lundi, juin 1, 2026
GénéralKevin Warsh a donné sa méthode préférée pour mesurer l'inflation. Ça pourrait revenir le mordre

Kevin Warsh a donné sa méthode préférée pour mesurer l’inflation. Ça pourrait revenir le mordre

Kevin Warsh propose une nouvelle mesure de l’inflation à la Réserve fédérale

Lors de son audition devant le Sénat le mardi 11 mars 2025, Kevin Warsh, candidat du président Donald Trump à la présidence de la Réserve fédérale, a expliqué qu’il souhaitait que la banque centrale adopte une méthode de calcul de l’inflation fondée sur les moyennes tronquées. Selon lui, cette approche permettrait d’isoler le taux d’inflation « sous‑jacent » en éliminant les chocs de prix extrêmes, qu’ils proviennent d’événements géopolitiques ou de fluctuations spécifiques à certains secteurs comme celui de la viande bovine.

Warsh a précisé : « Ce qui m’intéresse le plus, c’est : quel est le taux d’inflation sous‑jacent ? Pas : quelle est la variation ponctuelle des prix due à un changement géopolitique ou à un changement dans le secteur de la viande bovine ? » Il a ajouté que les mesures qu’il préfère « examinent ce que l’on appelle des moyennes réduites », en retirant « tous les risques extrêmes, tous les éléments ponctuels » pour se demander si la variation généralisée des prix a des répercussions sur l’économie.

Une approche basée sur les moyennes tronquées

La Réserve fédérale privilégie actuellement l’indice de base des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE de base), qui exclut la volatilité des produits alimentaires et de l’énergie. Warsh souhaite aller plus loin en appliquant une troncature symmetrique : on retire, par exemple, les 10 % les plus bas et les 10 % les plus hauts des variations de prix mensuelles avant de calculer la moyenne. Cette technique, connue sous le nom de trimmed mean, est déjà utilisée par certaines banques centrales (comme la Banque du Canada) pour obtenir une mesure moins sensible aux outliers.

Lors de son témoignage, Warsh a qualifié la tendance actuelle de l’inflation de « très favorable », suggérant que, selon sa méthode tronquée, les pressions inflationnistes seraient moins fortes que celles indiquées par le PCE de base.

Ce que montrent les données de Bank of America

Aditya Bhave, économiste chez Bank of America, a mis en garde contre une interprétation trop optimiste de cette proposition. Dans une analyse publiée en février 2025, son équipe a calculé un indicateur d’inflation tronqué sur 12 mois utilisant la même approche que celle évoquée par Warsh. Les résultats étaient les suivants :

  • Moyenne de l’indice tronqué : 2,3 %
  • Médiane de l’indice tronqué : 2,8 %
  • PCE de base (référence actuelle) : 3,0 %

Ces chiffres proviennent du rapport « Inflation Measures Under a Trimmed‑Mean Approach » de Bank of America Global Research (février 2025) et s’appuient sur les données mensuelles du Bureau of Economic Analysis (BEA).

Bhave a également souligné que, dans le passé, l’indice médian tronqué a parfois dépassé le PCE de base. En 2019 et 2020, par exemple, la mesure tronquée était supérieure au PCE de base, ce qui aurait, selon les modèles de la Fed, encouragé une posture plus restrictive (hausse des taux) plutôt que l’assouplissement observé durant ces périodes.

Risques de sélection sélective et impact sur la politique monétaire

Selon Bhave, même si les chocs extrêmes sont retirés, ils peuvent néanmoins influencer le résultat final. En empêchant certains chocs d’être compensés par d’autres variations de prix, l’alimentation et l’énergie – actuellement exclues du PCE de base – pourraient finir par peser davantage sur l’indice tronqué. Cela créerait une ironie : Warsh, qui souhaite éviter les augmentations de prix « ponctuelles et motivées par l’offre », pourrait voir sa méthode produire une inflation mesurée plus élevée lorsque les prix de l’alimentation ou de l’énergie connaissent des hausses modérées mais persistantes.

Pour préserver la crédibilité de la Réserve fédérale et éviter toute perception de « sélection sélective », Bhave recommande que, si l’indice tronqué venait à dépasser systématiquement le PCE de base, Warsh s’engage à suivre systématiquement son indicateur préféré, même lorsque celui‑ci indique une pression inflationniste plus forte.

Conclusion : prudence recommandée

La proposition de Kevin Warsh introduit une réflexion légitime sur la manière de mesurer l’inflation sous‑jacente. Toutefois, les analyses de Bank of America montrent que le passage à une moyenne tronquée ne garantit pas une lecture plus basse de l’inflation et pourrait, dans certaines circonstances, conduire à des décisions de politique monétaire plus restrictives que prévu. Les législateurs et les décideurs de la Fed devront donc peser les avantages potentiels d’une mesure moins sensible aux outliers contre les risques de biais introduit par l’exclusion sélective de certains secteurs.

Sources :

  • Transcript de l’audition du Sénat, 11 mars 2025, disponible sur le site du Congrès américain.
  • Bank of America Global Research, « Inflation Measures Under a Trimmed‑Mean Approach », février 2025.
  • Federal Reserve, « Monetary Policy Report », juillet 2024 (description

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