lundi, juin 1, 2026
EuropePourquoi le prochain Premier ministre britannique inquiète les investisseurs

Pourquoi le prochain Premier ministre britannique inquiète les investisseurs

Contexte politique au Royaume-Uni

Le 9 juillet 2024, le Premier ministre britannique Sir Keir Starmer a réuni à Downing Street la première table ronde des maires régionaux anglais, en présence d’Andy Burnham, maire du Grand Manchester. Cette rencontre, organisée avec les dirigeants métropolitains de onze régions d’Angleterre, s’est déroulée dans un climat de tension croissante au sein du Parti travailliste.

Selon des informations rapportées par Getty Images et relayées par plusieurs médias, Burnham – actuellement maire du Grand Manchester mais sans siège au Parlement – s’est vu offrir une voie d’accès à la Chambre des communes après que le député Josh Simons ait accepté de se retirer de la circonscription de Makerfield, dans le nord‑ouest de l’Angleterre. Cette ouverture pourrait permettre à Burnham de se présenter aux prochaines élections partielles et de renforcer sa candidature à la direction du parti.

Une précédente tentative de Burnham de déclencher une élection partielle en janvier avait été bloquée par les proches de Starmer, désireux d’éviter une contestation interne. Toutefois, la récente contre‑performance du travailliste aux élections locales de la semaine dernière a accru la pression sur Starmer pour qu’il envisage sa démission, ouvrant ainsi la porte à un éventuel défi mené par Burnham, surnommé le « roi du Nord » du Labour.

Réactions des marchés financiers

Les perspectives d’un changement de tête au sein du gouvernement travailliste ont immédiatement affecté les marchés. Vendredi, la livre sterling a continué son recul face au dollar, atteignant un plus bas d’un mois à 1,3363 USD, soit une baisse de 0,3 % lors des échanges matinaux.

Parallèlement, le rendement des gilt britanniques à 10 ans – référence de la dette publique du Royaume‑Uni – est resté bien au-dessus de la barre des 5 %, s’établissant à 5,137 % après une hausse d’un point de base lors de la même séance.

Ces mouvements reflètent les inquiétudes des investisseurs concernant une possible détérioration de la crédibilité budgétaire du pays, notamment si un gouvernement dirigé par Burnham adoptait une orientation plus à gauche, avec des dépenses supplémentaires estimées à 40 milliards de livres sternelles pour le logement et les infrastructures, ainsi qu’une hausse de la fiscalité sur les propriétés haut de gamme à Londres et dans le sud‑est de l’Angleterre.

Analyse des experts

Elias Haddad, responsable mondial de la stratégie des marchés et des changes chez BBH, a déclaré dans une note publiée vendredi :

« L’incertitude politique continuera de dominer l’évolution des prix du GBP et des gilts, avec un biais orienté à la baisse compte tenu de la détérioration de la crédibilité budgétaire du Royaume‑Uni. La croissance du PIB nominal du Royaume‑Uni est inférieure aux rendements des obligations d’État à 10 ans, ce qui rend très difficile l’arrêt de la croissance de la dette. »

Il a également cité un sondage récent montrant que 61 % des membres du Parti travailliste soutiendraient Burnham contre 28 % favorables à Starmer.

Du côté de Deutsche Bank, les analystes ont noté que Burnham avait partiellement nuancé ses critiques antérieures envers les marchés obligataires, rappelant son commentaire de février selon lequel ceux‑ci ne devaient pas être ignorés. Néanmoins, Neil Mehta, gestionnaire de portefeuille macro chez RBC BlueBay, estime que le parti travailliste est en voie d’effectuer un virage décisif vers la gauche, ce qui pourrait entraîner une prime de risque politique prolongée sur les actifs britanniques et la livre sterling.

Sondages et scénarios de succession

Les marchés de prévision tels que Polymarket placent actuellement Andy Burnham comme le futur Premier ministre le plus probable, avec une probabilité de 42 %, contre 27 % pour le maintien de Keir Starmer à son poste et 12 % pour une éventuelle prise de fonction d’Angela Rayner, actuelle adjointe du Premier ministre.

Ces chiffres s’appuient sur une combinaison de sondages internes au parti, de réactions des électeurs et de l’évolution des rapports de force au sein du Parlement. Un éventuel succès de Burnham lors de l’élection partielle de Makerfield serait perçu comme un signal fort de sa capacité à mobiliser la base travailliste, notamment dans les régions industrielles du nord de l’Angleterre.

Implications internationales

Peter Ricketts, membre de la Chambre des Lords et ancien diplomate, a mis en garde contre les effets d’un prolongé « psychodrame de Westminster » sur la réputation du Royaume‑Uni à l’étranger. Selon lui, une lutte interne pour la direction du gouvernement pourrait réduire l’efficacité de Starmer dans la gestion des crises européennes, notamment en Ukraine et en Iran, et rendre l’Union européenne moins encline à négocier un rapprochement étroit avec Londres tant que l’identité du prochain Premier ministre restera incertaine.

Cette analyse souligne l’interdépendance entre la stabilité politique intérieure et la capacité du Royaume‑Uni à jouer un rôle constructif sur la scène mondiale, un point que les investisseurs surveillent de près lorsqu’ils évaluent les risques liés aux actifs libellés en livres sterling.

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