samedi, juin 13, 2026
EuropeLa hausse des coûts du logement pousse davantage d’Européens au sans-abrisme

La hausse des coûts du logement pousse davantage d’Européens au sans-abrisme

La crise du logement en Europe : une hausse des coûts qui menace le droit à un logement décent

Selon le rapport annuel publié par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), basée à Vienne, la flambée des prix de l’immobilier rend de plus en plus difficile l’accès à un logement convenable pour une part croissante de la population européenne. Le document, qui couvre les 27 États membres ainsi que l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Serbie, s’appuie sur des données fournies par Eurostat et la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans‑abri (Feantsa).

Une augmentation soutenue des prix et des loyers

Entre 2015 et 2024, les prix de l’immobilier dans l’Union européenne ont augmenté de 53 %, tandis que les loyers ont progressé de près de 17 % sur la même période, selon les chiffres d’Eurostat cités par la FRA. Cette évolution contraste avec la situation de la propriété : plus des deux tiers des résidents de l’UE sont propriétaires de leur logement, mais moins de la moitié des personnes dont le revenu se situe sous le seuil de risque de pauvreté possèdent leur logement.

Ces disparités montrent que l’accès à la propriété reste largement réservé aux ménages aux revenus supérieurs, laissant une part importante de la population dépendante du marché locatif, où les hausses de loyers pèsent lourdement sur le pouvoir d’achat.

Impact particulier sur les jeunes et les groupes vulnérables

La FRA souligne que les jeunes européens figurent parmi les groupes les plus durement touchés par la pression sur l’accessibilité au logement. Dans de nombreux États membres, les jeunes actifs peinent à trouver un logement abordable près de leurs lieux de travail ou d’études, ce qui les expose à un risque accru de précarité résidentielle.

Sirpa Rautio, directrice de la FRA, affirme dans le rapport : « Les jeunes et les groupes vulnérables sont confrontés à des difficultés qui compromettent leur accès au droit fondamental à un logement convenable, et nombre d’entre eux ne sont pas protégés contre l’expulsion. » Cette situation est aggravée par le manque de protections légales contre les expulsions forcées dans plusieurs pays.

Le sans‑abrisme en hausse : chiffres et tendances

Parallèlement à la hausse des coûts, certains indicateurs montrent une augmentation du sans‑abrisme. Feantsa estime que près de 1,3 million de personnes étaient sans abri dans l’UE en 2025, un chiffre qui témoigne de la détérioration de la situation logement pour les plus fragiles.

La FRA rappelle que le droit à un logement adéquat est reconnu par le droit international des droits de l’homme, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que par diverses dispositions européennes qui obligent les États à prévenir le sans‑abrisme, à améliorer l’accès à un logement abordable et à protéger les personnes contre la discrimination en matière de logement.

Recommandations de la FRA pour une approche fondée sur les droits

Face à ces constats, l’agence préconise une stratégie du logement ancrée dans les droits fondamentaux. Parmi les mesures proposées :

  • Adopter une législation nationale qui interdit les expulsions forcées sans solution de relogement adéquate;
  • Augmenter l’offre de logements sociaux et intermédiaires, notamment dans les zones urbaines où la demande est la plus forte;
  • Mettre en place des aides au loyer ciblées pour les ménages à faibles revenus et les jeunes actifs;
  • Renforcer la collecte de données harmonisées au niveau européen afin de mieux suivre l’évolution du sans‑abrisme et de l’accessibilité au logement;
  • Associer les personnes concernées à l’élaboration des politiques publiques, en garantissant leur participation effective.

La FRA souligne également que le contexte géopolitique actuel — marqué par une instabilité accrue et des conflits en cours — exerce une pression supplémentaire sur le sentiment de sécurité et de bien‑être des populations, ce qui peut exacerber les vulnérabilités liées au logement.

En conclusion, le rapport de la FRA rappelle que garantir le droit à un logement décent n’est pas seulement une question de politique sociale, mais une obligation légale et morale pour les États européens. Une réponse coordonnée, fondée sur les preuves et centrée sur les personnes, est indispensable pour inverser la tendance actuelle et prévenir une aggravation du sans‑abrisme à l’échelle du continent.

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