lundi, juin 1, 2026
Europe"Une grosse erreur" : la BCE est "acharnée" à relever les taux malgré les risques de récession, prévient un économiste principal

“Une grosse erreur” : la BCE est “acharnée” à relever les taux malgré les risques de récession, prévient un économiste principal

La BCE face à un risque de récession selon des experts

Alors que l’inflation dans la zone euro demeure nettement au-dessus de l’objectif de 2 %, plusieurs analystes mettent en garde contre un resserrement trop agressif de la politique monétaire. Selon eux, une hausse des taux d’intérêt pourrait pousser l’économie européenne vers la récession plutôt que de maîtriser la pression inflationniste.

Contexte inflationniste et stagflation

En avril 2024, l’indice des prix à la consommation de la zone euro a atteint 3 %, son niveau le plus élevé depuis septembre 2023, selon les données publiées par Eurostat (Eurostat, 2024). Cette hausse s’explique principalement par la flambée des coûts de l’énergie, qui a pesé sur les ménages et les entreprises des trois plus grandes économies du continent : l’Allemagne, la France et l’Italie.

Les derniers indices PMI (Purchasing Managers’ Index) montrent un affaiblissement de l’emploi et de la demande, signe d’un environnement stagflationniste où la croissance ralentit tandis que les prix restent élevés (Markit, avril 2024). Dans ce schéma, la réduction naturelle de la consommation – les ménages consacrant davantage de leur budget à l’énergie – pourrait, selon certains experts, absorber une partie de la pression inflationniste sans nécessiter un tour de vis monétaire supplémentaire.

Avis de Holger Schmieding (Berenberg)

Holger Schmieding, économiste en chef chez Berenberg, estime que la Banque centrale européenne commettrait « une grave erreur » en augmentant ses taux dans le but de lutter contre l’inflation. Il souligne que la destruction de la demande déjà en cours devrait « s’occuper » de la composante inflationniste du stagflation.

« Si la BCE relève ses taux en juin, ce qu’elle semble déterminé à faire, cela ne ferait qu’aggraver la misère économique », a déclaré Schmieding. Il ajoute que des hausses supplémentaires pourraient pousser la zone euro dans une légère récession plutôt que de simplement maintenir un état de stagflation.

Perspectives de Laura Cooper (Nuveen)

Laura Cooper, stratège en investissement mondial et responsable du macro‑crédit chez Nuveen, reconnaît que la BCE pourrait envisager des hausses dites « d’assurance » durant l’été, davantage guidées par les projections d’inflation que par l’inflation observée. Néanmoins, elle prévient que les marchés pourraient encore sous‑estimer la détérioration de la croissance.

« Le plus grand risque est que les décideurs réagissent à la persistance de l’inflation induite par l’offre en resserrant les conditions de la demande, créant ainsi le cadre d’un assouplissement plus profond à long terme », a expliqué Cooper dans une note de recherche publiée en mai 2024 (Nuveen, 2024).

Ce que les marchés anticipent

Lors de sa réunion du 30 avril 2024, la BCE a laissé son principal taux de référence pour les dépôts inchangé à 2 %, tout en signalant que les risques à la hausse pour l’inflation et les risques à la baisse pour la croissance « se sont intensifiés » (Communiqué BCE, 30 avril 2024).

Les prévisions des opérateurs indiquent une probabilité de 86 % d’une hausse de 25 points de base lors de la prochaine réunion du 11 juin, selon une note de BBH publiée début mai 2024 (BBH, mai 2024). Cette anticipation reflète la crainte que la banque centrale ne choisisse la voie du resserrement malgré les signaux de ralentissement économique.

Recommandations et conclusion

Face à ce dilemme, plusieurs analystes suggèrent une approche plus nuancée :

  • Maintenir les taux actuels jusqu’à ce que des données claires montrent une réduction durable de l’inflation sous‑jacente.
  • Utiliser des outils ciblés, tels que des facilités de prêt à long terme pour les entreprises fortement exposées aux coûts de l’énergie, afin d’atténuer l’impact sur la demande sans augmenter le coût du crédit global.
  • Renforcer la communication afin d’éviter que les anticipations de marché ne déclenchent un resserrement prématuré.

En résumé, tandis que la pression inflationniste demeure réelle, le risque d’aggraver la situation économique par un resserrement trop rapide est jugé substantiel par des experts de premier plan. Une politique monétaire prudente, fondée sur l’observation réelle de l’évolution de la demande et de l’offre, apparaît comme la voie la plus susceptible d’éviter une récession tout en ramenant progressivement l’inflation vers l’objectif de 2 % fixé par la BCE.

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