lundi, juin 1, 2026
GénéralAu sein de la Fed : Powell promet qu'il ne sera pas un « président fantôme », mais un affrontement avec Warsh sera difficile à éviter

Au sein de la Fed : Powell promet qu’il ne sera pas un « président fantôme », mais un affrontement avec Warsh sera difficile à éviter

Quand un président en exercice et un ancien président de la Réserve fédérale se retrouvent autour de la même table

Le Comité fédéral de l’open market (FOMC) se réunira à nouveau à la mi‑juin. Cette séance sera particulière puisqu’elle marquera la première fois, depuis près de huit décennies, qu’un président en fonction et un ancien président siègent simultanément autour de la même table. Jerome Powell, toujours à la tête de la Fed, accueillera Kevin Warsh, nommé récemment comme gouverneur, dans un contexte où l’indépendance de la banque centrale est mise à l’épreuve par des pressions politiques croissantes.

Contexte historique

Le dernier chevauchement d’un président sortant et d’un président en fonction remonte à 1948, lorsque Marriner Eccles est resté gouverneur après la fin de son mandat présidentiel, malgré les tensions avec l’administration Truman. Depuis, la tradition veut que le président sortant quitte complètement le conseil des gouverneurs afin de préserver la perception d’indépendance de l’institution.

Cette fois, la situation est inédite : Powell a annoncé qu’il resterait gouverneur après l’expiration de son mandat présidentiel en mai, tandis que Warsh, auparavant membre du conseil sous l’administration Obama, a été renommé par le président Donald Trump. Selon Loretta Mester, ancienne présidente de la Fed de Cleveland, « tous les participants sont des adultes qui connaissent la mission de la Fed », mais elle reconnaît que la dynamique pourrait devenir délicate.

Les enjeux économiques actuels

Les indicateurs publiés récemment montrent une économie américaine qui ne justifie pas encore un assouplissement marqué de la politique monétaire.

  • L’inflation sous‑jacente, mesurée par l’indice des prix à la consommation hors alimentation et énergie, s’est établie à 3,2 % en mars 2025, bien au-dessus de l’objectif de 2 % de la Fed (source : Bureau of Labor Statistics, rapport Reuters du 12 avril 2025).
  • Les nouvelles inscriptions hebdomadaires au chômage sont tombées à leur plus bas niveau depuis septembre 1969, reflétant un marché du travail resté solide malgré des licenciements qui restent proches de leurs plus bas historiques (source : Département du Travail, communiqué du 10 avril 2025).
  • La guerre en Iran et ses répercussions sur les prix du pétrole continuent d’exercer une pression à la hausse sur les coûts de l’énergie, ce qui complique la tâche de la Fed visant à ramener l’inflation vers sa cible.

Ces données suggèrent que, pour l’instant, les arguments en faveur d’une baisse rapide des taux restent limités. Néanmoins, certains membres du FOMC, notamment Neel Kashkari (Minneapolis), Lorie Logan (Dallas) et Beth Hammack (Cleveland), ont exprimé leurs réserves lors de la dernière réunion, votant contre une formulation qui aurait pu être interprétée comme un signal d’assouplissement imminent.

Pressions politiques et indépendance de la Fed

Le président Donald Trump a publiquement critiqué Jerome Powell et a laissé entendre qu’il s’attendait à ce que Kevin Warsh pousse la Fed à réduire les taux davantage et plus rapidement. Joseph Brusuelas, économiste en chef chez RSM, met en garde : « Toute pression supplémentaire liée au cycle politique risque de déclencher une réaction plus ferme, non seulement de la part de Powell mais aussi d’autres gouverneurs ».

Pourtant, Powell a tenté de désamorcer toute idée de rivalité lorsqu’il a confirmé son intention de rester gouverneur. Il a déclaré qu’il ne chercherait pas à être un « président fantôme » et qu’il laisserait le processus décisionnel suivre son cours normal. Cette attitude vise à renforcer la perception d’indépendance institutionnelle, un pilier essentiel de la crédibilité de la Fed auprès des marchés et du public.

Ce que disent les observateurs

Plusieurs anciens responsables de la Réserve fédérale partagent une vision prudente mais optimiste de la prochaine réunion.

  • Loretta Mester estime que Kevin Warsh devra d’abord « évaluer la situation économique » avant de pouvoir affirmer qu’un changement de taux est justifié.
  • Roger Ferguson, ancien vice‑président de la Fed, partage la confiance de Powell envers Warsh, tout en notant que ce dernier « devra marcher sur une ligne fine » faute de soutien suffisant pour une action immédiate.
  • Joseph Brusuelas prévient que toute tentative d’influencer la décision de la Fed à des fins politiques pourrait entraîner une perte de confiance des investisseurs.

Perspectives pour la réunion de mi‑juin

Compte tenu du contexte économique actuel et des déclarations récentes des gouverneurs, la plupart des analystes s’attendent à ce que le FOMC maintienne les taux d’intérêt inchangés lors de la réunion de mi‑juin. Un éventuel débat pourrait toutefois porter sur la formulation du communiqué post‑réunion, notamment sur la manière dont la Fed signale ses perspectives d’inflation et d’emploi.

En définitive, la rencontre entre Jerome Powell et Kevin Warsh représente moins un affrontement de personnalités qu’un test de la capacité de la Réserve fédérale à naviguer entre des attentes politiques divergentes tout en restant fidèle à son mandat de stabilité des prix et de plein emploi. La manière dont les gouverneurs géreront cette dynamique sera suivie de près par les marchés, les universitaires et les décideurs du monde entier.

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