lundi, juin 1, 2026
EuropeL’Allemagne résiste aux pressions des membres de l’UE en faveur d’une position plus dure à l’égard de la Chine

L’Allemagne résiste aux pressions des membres de l’UE en faveur d’une position plus dure à l’égard de la Chine

Visite de la ministre allemande du Commerce Katherina Reiche en Chine : enjeux et contexte du déficit commercial

Du mardi au vendredi, la ministre allemande du Commerce, Katherina Reiche, effectue un déplacement en Pékin alors que le déficit commercial de l’Allemagne avec la Chine continue de se creuser. Selon l’Office fédéral de la statistique (Destatis), le solde négatif des échanges bilatéraux a atteint 87 milliards d’euros en 2024, un niveau record qui suscite des débats au sein du gouvernement allemand et des institutions européennes.

Contexte du déficit commercial Allemagne‑Chine

En 2025, le volume total des échanges entre Berlin et Pékin s’est établi à environ 250 milliards d’euros, faisant de la Chine le premier partenaire commercial de l’Allemagne malgré un déficit persistant. Les exportations allemandes vers la Chine ont chuté de 9,7 % sur un an, tandis que les importations de produits chinois – notamment l’électronique, les véhicules électriques et les composants industriels – ont augmenté de 8,8 % sur la même période.

Cette tendance s’explique notamment par la montée en puissance de la production chinoise dans des secteurs stratégiques tels que l’automobile, la mécanique et l’électrique. Environ 5 200 entreprises allemandes sont actuellement implantées en Chine, principalement dans l’industrie automobile, la construction mécanique et l’électrotechnique, selon la Chambre de commerce allemande en Chine.

Réactions au sein de l’Union européenne

Deux jours avant le départ de Mme Reiche, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Lituanie ont publié un document officieux appelant l’UE à prendre des mesures contre la surcapacité chinoise et les pratiques commerciales jugées déloyales. Berlin, cependant, n’a pas signé cet appel, préférant maintenir un dialogue ouvert avec Pékin.

Le porte‑parole adjoint de la Commission européenne, Olof Gill, a rappelé que l’Union attend des « réponses significatives » de la Chine sur des questions telles que le transfert de technologie, le respect des droits de propriété intellectuelle et l’accès équitable au marché avant d’envisager tout accord commercial futur.

Objectifs de la visite de Katherina Reiche

Selon le ministère allemand du Commerce, la visite vise à :

  • Explorer de futures opportunités de coopération économique dans les domaines de l’énergie renouvelable, de l’hydrogène vert et de la numérisation industrielle ;
  • Renforcer le dialogue politique avec les responsables chinois afin de prévenir les ruptures d’approvisionnement ;
  • Recueillir des informations de terrain pour alimenter le débat interne à Berlin sur la stratégie commerciale envers la Chine.

Mme Reiche sera accompagnée d’une délégation d’environ quarante entreprises allemandes. Au programme figurent des entretiens politiques, la participation à un forum d’affaires et des visites de sites de production locaux, notamment dans les secteurs de la mobilité électrique et des technologies de l’énergie.

Défis pour l’industrie allemande

Un rapport publié en mai 2025 par le think‑tank européen Centre pour la réforme européenne souligne que la concentration croissante de la production mondiale de voitures, de machines et de produits chimiques en Chine pourrait :

  • Affaiblir l’innovation dans les pôles manufacturiers traditionnels européens ;
  • Accroître l’influence de Pékin sur Berlin grâce à la menace de ruptures d’approvisionnement, rappelant le blocus des exportations de terres rares de 2025 ;
  • Rediriger les mesures de relance budgétaire allemande vers une stimulation des importations chinoises plutôt qu’un soutien à l’industrie intérieure.

Oliver Oehms, directeur exécutif de la Chambre de commerce allemande en Chine, déclare : « Nous espérons que cette visite permettra de transférer les connaissances acquises sur le terrain dans le débat politique à Berlin et de développer davantage les échanges bilatéraux de façon équilibrée. »

Perspectives et recommandations

Alors que la Chine reste un débouché crucial pour l’industrie allemande, les acteurs économiques appellent à une approche plus nuancée :

  • Encourager les partenariats technologiques comportant des clauses de transfert de connaissances réciproques ;
  • Renforcer les instruments de défense commerciale de l’UE tout en préservant les chaînes d’approvisionnement essentielles ;
  • Soutenir la montée en gamme de l’industrie allemande via des investissements dans la recherche et le développement, afin de réduire la dépendance aux importations chinoises à forte valeur ajoutée.

En somme, la visite de Katherina Reiche illustre la tension entre la volonté de préserver un accès au marché chinois et la nécessité de protéger la compétitivité et la souveraineté industrielle de l’Allemagne et de l’Union européenne. Les semaines à venir détermineront si le dialogue engagé à Pékin pourra se traduire par des concessions concrètes de la part de Pékin ou si Berlin devra réorienter davantage sa stratégie vers la diversification de ses partenaires commerciaux.

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