche activement à mobiliser des ressources internationales, à développer des investissements verts et à promouvoir des technologies agricoles d’économie d’eau, tout en réduisant sa dépendance aux combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables.

Cependant, comme le souligne l’expérience des négociations climatiques récentes, les pays les plus exposés aux risques climatiques sont souvent ceux qui disposent le moins de capacités financières internes. Le retrait des États‑Unis de l’accord de Paris sous l’administration Trump a accentué la pression sur les nations riches pour qu’elles augmentent leurs contributions aux fonds d’atténuation et d’adaptation[7]. L’Ind

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