lundi, juin 1, 2026
GénéralLes Américains se sentent toujours mal à propos de l’économie. Quand est-ce que ça ira mieux ?

Les Américains se sentent toujours mal à propos de l’économie. Quand est-ce que ça ira mieux ?

La confiance des consommateurs américains reste fragile malgré une économie en croissance

Depuis plus de six ans, les enquêtes d’opinion montrent que les ménages américains peinent à retrouver l’optimisme qu’ils avaient avant la pandémie de Covid‑19. Même si certains indicateurs macroéconomiques s’améliorent, le sentiment des consommateurs reste largement négatif, ce qui intrigue les économistes et les décideurs.

Un indicateur au plus bas

L’enquête mensuelle de l’Université du Michigan, suivie de près par les analystes, a enregistré son niveau le plus bas jamais observé en mai dernier, selon une lecture préliminaire publiée la semaine précédente. Cette chute reflète une perte de confiance persistante, alors que d’autres mesures, comme celle du Conference Board, montrent également un moral atone.

« Les consommateurs n’ont pas de répit », explique Yelena Shulyatyeva, économiste principale au Conference Board. « Chaque fois qu’ils commencent à entrevoir une amélioration, un nouveau choc survient. »

La douleur des prix

L’inflation demeure au cœur du malaise. Bien que le taux d’inflation sur 12 mois se rapproche désormais de l’objectif de 2 % de la Réserve fédérale, les ménages ressentent encore fortement la hausse du coût de la vie.

« Les gens entendent dire que l’inflation baisse, mais leur boîte de céréales reste très chère », note Kyla Scanlon, commentatrice économique à l’origine du terme « vibécession ». Cette perception est corroborée par une analyse de PNC Financial Services, qui attribue la majeure partie de la baisse de la confiance entre 2019 et 2026 à l’impact des prix élevés sur le pouvoir d’achat.

Les recherches Google sur le terme « inflation » ont atteint des sommets sans précédent en début d’année, montrant à quel point le sujet occupe désormais l’esprit du public.

Un enchaînement de chocs

Outre l’inflation, la succession rapide de crises – tensions géopolitiques, débats sur les tarifs douaniers, fluctuations des marchés énergétiques – laisse peu de temps aux ménages pour s’adapter.

Eric Winograd, ancien économiste de la Banque de réserve fédérale de New York et aujourd’hui chef économiste chez AllianceBernstein, souligne l’originalité de cette situation : « Je ne peux pas penser à une période où vous avez connu autant de chocs séquentiels. »

Pour que la confiance se rétablisse, les économistes estiment qu’il faudrait plusieurs trimestres de conditions économiques « positives » et « stables ». Or, l’environnement actuel demeure marqué par l’incertitude, ce qui explique pourquoi le moral reste bas.

Des portefeuilles pourtant ouverts

Malgré leurs réponses pessimistes aux sondages, les Américains continuent de dépenser. Les dernières données montrent que des entreprises telles qu’Uber et Walt Disney ont enregistré des dépenses clients soutenues, contredisant l’idée d’un resserrement généralisé des cordons de la bourse.

Gregory Daco, économiste en chef chez EY‑Parthenon, observe que la corrélation traditionnelle entre sentiment et consommation s’est largement affaiblie : « Nous devons sortir de l’analyse traditionnelle de ces jauges étant donné les circonstances uniques que nous vivons. »

Cette divergence se manifeste également sur les marchés financiers. Alors que l’indice S&P 500 a plus que doublé depuis le début de 2020 – gagnant environ 130 % – l’indice de confiance du Michigan a été réduit de moitié, chutant d’environ 52 % sur la même période.

Un consommateur résilient

Certains secteurs montrent toutefois des signes de sensibilité aux prix. Lorsque le prix moyen national du gallon d’essence a dépassé 4 $, de nombreux ménages ont commencé à ajuster leurs habitudes, selon une enquête AAA de 2022. Lors des pics de tension au Moyen‑Orient, la demande d’appareils électroménagers de type « récession » a chuté, comme l’a indiqué le fabricant Whirlpool.

Les prix de l’essence ont même franchi la barre des 6,00 $ le gallon dans certaines stations de Los Angeles, un niveau qui, selon le PDG de McDonald’s Chris Kempczinski, pourrait peser sur les dépenses des clients.

Néanmoins, la plupart des analystes s’accordent à dire que le consommateur américain, responsable d’environ deux tiers de l’activité économique totale, demeure fondamentalement résilient. « C’est un homme stupide qui parie contre le consommateur américain », affirme Eric Winograd. « Le scénario de base doit être que le consommateur continue de se connecter. »

Conclusion

Le contraste entre un pessimisme persistant dans les enquêtes d’opinion et une réelle poursuite de la consommation souligne la complexité de l’économie post‑pandémique. Les chocs répétés – inflation, tensions géopolitiques, volatilité des marchés – empêchent le sentiment de se stabiliser, même si les dépenses restent soutenues. Pour les décideurs et les investisseurs, surveiller l’évolution des indices de confiance, plutôt que leurs niveaux absolus, pourrait offrir une meilleure lecture des tendances futures.

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