lundi, juin 1, 2026
EuropeLe marché pétrolier pourrait entrer dans la « zone rouge » d'ici juillet alors que les stocks diminuent à l'approche de la saison touristique estivale, selon le chef de...

Le marché pétrolier pourrait entrer dans la « zone rouge » d’ici juillet alors que les stocks diminuent à l’approche de la saison touristique estivale, selon le chef de l’AIE.

La crise du détroit d’Ormuz et ses répercussions sur les marchés pétroliers mondiaux

Lors du Sommet Semafor sur l’économie mondiale, organisé en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington, D.C., le mardi 14 avril 2026, Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a mis en garde contre une possible entrée des marchés pétroliers dans une « zone rouge » dès l’été.

Contexte géopolitique et impact sur l’approvisionnement

Depuis le 28 février 2026, les frappes menées conjointement par les États‑Unis et Israël contre l’Iran ont entraîné une quasi‑interruption du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, voie stratégique par laquelle transite habituellement environ 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux 1. Cette perturbation constitue, selon l’AIE, la plus grave de l’histoire du marché énergétique mondial.

Bien que le marché ait commencé la crise avec un excédent de stocks permettant d’amortir le choc, ces réserves s’érodent rapidement. Birol a précisé que, sans réouverture complète et inconditionnelle du détroit, la combinaison d’une diminution continue des réserves mondiales et d’une légère hausse de la demande liée à la saison estivale des voyages pourrait pousser les prix dans une zone critique dès juillet ou août 2026.

Déclarations de Fatih Birol lors du Sommet Semafor

Lors de sa prise de parole à Chatham House, Birol a souligné deux points essentiels :

  • La réouverture du détroit d’Ormuz demeure la mesure la plus efficace pour atténuer le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran.
  • Les pays en développement d’Asie et d’Afrique seront les plus durement touchés, non seulement sur le plan énergétique mais aussi concernant la sécurité alimentaire, en raison de leur dépendance aux importations de pétrole et de produits dérivés.

Il a également indiqué que le rétablissement des capacités de production et de raffinage au Moyen‑Orient pourrait prendre « beaucoup de temps », et que l’AIE se tient prête à coordonner de nouvelles libérations de réserves stratégiques de pétrole si la situation l’exige.

Réactions des analystes et prévisions de prix

Lydia Rainforth, responsable de la stratégie actions européennes chez Barclays, a qualifié la situation d’« incroyablement difficile » pour les marchés pétroliers mondiaux 2. Lors des négociations de l’après‑midi à Londres le même jour, les contrats à terme ont reflété cette tension :

  • Le Brent de la mer du Nord a gagné 1,9 % pour s’établir à 106,92 $ le baril, annulant partiellement les pertes de la séance précédente.
  • Le WTI intermédiaire a progressé de 2,4 % à 100,59 $ le baril.

Ces deux références sont actuellement en hausse d’environ 45 % par rapport à leurs niveaux d’avant‑guerre, illustrant l’ampleur de la pression sur l’offre.

Actions de l’AIE et réserves stratégiques

En mars 2026, l’AIE avait déjà orchestré la libération de 400 millions de barils provenant des réserves stratégiques de ses membres, la plus grande initiative de ce type dans l’histoire de l’organisation 3. Cette mesure visait à compenser la rupture d’approvisionnement déclenchée par le conflit en Iran.

Birol a rappelé que l’agence surveille en permanence les niveaux de stocks et demeure prête à activer d’autres mécanismes de libération si la poursuite du blocage du détroit d’Ouzbekistan venait à aggraver la pénurie.

Conséquences pour les pays en développement

Au-delà des marchés financiers, le directeur de l’AIE a insisté sur l’impact humanitaire potentiel : les économies dépendantes des importations de carburant pourraient voir leurs coûts de transport et de production alimentaire augmenter sensiblement, exacerbant l’insécurité alimentaire déjà présente dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud.

Cette double menace énergétique et alimentaire souligne la nécessité d’une réponse internationale coordonnée, combinant des efforts diplomatiques pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et des mesures de secours visant à soutenir les populations les plus vulnérables.


1 Agence internationale de l’énergie, « Global Oil Transit Chokepoints », rapport spécial, avril 2026.

2 Lydia Rainforth, « European Equity Strategy », Barclays Research, 14 avril 2026.

3 Agence internationale de l’énergie, « Coordinated Release of Strategic Petroleum Reserves », communiqué de presse, mars 2026.

Découvrez nos autres contenus

Articles connexes