lundi, juin 1, 2026
EuropeLa montée en flèche des bénéfices énergétiques relance les appels à une taxe exceptionnelle dans toute l’Europe

La montée en flèche des bénéfices énergétiques relance les appels à une taxe exceptionnelle dans toute l’Europe

Contexte : les tensions en Iran font grimper les prix du pétrole

Fin février 2024, l’escalade du conflit iranien a perturbé le trafic dans le détroit d’Ormuz, voie stratégique qui transporte environ 20 % du pétrole mondial. Cette perturbation a provoqué une forte volatilité des cours du brut : le Brent, référence internationale, est passé d’environ 70 $ le baril avant le déclenchement des hostilités à près de 100 $ en mars, avec une pointe temporaire autour de 126 $ en avril [1]. Ces fluctuations ont créé un environnement de marché particulièrement propice aux activités de trading et de couverture des majors énergétiques.

Impact sur les bénéfices des majors européennes

Les compagnies pétrolières et gazières établies en Europe ont tiré parti de cette situation grâce à leurs importantes opérations de négoce et de trading.

  • Shell plc a annoncé une hausse de 24 % de son bénéfice net au premier trimestre 2024, portée à la fois par la hausse des prix du brut et par des gains sur les marchés dérivés[2].
  • BP a également publié des résultats en hausse le mois précédent, soulignant une contribution notable de ses activités de trading physique et financier[3].
  • TotalEnergies a indiqué que son bénéfice net avait bondi de 51 % pour atteindre 5,8 milliards de dollars au T1 2024, soit environ 5,3 milliards d’euros[4].

Selon une analyse d’Oxfam publiée en avril 2024, les six plus grandes sociétés mondiales de combustibles fossiles (Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, ExxonMobil et TotalEnergies) pourraient dégager 37 millions de dollars supplémentaires par jour en 2026 comparé à 2025, soit environ 31,5 millions d’euros quotidiennement[5]. Cette projection repose sur l’hypothèse que les écarts de prix observés durant le conflit iranien se maintiennent partiellement tout au long de l’année.

Appels renouvelés en Europe pour une taxation exceptionnelle

La forte rentabilité des énergéticiens a relancé le débat sur la mise en place d’une taxe sur les bénéfices exceptionnels, similaire à celle introduite après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.

Début avril 2024, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont adressé une demande conjointe à la Commission européenne visant à instaurer un prélèvement à l’échelle de l’UE sur les excédents de profits réalisés par les compagnies énergétiques durant le choc pétrolier lié à l’Iran[6]. Les cinq États affirment que cette mesure pourrait :

  • Financer des programmes de soutien aux ménages vulnérables face à la hausse des factures d’énergie;
  • Contribuer à freiner l’inflation en réduisant les marges excessives;
  • Alléger la pression sur les finances publiques déjà sollicitées par les dépenses de transition énergétique.

Après la publication des résultats trimestriels de Shell, BP et TotalEnergies, le débat s’est intensifié. Au Royaume-Uni, les opérateurs de la mer du Nord restent soumis à l’Energy Profits Levy, une taxe temporaire de 38 % sur les bénéfices exceptionnels, en vigueur jusqu’en 2030[7]. Le ministre britannique de l’Énergie, Ed Miliband, a qualifié les récents profits de « excessifs » et a appelé à un relèvement de cette taxe[8].

En France, des députés socialistes et écologistes ont déposé en avril un projet de loi proposant une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des sociétés énergétiques. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué qu’il n’avait « aucune objection de principe » à taxer ce type de revenus, tout en précisant qu’il ne soutenait pas nécessairement une action coordonnée au niveau européen[9]. Le président Emmanuel Macron, quant à lui, a plaidé pour une réponse européenne face à ce qu’il décrit comme des « profits excessifs et des comportements spéculatifs » sur les marchés de l’énergie[10].

Conséquences pour la sécurité énergétique et les investissements futurs

Les analystes s’attendent à ce que les bénéfices des majors restent solides au deuxième trimestre 2024, même si les tensions en Iran venaient à s’apaiser. Stephen Innes de SPI Asset Management note que les marchés ne reviennent pas instantanément à un état d’équilibre après une période de volatilité prolongée[11]. Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’Université d’Oxford, ajoute que la résolution du conflit pourrait être plus longue que prévu, ce qui maintiendrait les prix du pétrole à un niveau relativement élevé[12].

Dans ce contexte, les compagnies pourraient privilégier des projets à moindre coût et plus flexibles plutôt que de lancer des expansions majeures. Innes suggère que les gagnants seront les initiatives peu coûteuses, capables de s’adapter rapidement aux évolutions géopolitiques et offrant une certaine sécurité d’approvisionnement[13]. Cette tendance se reflète déjà dans les stratégies récentes de BP et Shell, qui ont revu à la baisse plusieurs objectifs climatiques afin de maintenir une activité pétrolière et gazière soutenue[14]. TotalEnergies, quant à elle, a récemment indiqué qu’elle ne pouvait plus garantir son objectif de neutralité carbone d’ici 2050, arguant que le monde n’est pas encore prêt à se passer totalement du pétrole[15].

Néanmoins, la volatilité des prix a également rappelé l’importance des énergies renouvelables pour renforcer la résilience du système énergétique. Imsirovic observe que la prise de conscience de ce besoin est désormais présente dans toutes les capitales mondiales[16]. Ainsi, tandis que les majors continuent de profiter des fluctuations du marché, les décideurs européens examinent comment équilibrer les recettes exceptionnelles provenant du

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