Contexte : une scène quotidienne à Téhéran
Le 14 avril 2026, un vendeur de fruits installé dans le complexe résidentiel Shahid Boroujerdi, au sud de Téhéran, travaille à côté d’un portrait du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Cette image, capturée par Morteza Nikoubazl pour Nuphoto/Getty Images, illustre le contraste entre la vie ordinaire et les tensions géopolitiques qui secouent le pays.
Les répercussions économiques du conflit
Depuis le déclenchement des hostilités, la stratégie iranienne consiste principalement à porter atteinte aux économies de ses voisins. Les frappes ont visé les infrastructures énergétiques régionales et ont instauré un blocus sur le détroit d’Ormuz, voie par laquelle transitaient environ 20 % du pétrole et du gaz mondial avant la guerre.
Ce blocus, couplé à la fermeture effective du détroit, a provoqué le pire choc énergétique observé depuis plusieurs décennies. Pourtant, l’Iran subit lui‑même une détérioration économique marquée.
Inflation et dépréciation du rial
Avant le conflit, le pays était déjà sous le poids des sanctions internationales. En 2025, l’inflation a dépassé les 50 %. Après la guerre de douze jours contre les États‑amis en juillet 2025, le rial a perdu près de 60 % de sa valeur.
Les chiffres de l’inflation alimentaire montrent une aggravation rapide : 64 % en octobre 2025, puis 105 % en février 2026, avec des hausses particulièrement fortes pour le pain et les céréales (+140 %) et les huiles et graisses (+219 %) à fin mars 2026.
Face à la pénurie de liquidités, la banque centrale a introduit le mois dernier un billet de 10 millions de rials, la plus forte dénomination jamais émise, dans le but de contenir l’inflation et de répondre à la demande d’argent liquide.
Perspectives du Fonds monétaire international
Selon les dernières Perspectives de l’économie mondiale du FMI, l’économie iranienne devrait se contracter de 6,1 % en 2026, tandis que l’inflation atteindrait 68,9 %. Le taux de change officiel se situe autour de 1,32 million de rials pour un dollar américain.
L’absence de données officielles sur le PIB depuis 2024, aggravée par une panne généralisée d’Internet, rend toute évaluation indépendante difficile pour les analystes extérieurs.
Impact du blocus du détroit d’Ormuz
Plus de 90 % du commerce annuel de l’Iran transite par le détroit d’Ormuz. La fermeture effective du passage, accompagnée du blocus américain qui a suivi, a interrompu la quasi‑totalité des exportations pétrolières du pays.
Jason Tuvey, économiste en chef adjoint des marchés émergents chez Oxford Economics, a estimé dans une note du 15 avril 2026 que de nouvelles tensions liées au blocus pourraient réduire les revenus d’exportation de l’Iran de près de 70 %.
Cette mesure a également déclenché un effondrement de la demande intérieure et des importations. Même si les statistiques iraniennes sont peu fiables, les chiffres commerciaux de mars 2026 publiés par les principaux partenaires montrent une baisse marquée des expéditions vers l’Iran.
L’administration Trump a par ailleurs menacé d’imposer de nouvelles sanctions aux banques chinoises facilitant les transactions liées au pétrole iranien, une initiative qui, selon Robin Brooks du Brookings Institution, pourrait « couper l’une des principales bouées de sauvetage de Téhéran » et accélérer le point de rupture de la balance des paiements.
Vue satellite du détroit
Des images Sentinel‑2 traitées par Maps4Media offrent une vue large du détroit d’Ormuz entre le sud de l’Iran et la péninsule de Musandam à Oman, incluant les îles environnantes, le terrain côtier et les zones d’eau turquoise peu profondes à l’entrée du golfe Persique
