Le sommet sino‑russe de mai 2025 : un rendez‑vous stratégique au cœur des tensions géopolitiques
Le président russe Vladimir Poutine doit se rendre à Pékin les 19 et 20 mai 2025 pour un entretien de deux jours avec son homologue chinois Xi Jinping. Cette rencontre intervient moins d’un an après leur première rencontre officielle en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, le 1er septembre 2024, où les deux dirigeants avaient été photographiés côte à côte lors de la séance officielle.
Selon le porte‑parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l’agence AFP le lundi précédent la visite, l’ordre du jour vise à « faire progresser le partenariat privilégié et stratégique » entre Moscou et Pékin. Le sommet s’inscrit dans un contexte où la Chine tente de naviguer entre ses relations avec les États-Unis et la Russie tout en affirmant son rôle de pivot dans la diplomatie mondiale.
Un calendrier chargé pour Pékin
Quelques jours seulement avant l’arrivée de Poutine, le président américain Donald Trump a effectué une visite d’État à Pékin, marquée par un banquet somptueux et plusieurs annonces commerciales :
- 17 milliards de dollars d’achats agricoles annuels jusqu’en 2028 ;
- une commande de 200 avions auprès de Boeing ;
- la programmation d’une visite du président chinois à Washington en septembre 2025.
Ces développements, rapportés par Reuters et le Global Times, montrent que Pékin jongle avec des partenaires aux attentes parfois contradictoires. Les analystes de Teneo, Andrius Tursa, soulignent que la visite de Poutine devrait être davantage orientée vers des questions pratiques de coopération bilatérale, tandis que la délégation russe, composée de responsables de l’énergie, de la défense et du commerce, indique une volonté d’élargir les accords dans plusieurs secteurs.
Enjeux énergétiques et économiques
L’énergie demeure au cœur des discussions. La Chine est devenue le premier acheteur de pétrole et de gaz russe, profitant de prix fortement réduits alors que la demande européenne a chuté à son plus bas niveau depuis le milieu des années 1970, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Avec la fermeture partielle du détroit d’Ormuz qui accentue les inquiétudes sur la sécurité énergétique en Asie, Pékin cherche à sécuriser ses approvisionnements russes, tandis que Moscou a besoin de devises pour soutenir son économie.
Lors d’une conférence de presse la semaine précédant le sommet, Poutine a indiqué que les négociations sur un accord « sérieux » dans le domaine du gaz et du pétrole étaient « à un stade très avancé ». Il a ajouté que la finalisation pourrait intervenir pendant la visite chinoise, ce qui serait « très heureux » pour les deux parties. Les analystes prévoient également que les investissements chinois dans le secteur public russe – notamment dans les infrastructures ferroviaires et les projets énergétiques – seront à l’ordre du jour.
Sur le plan macroéconomique, la Banque mondiale a révisé à la baisse les prévisions de croissance russe pour 2025, passant de 1,3 % à 0,4 %, en raison des attaques ukrainiennes contre les installations pétrolières et de l’incertitude entourant la levée des sanctions occidentales. Cette évolution accentue la dépendance de Moscou envers les revenus tirés de ses exportations vers la Chine, qui représente aujourd’hui plus d’un quart du total des exportations russes, d’après les douanes chinoises.
Réactions internationales et perspectives
Les États-Unis ont longtemps pressé Pékin de limiter son soutien économique à Moscou, arguant que les flux financiers et matériels chinois contribuent à sustenter l’effort de guerre russe en Ukraine. L’OTAN a qualifié la Chine de « facilitateur décisif » du conflit, citant la livraison par des entreprises chinoises de biens à double usage utilisés dans la reconstitution des munitions russes.
Dennis Wilder, ancien analyste du renseignement américain et désormais professeur à l’Université de Georgetown, affirme que Poutine tentera de s’assurer que tout rapprochement entre Pékin et Washington ne viendra pas perturber le « triangle stratégique » qui maintient la Chine et la Russie plus proches l’une de l’autre qu’avec les États-Unis.
Les médias d’État chinois, notamment le Global Times, ont interprété la séquence des visites successives de Trump et de Poutine comme une preuve que Pékin « devient le point central de la diplomatie mondiale », notant que recevoir les dirigeants des deux puissances rivales en l’espace d’une semaine est « extrêmement rare dans l’ère de l’après‑guerre froide ».
En définitive, le sommet de mai 2025 sera observé de près par les capitales occidentales, qui chercheront à déceler les signes d’un éventuel rééquilibrage des alliances ou, au contraire, la consolidation d’un partenariat sino‑russe résilient face à la pression internationale.
