La guerre en Iran et ses répercussions sur l’économie américaine
Le 21 mai 2026, un conducteur remplissait son réservoir d’essence ordinaire dans une station‑service Shell à Hercules, en Californie. Cette scène banale masque toutefois des tensions économiques profondes qui se manifestent aussi bien à la pompe qu’à la Bourse.
Évolution des marchés financiers
Dès le déclenchement du conflit, l’indice S&P 500 a chuté d’environ 8 % avant de rebondir de 19 % à partir de fin mars, selon les données de Bloomberg. À ce jour, l’indice affiche une hausse de 10,7 % sur l’année, ce qui constituerait la quatrième année consécutive de gains à deux chiffres si la tendance se maintenait.
Les contrats à terme sur le pétrole Brent ont également réagi rapidement aux annonces diplomatiques. Après l’annonce d’un éventuel accord entre les États‑unis et l’Iran, les futures sont passés sous la barre de 92 $ le baril, en baisse d’environ 1,70 $ par rapport à la veille, selon les relevés du CME Group.
Le pouvoir d’achat des ménages en baisse
Les indicateurs du Bureau of Economic Analysis montrent une détérioration du revenu disponible réel : baisse de 0,2 % en mars puis de 0,5 % en avril. Le taux d’épargne des particuliers est tombé à 2,6 % le mois dernier, son niveau le plus bas depuis plusieurs années.
La croissance du PIB au premier trimestre a été révisée à la baisse à 1,6 %, reflétant un ralentissement de l’activité malgré la résilience des grandes entreprises.
Inégalités creusées par la hausse des prix de l’énergie
Une analyse de la Réserve fédérale de New York indique que les ménages du Nord‑Est gagnant moins de 40 000 $ par an ont réduit leurs achats d’essence de près de 10 % depuis le début du conflit, tandis que ceux dont le revenu dépasse 125 000 $ ont maintenu leurs habitudes de consommation.
À l’échelle nationale, les Américains ont dépensé en moyenne 447,19 $ supplémentaires en énergie depuis le déclenchement de la guerre, selon une étude de Moody’s. Le prix moyen du gallon d’essence a reculé de 16 cents cette semaine pour s’établir à 4,39 $, selon AAA, après le week‑end du Memorial Day et le lancement de la saison estivale.
Le blocage du détroit d’Ormuz empêche actuellement quelque 100 millions de barils de pétrole par jour d’atteindre les marchés mondiaux. Les États‑unis, premier producteur mondial de pétrole, restent toutefois soumis aux fluctuations des prix internationaux.
Conséquences politiques et sociales
Le président Donald Trump a souligné les performances du marché boursier lors d’une réunion télévisée du Cabinet, affirmant que les comptes 401(k) atteignaient des niveaux historiques. Toutefois, environ 60 % des Américains désapprouvent sa gestion de la présidence, contre 37 % qui l’approuvent, selon l’agrégateur Strength in Numbers.
Cette méfiance pourrait peser sur les résultats des républicains lors des élections de mi‑mandat de novembre. Chez les démocrates, les tensions entre l’aile progressiste anti‑entreprise et les partisans du libre‑marché hérités de l’ère Clinton‑Obama risquent également d’être exacerbées par la montée des inégalités.
Perspectives à moyen terme
Le déminage du détroit d’Ormuz et le reroutage des quelque 2 000 navires actuellement coincés dans le golfe Persique prendront, selon le PDG de Chevron Mike Wirth, « des semaines et des semaines » pour dégager les mines et « des mois » pour rediriger les navires vers leurs destinations habituelles.
Une reprise normale des flux pétroliers entraînera une reconstitution des stocks épuisés, notamment en Chine, ce qui pourrait soutenir la demande et exercer une pression à la hausse sur les prix du brut, même si un accord provisoire avec l’Iran venait à être conclu.
Dans ce contexte, la disparité entre ceux qui profitent de la hausse des actifs financiers et ceux qui ressentent directement l’impact du coût de l’énergie restera un sujet central du débat public américain.
