samedi, juin 13, 2026
Asie-PacifiqueLe président indonésien annonce un plan visant à centraliser le contrôle des exportations de matières premières clés

Le président indonésien annonce un plan visant à centraliser le contrôle des exportations de matières premières clés

Indonésie : le gouvernement de Prabowo Subianto renforce le contrôle étatique sur les exportations de matières premières

Lors d’un discours de 95 minutes devant le Parlement indonésien, le président Prabowo Subianto a présenté une nouvelle politique visant à placer sous contrôle direct de l’État les exportations de trois produits clés : l’huile de palme, le charbon thermique et le nickel. Selon le président, la sous‑facturation et les pratiques de prix de transfert auraient coûté au pays jusqu’à 908 milliards de dollars de recettes perdues.

Motivations annoncées par le président

Prabowo a expliqué que l’objectif principal de cette mesure est de renforcer la surveillance et le contrôle afin de lutter contre la sous‑facturation, les prix de transfert et le détournement des recettes d’exportation. Il a ajouté que l’Indonésie ne devait pas accepter de faibles revenus simplement parce qu’elle manquait du courage de gérer ses propres ressources.

Le président a également lié cette initiative à la nécessité de compenser la hausse du coût des subventions pétrolières, qui pèse sur le budget national dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen‑Orient et de volatilité des marchés énergétiques.

Mise en œuvre de la nouvelle réglementation

  • Création d’une entreprise publique dénommée Danantara Sumberdaya Indonesia, détenue à 99 % par le fonds souverain Danantara lancé en février 2024.
  • Cette entité prendra en charge les exportations d’huile de palme, de charbon thermique et de nickel, avec la possibilité d’étendre son périmètre à d’autres matières premières ultérieurement.
  • À compter du 1er juin 2025, tous les exportateurs de ressources naturelles devront conserver la totalité de leurs recettes d’exportation dans des banques publiques, une mesure destinée à stabiliser la roupie indonésienne.

Selon les données de la Banque d’Indonésie, la roupie a perdu plus de 14 % de sa valeur par rapport au dollar américain depuis l’entrée en fonction de Prabowo en octobre 2024, atteignant son plus bas niveau depuis la crise financière asiatique de 1997‑1998.

Réactions des marchés et des investisseurs internationaux

L’annonce a immédiatement affecté les cours des actions des producteurs indonésiens de charbon, de nickel et d’huile de palme, qui ont tous enregistré des baisses notables à la Bourse de Jakarta.

Des agences de notation ont exprimé leurs inquiétudes :

  • En janvier 2025, MSCI a menacé de rétrograder l’Indonésie au statut de marché frontière, citant un manque de transparence et une forte concentration de la propriété sur certaines actions.
  • Moody’s et Fitch ont abaissé leurs perspectives, évoquant une incertitude politique croissante et une érosion de la crédibilité du cadre politique indonésien.

La Chambre de commerce de Chine a, dans une lettre de cinq pages adressée au président, dénoncé une « réglementation excessivement stricte, une application excessive et même des cas de corruption et d’extorsion » de la part des autorités compétentes, affirmant que ces pratiques perturbent les opérations commerciales normales et sapent la confiance des investisseurs à long terme.

Des représentants du lobby japonais ont également fait part de leurs préoccupations, soulignant que l’intervention accrue de l’État pourrait décourager les investissements étrangers nécessaires au développement des chaînes de valeur locales.

Analyse du contexte historique et des risques potentiels

L’approche de Prabowo s’inscrit dans une tradition indonésienne où l’État revendique le droit de tirer un profit significatif de ses ressources naturelles. Depuis une décennie, le gouvernement a encouragé la valorisation locale du nickel, poussant les entreprises étrangères à installer des installations de transformation plutôt qu’à exporter simplement le minerai brut.

Toutefois, l’intensification du contrôle étatique rappelle à certains observateurs l’ère Suharto, période marquée par une forte interventionnisme économique qui a finalement contribué à la crise de 1998. Karishma Vaswani, chroniqueuse d’opinion chez Bloomberg, a noté que la dépréciation de la roupie rappelle les épisodes d’instabilité monétaire de cette époque, bien que d’autres analystes estiment que la comparaison soit exagérée.

Dedi Dinarto, directeur associé du conseil stratégique FGS Global, a expliqué à Nikkei Asia que, dans un contexte de pression sur la roupie et de faiblesse du marché boursier, l’introduction d’un nouveau mécanisme de contrôle étatique sur des actifs stratégiques peut rapidement devenir un problème de confiance pour les investisseurs internationaux.

Perspectives

Si la politique parvient à augmenter les recettes publiques en réduisant la sous‑facturation, elle pourrait offrir un souffle budgétaire permettant de financer les programmes sociaux coûteux de l’administration Prabowo. Toutefois, le succès dépendra de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre ces mesures de manière transparente, prévisible et conforme aux normes internationales du commerce et de l’investissement.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de Danantara Sumberdaya Indonesia sur les flux d’exportation, la stabilité de la roupie et la perception des acteurs économiques étrangers vis‑à‑vis de l’Indonésie.

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