Le bœuf atteint des sommets historiques : quelles conséquences pour les consommateurs et les acteurs du secteur ?
Le mardi 8 avril 2025, les contrats à terme sur bovins vivants négociés au sein du groupe CME se sont établis à 2,51 dollars la livre, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré depuis les années 1960, selon les données de FactSet [1]. Chaque contrat représente 40 000 livres de bétail, ce qui correspond généralement à 30 à 35 têtes prêtes à l’abattage.
Contexte du marché du bétail
Cette hausse de plus de 25 % sur les douze derniers mois s’explique principalement par deux facteurs conjugués : une augmentation des coûts de production (engrais, carburant, alimentation) et une réduction significative de la taille du cheptel américain. Selon Barclays et le ministère américain de l’Agriculture (USDA), les abattages de bovins auraient chuté à 2,2 millions de têtes en mars 2025, contre 2,5 millions un an auparavant [2]. La production de bœuf est ainsi passée de 2,2 millions à 1,9 million de livres sur la même période.
Le cheptel bovin américain se situe aujourd’hui à son plus bas niveau depuis les années 1950, époque où la population des États‑Unis représentait seulement la moitié de celle d’aujourd’hui. Cette contraction de l’offre exerce une pression à la hausse sur les prix tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Impact sur les prix de détail
Le Bureau of Labor Statistics (BLS) indique que le prix moyen de détail du bœuf haché destiné aux hamburgers s’est établi à environ 6,70 dollars la livre en mars 2025, soit une hausse d’environ 12 % par rapport au même mois de l’année précédente [3]. Le BLS souligne également que le prix du bœuf haché a atteint des niveaux records remontant à 1984 plus tôt cette année.
Contrairement à d’autres protéines animales, le bœuf n’a pas bénéficié de la récente baisse des prix des œufs et du poulet consécutive à l’épidémie de grippe aviaire de 2024. Sara Senatore, analyste chez Bank of America, note que cette divergence accentue la pression inflationniste sur le secteur de la viande rouge [4].
Répercussions pour les chaînes de restauration
Benjamin Theurer, analyste chez Barclays, observe que malgré la réduction de l’offre et la hausse des prix, la demande des consommateurs pour la viande de bœuf est restée relativement stable. Toutefois, les restaurants fortement dépendants du bœuf pourraient voir leur croissance de ventes à magasins comparables ralentir en raison de l’inflation des coûts matières premières.
Parmi les établissements les plus exposés figurent :
- McDonald’s
- Chipotle
- Shake Shack
- Cracker Barrel
Ces chaînes pourraient être contraintes d’ajuster leurs menus, d’augmenter les prix de vente ou de rechercher des alternatives moins coûteuses pour préserver leurs marges.
Facteurs aggravants
Les éleveurs et les abattoirs font également face à une hausse des coûts liés aux engrais et au carburant, exacerbée par les tensions géopolitiques entre les États‑Unis et l’Iran. Une enquête publiée mardi par l’American Farm Bureau Federation révèle que près de 60 % des agriculteurs américains estiment que leur situation financière se détériore à mesure que les prix des intrants grimpent en flèche [5]. Beaucoup déclarent ne pas pouvoir se procurer la quantité d’engrais nécessaire à leurs cultures, ce qui pourrait à terme affecter davantage la production fourragère et, indirectement, l’élevage bovin.
Perspectives
Si la tendance actuelle se maintient, les consommateurs pourraient continuer à ressentir le « choc des autocollants » non seulement dans le rayon viande, mais aussi dans d’autres allées des épiceries. Par exemple, les prix des tomates ont augmenté d’environ 15 % en mars 2025, atteignant des niveaux observés pour la dernière fois il y a plus de huit ans, ce qui pourrait impacter la préparation de plats tels que les BLT ou les salades.
Les acteurs du secteur surveillent de près les rapports mensuels de l’USDA et les indicateurs du CME afin d’anticiper d’éventuelles corrections du marché. Une reprise de la taille du cheptel, soutenue par des conditions climatiques favorables et une stabilisation des coûts des intrants, serait nécessaire pour inverser la tendance haussière actuelle des prix du bœuf.
[1] FactSet, données des contrats à terme sur bovins vivants du groupe CME, avril 2025.
[2] Barclays & USDA, estimations des abattages bovins et de la production de bœuf, mars 2025.
[3] Bureau of Labor Statistics, indice des prix à la consommation – viande bovine, mars 2025.
[4] Bank of America, note de recherche de Sara Senatore, avril 2025.
[5] American Farm Bureau Federation, enquête sur la situation financière des agriculteurs, avril 2025.
