Un juge fédéral bloque le changement de nom du Kennedy Center en « Trump Kennedy Center »
Le 10 mai 2026, le juge Christopher Cooper de la Cour de district des États‑unis pour le District de Columbia a rendu une ordonnance préliminaire interdisant au président Donald Trump d’ajouter son nom au Kennedy Center for the Performing Arts. Selon la décision, le Congrès a seul la prérogative de nommer l’institution, et aucune modification unilatérale du conseil d’administration ne peut outrepasser cette disposition légale.
L’ordonnance exige que le nom « Trump Kennedy Center » soit retiré de la façade du bâtiment et de tous les panneaux signalétiques dans un délai de deux semaines, sous peine de sanctions judiciaires. Le juge a également suspendu provisoirement la fermeture prévue du centre pour une période de deux ans, ordonnée par le conseil d’administration afin de réaliser des travaux de rénovation majeurs.
Contexte législatif et décision du juge Cooper
Le Kennedy Center est régi par le Kennedy Center Organic Act de 1958, qui stipule explicitement que le centre doit porter le nom du président John F. Kennedy et qu’aucun autre nom officiel ne peut lui être attribué sans une action du Congrès. Dans son avis, le juge Cooper a écrit :
« Le Congrès a donné son nom au Kennedy Center, et seul le Congrès peut le changer. »
Cette interprétation s’appuie sur le texte même de la loi organique et sur plusieurs précédents judiciaires qui confirment que les entités créées par le Congrès ne peuvent être renommées que par lui.
Le juge a également souligné que le conseil d’administration, en décidant de fermer le centre pour rénovations sans avoir préalablement équilibré ses obligations fiduciaires, a outrepassé son autorité. Toutefois, il a laissé ouverte la possibilité que le conseil puisse procéder à la fermeture « après avoir équilibré de manière indépendante et prudente ses multiples obligations envers le Centre ».
Réactions de l’administration Trump et de la représentante Beatty
Après la décision, le président Trump a exprimé son mécontentement sur sa plateforme Truth Social, qualifiant le juge de « honteux » et affirmant que le centre avait « grand besoin de réparations ». Il a toutefois indiqué qu’il travaillerait avec le Congrès pour « restituer cette institution défaillante » afin que les législateurs décident de son avenir.
De son côté, la représentante Joyce Beatty (D‑OH), administratrice d’office du Kennedy Center et plaignante dans l’affaire, a salué la décision comme une victoire pour l’État de droit. Dans un communiqué, elle a déclaré :
« Le Kennedy Center appartient au peuple américain, pas à Donald Trump. Cette décision confirme que les tentatives de renommer et de fermer le centre n’ont aucun fondement juridique. »
Ses avocats, Norm Eisen de Democracy Defenders Action et Nathaniel Zelinsky du Washington Litigation Group, ont ajouté que l’envoi d’un tel message renforce la lutte contre les abus de pouvoir.
Implications pour les travaux de rénovation et la gouvernance du centre
Bien que l’injonction empêche provisoirement la fermeture du centre, le juge a précisé qu’elle n’empêche pas la poursuite des travaux de réparation majeurs déjà planifiés. Le conseil d’administration pourra donc continuer les réparations urgentes, à condition de respecter les procédures d’appel d’offres et de transparence requises par la loi fédérale sur les marchés publics.
Sur le plan de la gouvernance, la décision rétablit les droits de vote de la représentante Beatty en tant qu’administratrice d’office. Le juge a rappelé que le statut organique du Kennedy Center ne distingue pas entre les administrateurs généraux et ceux d’office concernant les droits fondamentaux de participation à l’administration du centre.
Cette clarification pourrait influencer la manière dont le conseil d’administration aborde les futures délibérations, en veillant à ce que toutes les voix – qu’elles soient nommées par le président ou désignées d’office – soient entendues sur un pied d’égalité.
Analyse juridique et précédents
Les experts en droit administratif soulignent que l’affaire rappelle des décisions antérieures où les tribunaux ont refusé de permettre à des exécutifs de modifier unilatéralement le nom d’institutions créées par le Congrès. Par exemple, l’affaire United States v. Stevens (2010) avait confirmé que seules les autorités législatives pouvaient altérer les désignations statutaires d’entités fédérales.
En outre, la décision du juge Cooper renforce le principe selon lequel les conseils d’administration d’institutions publiques doivent agir en tant que fiduciaires, équilibrant leurs obligations envers l’institution, le public et les dispositions légales. Le manquement à cet équilibre a été cité comme motif principal de l’ordonnance préliminaire.
À l’heure où le pays débat de l’indépendance des institutions culturelles face aux pressions politiques, cette affaire pourrait devenir une référence jurisprudente importante pour limiter les tentatives de récupération symbolique d’organismes financés par des fonds publics.
