Réouverture partielle du détroit d’Ormuz : premiers signes d’apaisement
Le 17 juin 2026, des navires étaient visibles au large de la plage de Bandar Abbas, en Iran, témoignant d’une reprise timide du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz (Reuters, 17 juin 2026). Après près de quatre mois de confrontation qui avait bloqué l’un des corridors les plus stratégiques pour le pétrole et le gaz naturel, les États‑Unis et l’Iran ont signé jeudi un mémorandum d’entente visant à rétablir le passage des navires.
Contexte du conflit et ses répercussions immédiates
Le déclenchement des hostilités en mars 2026 avait fait grimper le prix du Brent à un pic de 118 dollars le baril, provoquant une hausse généralisée de l’inflation et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement énergétique mondiale. Selon les analystes de Capital Economics, l’impact immédiat s’est traduit par une hausse des coûts de l’énergie et des engrais qui a mis plusieurs mois à se répercuter sur les prix à la consommation (Capital Economics, note de la semaine du 10 juin 2026).
Évolution des prix de l’énergie
Vendredi, le Brent s’est stabilisé autour de 80 dollars le baril, nettement en dessous du sommet de mars. Goldman Sachs a révisé à la baisse ses prévisions, anticipant un Brent moyen de 80 dollars en fin 2026 et de 75 dollars en 2027, grâce à une reprise plus rapide que prévu des flux de brut en provenance du golfe Persique (Goldman Sachs, mardi 14 juin 2026).
Impact sur l’inflation mondiale
Simon MacAdam, économiste mondial adjoint en chef chez Capital Economics, souligne que la hausse des prix de l’énergie et des engrais est déjà « intégrée » dans de nombreuses économies, mais que son plein effet sur les prix alimentaires pourrait prendre plusieurs mois (Capital Economics, même note). La Banque mondiale a abaissé ses prévisions de croissance économique mondiale à 2,5 % pour 2026, le rythme le plus lent depuis la pandémie, tout en prévoyant une inflation mondiale de 4 % cette année, contre 3,3 % en 2025 (Banque mondiale, rapport de la semaine dernière).
Répercussions spécifiques sur les engrais et l’alimentation
Le même rapport de la Banque mondiale indique que les prix des engrais pourraient augmenter jusqu’à 38 % en 2026, du fait des perturbations d’approvisionnement en provenance du Golfe et de la pénurie d’intrants clés (Banque mondiale, même rapport). Cette pression s’ajoute aux risques climatiques, notamment un phénomène El Niño exceptionnel qui menace les récoltes dans les mois à venir, selon l’Economist Intelligence Unit (EIU, déclaration d’Alex Holmes, juin 2026).
Réactions des banques centrales
Face à cette montée de l’inflation, plusieurs instituts d’émission ont commencé à ajuster leur politique monétaire :
- La Banque centrale européenne a relevé ses taux d’intérêt la semaine dernière, marquant son premier resserrement depuis près de trois ans (BCE, communiqué du 8 juin 2026).
- La Réserve fédérale, sous la présidence de Kevin Warsh, a laissé ses taux directeurs inchangés mercredi, mais a relevé sa prévision d’inflation des dépenses de consommation personnelle à 3,6 % d’ici décembre, contre 2,7 % prévu en mars (Fed, communiqué du 12 juin 2026). Neuf des dix‑huit membres votants anticipent au moins une hausse de taux d’ici la fin de l’année.
- La Banque d’Angleterre a maintenu ses taux directeurs, tout en avertissant que même une résolution rapide du conflit pourrait laisser un délai logistique avant la reprise complète de la production d’énergie et des transports (Banque d’Angleterre, communiqué du 9 juin 2026).
Leçons pour la sécurité énergétique
Matteo Lanzafame, directeur de la Banque asiatique de développement, a insisté lors d’un événement virtuel jeudi sur la nécessité de constituer des réserves de sécurité en période de paix afin de disposer d’un coussin face à d’éventuelles perturbations futures (Asian Development Bank, intervention de Matteo Lanzafame, 13 juin 2026). Alex Holmes, directeur régional de l’Economist Intelligence Unit, ajoute que les gouvernements touchés devraient :
- Renforcer leurs stocks de pétrole et de gaz naturel;
- Accélérer les investissements dans la production nationale d’énergie;
- Diversifier les voies d’approvisionnement pour réduire la dépendance à un seul point d’étranglement.
Ces mesures, combinées à une surveillance accrue des marchés financiers, pourraient permettre aux économies d’absorber plus sereinement les chocs liés à des détroits stratégiques tels qu’Ormuz.
