La défense européenne face aux exigences américaines : le point de vue du vice‑Premier ministre néerlandais Dilan Yesilgoz‑Zegerius
Lors d’une conférence de presse tenue à La Haye le 10 avril 2026, suivant le Conseil des ministres, Dilan Yesilgoz‑Zegerius, vice‑Premier ministre des Pays‑Bas et ministre de la Défense, a commenté l’appel des États‑Unis à leurs alliés de l’OTAN visant à augmenter leurs dépenses de défense. Elle a souligné que cette demande était « très claire » et nécessaire pour garantir la sécurité collective de l’Alliance.
Engagement de 5 % du PIB adopté au sommet de La Haye
En juin 2025, les pays membres de l’OTAN – à l’exception de l’Espagne – se sont engagés à consacrer 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) à la défense, répartis ainsi :
- 3,5 % pour les dépenses directes (personnel, équipement, opérations)
- 1,5 % pour les dépenses connexes (recherche, infrastructure, soutien logistique)
Cet objectif, formalisé lors du sommet de l’OTAN à La Haye, vise à combler les écarts de capacité identifiés après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
Position néerlandaise : progrès et défis
Selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) pour l’année 2025, les Pays‑Bas ont consacré environ 2,2 % de leur PIB à la défense, bien en dessous du seuil de 5 % fixé par l’Alliance.
Yesilgoz‑Zegerius a reconnu cet écart, mais a insisté sur le fait que les Pays‑Bas « font leur part » et qu’ils continuent d’intensifier leurs efforts :
« Nous devons être capables de nous défendre ; nous ne sommes pas encore dans cette position, mais nous devons accélérer nos investissements. »
Elle a également noté une évolution notable de l’opinion publique néerlandaise : il y a cinq ans, une hausse aussi importante des dépenses de défense aurait été difficile à accepter, tandis que depuis l’agression russe en Ukraine, le soutien populaire à un renforcement de la défense est devenu « énorme ».
Appel américain au partage du fardeau
Le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a récemment critiqué les alliés européens lors du Dialogue sur la sécurité, affirmant que Washington ne subventionnerait plus la défense des « nations riches ». Il a déclaré que les supplications polies adressées aux Européens pour qu’ils augmentent leurs budgets Défense étaient tombées dans l’oreille d’un sourd, mais que les alliés commençaient enfin à rattraper leur retard.
En réponse, Yesilgoz‑Zegerius a repris une métaphore désormais fréquemment citée dans les débats de défense :
« Vous avez le choix : soit vous êtes au menu, soit vous avez une place à la table. Si vous n’augmentez pas vos dépenses de défense, alors vous serez au menu. Je ne veux pas que les Néerlandais, les Pays‑Bas, soient au menu ; je veux avoir une voix à la table. »
Cette illustration vise à souligner l’importance d’un partage équitable du fardeau au sein de l’OTAN, afin que chaque membre contribue de manière crédible à la sécurité commune.
Perspectives et recommandations
Pour atteindre l’objectif de 5 % du PIB, les Pays‑Bas envisagent plusieurs mesures :
- Augmentation progressive du budget annuel de la défense sur les prochaines années financières.
- Investissements ciblés dans les capacités de haute technologie (cyberdéfense, systèmes d’armes autonomes).
- Renforcement de la coopération industrielle avec d’autres alliés européens pour réduire les coûts d’acquisition.
- Programmes de sensibilisation visant à maintenir le soutien public à l’effort de défense.
Des experts du SIPRI et du Centre néerlandais pour la stratégie de défense (NLdef) estiment que, si le rythme actuel d’augmentation budgétaire se maintient, les Pays‑Bas pourraient atteindre la barre des 3,5 % de dépenses directes d’ici 2029, laissant encore un effort nécessaire pour le volet connexe.
En définissant clairement ses priorités et en communiquant de façon transparente avec sa population et ses partenaires, les Pays‑Bas espèrent non seulement respecter leurs engagements envers l’OTAN, mais aussi consolider leur rôle d’acteur crédible et influent au sein de l’Alliance européenne de sécurité.
