lundi, juin 1, 2026
EuropeLe Trésor américain recrute des banques pour cibler les systèmes iraniens de blanchiment d'argent

Le Trésor américain recrute des banques pour cibler les systèmes iraniens de blanchiment d’argent

Le Trésor américain intensifie la surveillance du secteur bancaire pour contrer le contournement des sanctions iraniennes

Publié le 12/05/2026 à 10 h 01 GMT+2, cet article détaille les dernières initiatives du département du Trésor des États‑Unis visant à isoler financièrement l’Iran en ciblant les réseaux qui dissimulent l’origine du pétrole sanctionné.

Contexte de la campagne « fury économique »

Lancée en avril 2026, la stratégie dite « fury économique » repose sur une pression économique maximale destinée à couper les principales sources de revenus du régime iranien, notamment les ventes de pétrole. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a confirmé lundi l’engagement de l’administration Trump à poursuivre cette approche, en annonçant la désignation de douze personnes et entités liées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme facilitateurs de la vente et du transport de pétrole iranien.

Mesures concrètes adressées aux banques américaines

Le Trésor demande désormais aux établissements financiers américains de renforcer leur vigilance face à plusieurs indicateurs de dissimulation :

  • L’utilisation de l’étiquette « mélange malaisien » sur les documents d’expédition, souvent employée pour masquer l’origine iranienne du pétrole.
  • Les dossiers d’expédition manquants ou clairement falsifiés.
  • Le recours aux transferts de navire à navire en haute mer, technique permettant de brouiller la traçabilité de la cargaison.

Ces consignes s’appuient sur les constatations du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), un bureau du Trésor, qui a identifié des dizaines de compagnies maritimes basées en Irak, aux Émirats arabes unis et à Hong Kong comme acteurs du transport de pétrole iranien sanctionné.

Données chiffrées révélées par FinCEN

Selon le rapport publié lundi par FinCEN :

  • Les sociétés suspectes ont réalisé des transactions d’une valeur d’environ 4 milliards de dollars américains (environ 3,4 milliards d’euros) liées aux entreprises pétrolières iraniennes en 2024.
  • Au moins 707 millions de dollars (602 millions d’euros) de ces fonds ont transité par des comptes détenus aux États‑Unis durant la même période.

Ces chiffres illustrent l’ampleur du réseau financier que les autorités américaines cherchent à démanteler.

Surveillance accrue des plateformes maritimes internationales

Le rôle des intermédiaires maritimes fait également l’objet d’une attention particulière. Le Trésor a précisé que les navires battant pavillon d’États tiers sont souvent utilisés pour effectuer des opérations de « ship‑to‑ship » en haute mer, permettant de mélanger le pétrole iranien avec d’autres cargaisons afin de dissimuler son origine.

En complément, le département du Trésor a adressé, en avril 2026, une correspondance officielle aux institutions financières de Chine, Hong Kong, Émirats arabes unis et Oman. Cette lettre avertit que toute entité facilitant les activités commerciales iraniennes s’expose à des sanctions secondaires américaines et rappelle que ces juridictions ont, jusqu’ici, permis le transit de fonds illicites avec une surveillance limitée.

Conséquences pour l’économie iranienne

Alors que le cessez‑le‑feu et les négociations restent fragiles, la menace d’exclusion du système du dollar américain constitue un levier puissant pour Washington. En coupant l’accès au financement en dollars, le Trésor vise à isoler davantage le CGRI et à contraindre Téhéran à revenir à la table des négociations sous des conditions plus strictes.

Perspectives et recommandations pour les acteurs financiers

Pour se conformer aux exigences américaines tout en limitant les risques de réputation, les banques et les entreprises du secteur maritime sont invitées à :

  • Mettre en place des systèmes de contrôle des documents d’expédition capables de détecter les étiquettes trompeuses telles que « mélange malaisien ».
  • Renforcer la vérification des bénéficiaires effectifs derrière les sociétés écrans utilisées dans les transactions pétrolières.
  • Collaborer étroitement avec les autorités de renseignement financier (FinCEN, OFAC) pour signaler toute activité suspecte liée au transfert de navire à navire.
  • Former les équipes de conformité aux typologies de contournement spécifiques au pétrole iranien, incluant l’utilisation de intermédiaires basés en Irak, aux Émirats arabes unis et à Hong Kong.

En adoptant ces bonnes pratiques, les acteurs financiers contribueront non seulement à respecter le cadre réglementaire américain, mais aussi à soutenir les efforts internationaux visant à réduire les flux de financement illicite qui alimentent les programmes déstabilisateurs de la région.

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