samedi, juin 13, 2026
AfriqueLes services publics ougandais misent sur l'échelle, la technologie et la réforme pour suivre le rythme d'une nation à croissance rapide

Les services publics ougandais misent sur l’échelle, la technologie et la réforme pour suivre le rythme d’une nation à croissance rapide

La National Water and Sewerage Corporation (NWSC) face aux défis de l’urbanisation ougandaise

L’Ouganda connaît une croissance urbaine rapide, notamment autour de Kampala et dans les villes secondaires telles que Gulu, Hoima et Mbale. Cette évolution exerce une pression croissante sur le service public d’eau et d’assainissement, chargé de répondre à une demande qui dépasse souvent le rythme de développement des infrastructures.

Selon le rapport annuel 2023 de la NWSC, la compagnie dessert aujourd’hui près de 20 millions de personnes réparties dans 287 centres urbains pour l’eau potable et 18 pour l’assainissement. Entre 2018 et 2023, le nombre de villages desservis est passé de 7 000 à plus de 11 000, tandis que les branchements clients ont franchi le cap du million.

Une stratégie d’expansion ambitieuse pour 2025‑2030

La nouvelle feuille de route 2025‑2030 de la NWSC fixe des objectifs clairement orientés vers la croissance : porter la couverture à environ 26 millions d’habitants, augmenter les connexions à 1,3 million et faire passer les recettes annuelles de 649 milliards à 768 milliards de shillings ougandais. La base d’actifs devrait, quant à elle, grimper de 4,8 milliards à 6,8 milliards de shillings sur la même période.

Cette trajectoire reflète un changement de paradigme : passer d’un modèle traditionnel centré sur l’ingénierie et la maintenance à un fournisseur d’infrastructures orienté client, où la réactivité et la qualité de service priment sur la simple gestion d’un monopole public.

Investissements majeurs dans les infrastructures

Pour soutenir cette expansion, la NWSC a lancé plusieurs projets d’envergure ces cinq dernières années :

  • Le système de traitement de l’eau de Katosi, capable de fournir jusqu’à 160 millions de litres par jour au réseau métropolitain de Kampala, représente l’une des plus grandes injections de capacité depuis des décennies.
  • Des améliorations du transport reliant les corridors d’approvisionnement à la capitale viennent compléter cet ouvrage.
  • De nouvelles stations de traitement des eaux usées à Kampala, ainsi que des systèmes d’eau potable dans les villes régionales de Gulu, Hoima et Bushenyi, visent à étendre la couverture au-delà des noyaux urbains traditionnels.

Ces réalisations sont souvent financées grâce à un mélange de ressources publiques et de partenaires internationaux. La Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD) continuent de jouer un rôle majeur, comme le souligne une évaluation de la Banque mondiale publiée en 2022 sur les projets d’eau et d’assainissement en Ouganda.

Défis opérationnels persistants

Malgré les avancées infrastructurales, la NWSC doit faire face à plusieurs contraintes qui limitent l’efficacité de son réseau :

  • Pertes non facturées : fuites, branchements illégaux et inexactitudes de comptage entraînent encore des volumes significatifs d’eau traitée perdue, particulièrement dans les périphéries où le contrôle est faible.
  • Changement climatique : la variabilité des précipitations, les sécheresses prolongées et les inondations modifient la disponibilité des ressources en eau brute et augmentent les coûts de traitement.
  • Capacités opérationnelles : les nouveaux actifs nécessitent de l’énergie, des produits chimiques, de la maintenance et du personnel qualifié, ce qui alourdit les dépenses de fonctionnement alors que la collecte des recettes reste inégale.

Pour répondre aux pertes non facturées, la NWSC a combiné des actions de répression avec des partenaires de sécurité et l’expérimentation de systèmes de surveillance numérique permettant de détecter les fuites et les consommations anormales. Toutefois, comme le relève une étude de l’Université de Makerere (2021), le problème reste également social dans des zones telles que le Grand Masaka, où l’accès à l’eau formel est limité par des contraintes de pouvoir d’achat.

Contraintes financières et nouveaux modèles de financement

Les arriérés de paiement des ministères, départements et agences gouvernementales représentent un obstacle majeur. Selon des déclarations parlementaires citées par le Parlement ougandais en 2022, ces impayés s’élèveraient à plus de 116 milliards de shillings, affectant la capacité de la NWSC à honorer ses fournisseurs, à financer de nouveaux projets et à servir sa dette.

Face à cette situation, la compagnie explore de plus en plus le recours à l’emprunt commercial, aux partenariats public‑privé et à l’émission d’obligations d’infrastructure. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large des services publics ougandais à adopter des modèles de financement basés sur le marché pour leurs investissements à long terme, comme le note un rapport de l’AFD publié en 2023 sur le secteur de l’eau en Afrique de l’Est.

Vers un service public résilient et centré sur l’usager

La trajectoire actuelle de la NWSC montre clairement que l’entreprise ne se limite plus à l’allongement de canalisations et à la construction d’usines de traitement. Elle tente de repenser la manière dont un service public national peut répondre simultanément aux pressions de l’urbanisation rapide, du changement climatique et des contraintes budgétaires.

Le succès de cette transformation dépendra moins de la taille pure de l’infrastructure que de la capacité de la NWSC à maintenir une efficacité opérationnelle élevée, à améliorer la recouvrement des recettes et à instaurer une gouvernance transparente qui inspire la confiance des usagers et des bailleurs de fonds.

En résumé, si la compagnie continue d’investir dans des ouvrages structurants tels que Katosi et de renforcer ses partenariats avec des acteurs internationaux, elle devra également consolider ses systèmes de gestion des pertes, développer des solutions adaptées aux réalités socio‑économiques des quartiers informels et assurer une discipline financière rigoureuse. Seul cet équilibre permettra à la NWSC de fournir une eau sûre et un assainissement fiable à une population ougandaise en pleine expansion.

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