Les décisions de la BCE et de la BoE en juin 2020 face à la crise du COVID‑19
En juin 2020, les autorités monétaires de la zone euro et du Royaume‑Uni se sont retrouvées au cœur d’un débat sur la meilleure façon de soutenir une économie fortement touchée par la pandémie de coronavirus. Alors que les marchés anticipaient initialement une réaction énergique face à une éventuelle poussée inflationniste liée aux tensions géopolitiques, les données publiées montrent au contraire un risque de déflation et une contraction du PIB sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.
Contexte économique au printemps 2020
Selon Eurostat, l’indice des prix à la consommation (IPC) de la zone euro a enregistré ‑0,3 % en mai 2020, reflétant une baisse de la demande et la chute des prix de l’énergie. Au Royaume‑Uni, l’Office for National Statistics (ONS) a mesuré une hausse modeste de l’IPC de 0,5 % en mars 2020, puis de 0,6 % en avril, bien en dessous de l’objectif de 2 % fixé par la Banque d’Angleterre.
Le PIB de la zone euro a chuté de ‑3,8 % au premier trimestre 2020 (estimation flash de la Banque centrale européenne), tandis que le PIB britannique a reculé de ‑2,2 % sur la même période. Ces chiffres ont alimenté les craintes d’une récession profonde et d’un risque de déflation plutôt que d’une stagflation.
Position de la Banque centrale européenne (BCE)
Lors de sa réunion du 4 juin 2020, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de laisser ses taux directeurs inchangés :
- Taux de refinancement principal : 0,00 %
- Taux de facilité de dépôt : ‑0,50 %
- Taux de facilité de prêt marginal : 0,25 %
Le communiqué de la BCE (4 juin 2020) souligne que l’inflation restait « très faible » et que les risques liés à la pandémie nécessitaient une poursuite de l’assouplissement quantitatif. Le programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) a été porté à 1 350 milliards d’euros, avec une extension jusqu’à la fin juin 2021.
Christine Lagarde, présidente de la BCE, a déclaré lors de la conférence de presse que « la politique monétaire restera accommodante aussi longtemps que nécessaire » pour soutenir le crédit et éviter une spirale déflationniste.
Position de la Banque d’Angleterre (BoE)
Le Comité de politique monétaire (MPC) de la BoE s’est réuni le 18 juin 2020 et a maintenu le taux officiel de la banque (Bank Rate) à 0,10 %, son niveau historique le plus bas. Le communiqué (18 juin 2020) indique que le comité a jugé que les pressions inflationnistes demeuraient limitées et que l’accent devait rester sur le soutien à l’activité économique.
Par ailleurs, la BoE a élargi son programme d’achats d’obligations d’État et de titres d’entreprise de 100 milliards de livres sterling, portant le total du quantitative easing à 645 milliards de livres. Andrew Bailey, gouverneur de la BoE, a expliqué que « la priorité est de garantir que le crédit continue de circuler vers les ménages et les entreprises alors que l’économie fait face à un choc sans précédent ».
Inflation, anticipations et risques de second tour
Les économistes interrogés par Reuters et Bloomberg en juin 2020 s’accordaient à dire que les risques d’effets de second tour – tels que des revendications salariales fortes ou une indexation des prix – étaient faibles étant donné la faiblesse de la demande et l’augmentation du chômage. Le taux de chômage de la zone euro est passé de 7,4 % en février à 8,1 % en mai 2020 (Eurostat), tandis qu’au Royaume‑Uni il est passé de 3,8 % à 3,9 % sur la même période (ONS).
Dans ce contexte, la plupart des analystes prévoyaient que les banques centrales maintiendraient une stance accommodante jusqu’à ce que des signes clairs de reprise de l’inflation apparaissent,
