samedi, juin 13, 2026
Asie-PacifiquePourquoi le CEPA Inde-Oman est spécial

Pourquoi le CEPA Inde-Oman est spécial

Le CEPA Inde‑Oman : un levier stratégique dans un contexte de tension dans le Golfe

Le 1er juin 2026, l’Accord de partenariat économique global (CEPA) signé entre l’Inde et le Sultanat d’Oman est entré en vigueur. Conclu le 18 décembre 2025 lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi à Mascate, cet accord vise à renforcer les échanges commerciaux tout en offrant à l’Inde une porte d’accès fiable aux marchés du Golfe, alors que la crise du détroit d’Ormuz perturbe les routes traditionnelles.

Contexte : la crise du détroit d’Ormuz et ses répercussions sur le commerce indo‑golfe

Depuis mars 2025, les attaques et les blocages intermittents dans le détroit d’Ormuz ont fortement réduit les flux de marchandises entre l’Inde et les pays du Golfe. Selon les données du ministère indien du Commerce extérieur, les importations en provenance du Golfe sont passées d’environ 15 milliards de dollars en avril 2025 à 9,8 milliards de dollars en avril 2026, soit une chute de près de 35 %. Dans le même temps, les exportations indiennes vers la région sont tombées de 4,4 milliards à 2,7 milliards de dollars sur la même période[1].

L’Inde dépend largement du Golfe pour son approvisionnement énergétique : plus de 88 % de son pétrole brut et 50 % de son gaz naturel liquéfié (GNL) proviennent de cette région, dont deux tiers proviennent du Qatar, des Émirats arabes unis et d’Oman[2]. Cette dépendance rend toute perturbation du détroit d’Ormuz particulièrement coûteuse pour l’économie indienne.

Oman, une bouée de sauvetage logistique

Alors que le commerce avec la plupart des États du Golfe s’est contracté, les échanges avec Oman ont connu une forte hausse. Les importations indiennes en provenance d’Oman sont passées de 430 millions de dollars en avril 2025 à près de 1,5 milliard de dollars en avril 2026, soit une augmentation de 246,4 %[3]. Cette croissance s’explique principalement par l’accroissement des achats de pétrole brut et d’urée, deux produits essentiels dont l’approvisionnement a été sécurisé grâce aux ports omanais situés en dehors du détroit d’Ormuz.

Le rôle géographique d’Oman est déterminant. Contrairement à d’autres États du Golfe, une grande partie de son littoral – incluant les ports de Salalah et de Duqm – se trouve hors du détroit d’Ormuz. Comme l’a expliqué Ajay Srivastava, fondateur de la Global Trade Research Initiative, ces installations « restent accessibles même lorsque le trafic à travers le détroit est perturbé »[4]. Ainsi, Oman peut continuer à servir de passerelle commerciale et énergétique fiable pendant les périodes d’instabilité régionale.

Dispositions clés du CEPA Inde‑Oman

L’accord accorde à l’Inde un accès en franchise de droits à 100 % sur 98,08 % des lignes tarifaires omanaises, couvrant 99,38 % de la valeur des exportations indiennes vers Oman[5]. Avant l’entrée en vigueur du CEPA, seuls 15 % des produits indiens bénéficiaient d’un traitement tarifaire préférentiel à Oman.

Les secteurs qui profitent le plus de cet accès privilégié sont :

  • Produits d’ingénierie et machines industrielles
  • Produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux
  • Agriculture et aliments transformés
  • Produits de la pêche et produits marins
  • Textiles et habillement
  • Produits chimiques et plastiques
  • Électronique grand public
  • Pierres précieuses, bijoux et métaux précieux

De nombreuses catégories listées sont produites par des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) indiennes, ce qui devrait favoriser la création d’emplois locaux et renforcer les chaînes d’approvisionnement résilientes[6].

Impact attendu et limites du marché omanais

Les analystes prévoient que le CEPA stimulera le commerce bilatéral, attirera des investissements directs étrangers et encouragera la coopération dans des domaines tels que la défense, la technologie et l’énergie renouvelable[7]. Toutefois, la taille relativement modeste du marché omanais – environ 5,68 millions d’habitants en 2026 – limite le volume absolu de produits que l’Inde peut écouler localement[8].

Pour contourner cette contrainte, les exportateurs indiens peuvent envisager une réexportation vers les pays voisins. Grâce à ses frontières terrestres avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Yémen, Oman permet d’acheminer par camion les marchandises débarquées à Salalah ou Duqm vers ces marchés, en évitant le détroit d’Ormuz lorsqu’il est jugé à risque[9]. Cette stratégie de « hub‑and‑spoke » pourrait ainsi multiplier l’impact du CEPA bien au-delà des frontières omanaises.

Un partenariat historique renforcé

Les relations indo‑omanaises ne sont pas nouvelles. L’Inde indépendante a établi des liens diplomatiques avec Oman dès 1955, et les deux nations sont devenues partenaires stratégiques en novembre 2008. Au fil des décennies, les échanges ont été nourris par les importations indiennes de pétrole omanais et par une coopération croissante en matière de défense, notamment entre leurs marines respectives[10]. Le CEPA s’inscrit dans la continuité de cette longue tradition de confiance mutuelle et de complémentarité économique.

Conclusion

L’entrée en vigueur du CEPA Inde‑Oman intervient à un moment où l’Inde cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique et à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement face aux aléas géopolitiques du Golfe. En combinant un accès tarifaire quasi total, la position géographique avantageuse d’Oman et ses infrastructures portuaires hors du détroit d’Ormuz, l’accord offre à l’Inde une voie résiliente pour maintenir et même accroître ses échanges avec la région. Si le marché omanais reste limité en taille, son rôle de porte d’entrée vers les pays voisins du Golfe et de la mer Rouge renforce considérablement la valeur stratégique du partenariat.

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