lundi, juin 1, 2026
EuropeDu voyage en train aux séjours : comment les vacanciers s'adaptent à la pénurie de carburéacteur des compagnies aériennes

Du voyage en train aux séjours : comment les vacanciers s’adaptent à la pénurie de carburéacteur des compagnies aériennes

Contexte : la plage de Saint‑Pol‑de‑Léon et les enjeux du carburéacteur

Sur la côte bretonne, les vacanciers étalent leurs serviettes sur le sable tandis que d’autres profitent de la Manche pour nager ou jouer. Cette scène, capturée récemment par Nicolas Guyonnet (AFP/Getty Images), illustre un été où les choix de déplacement sont de plus en plus influencés par la volatilité du marché du carburéacteur.

Depuis le début des tensions entre les États‑Unis et l’Iran, le détroit d’Ormuz – voie stratégique pour près de 75 % du kérosène importé en Europe – reste partiellement bloqué. Conséquence : les prix du carburéacteur ont bondi de 103 % en mars selon l’Association du transport aérien international (IATA). Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, a averti en avril que l’Europe pourrait se retrouver à court de carburéacteur d’ici quelques semaines si aucune source d’alternative n’était trouvée.

Réaction des compagnies aériennes face à la hausse des coûts

Répercussions financières et ajustements d’offre

Le carburéacteur représente généralement entre 20 % et 40 % des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne. Face à cette hausse, plusieurs transporteurs ont choisi de répercuter une partie de la charge sur les passagers ou de réduire leurs réseaux.

  • Lufthansa a annoncé près de 2 milliards de dollars de coûts supplémentaires liés au carburant et a supprimé environ 20 000 vols.
  • SAS (Scandinavian Airlines) et Air France‑KLM ont également annulé des liaisons jugées peu rentables.
  • Ryanair, dont le PDG Michael O’Leary prévoit un déplacement vers des vacances « près de chez soi », a indiqué que les suppléments tarifaires allaient augmenter pour couvrir la hausse du kérosène.

Ces mesures visent à préserver la rentabilité tout en limitant l’impact sur les voyageurs, mais elles contribuent aussi à rendre les vols long‑courriers moins attractifs.

Le train gagne en popularité comme alternative crédible

Croissance des réservations ferroviaires chez les voyageurs britanniques

Selon les données de Trainpal, les billets de train réservés par des Britanniques pour des trajets vers la France ont augmenté de 98 % en glissement annuel, tandis que les réservations vers l’Espagne et l’Italie ont respectivement progressé de 61 % et 92 %. Alvaro Ungurean, directeur commercial de Trainpal en Europe, souligne que « le discours sur la pénurie de carburéacteur pousse naturellement les voyageurs à envisager le rail comme solution de secours ».

Comparaison rail‑aviation en Europe

Une étude d’Allianz Trade publiée en avril révèle que, entre 2014 et 2024, les chemins de fer européens ont transporté 81,2 milliards de passagers, contre seulement 8,9 milliards pour le secteur aérien. Le même rapport indique que l’Europe est l’une des régions les plus exposées structurellement à une pénurie de kérosène, puisqu’elle ne produit qu’environ 50 % de son carburéacteur au niveau national.

Ano Kuhanathan, responsable de la recherche d’entreprise chez Allianz, ajoute que la hausse du prix du diesel et de l’essence rend le train plus compétitif, notamment pour les déplacements vers la France, l’Espagne ou l’Italie.

La demande se concentre sur le sud de l’Europe

Destinations privilégiées cet été

Le groupe TUI rapporte une forte tendance à réserver des vacances de dernière minute dans les pays de la Méditerranée occidentale. L’Espagne, les îles Baléares, les Canaries et la Grèce figurent parmi les destinations les plus recherchées. Selon Allianz, les réservations vers l’Espagne ont gagné 32 % sur un an, tandis que l’Italie, la Grèce et le Portugal affichent respectivement +20 %.

Impact de la guerre en Iran sur les choix de long‑courrier

Kuhanathan explique que les voyageurs britanniques ont historiquement favorisé le sud de l’Europe et que la crise actuelle « renforce » cette préférence. À l’inverse, les vols long‑courriers vers l’Asie ou l’Amérique latine pourraient subir une baisse de demande, les consommateurs privilégiant des trajets plus courts et moins soumis aux aléas du carburéacteur.

Séjours et tourisme intérieur : une réponse à l’incertitude économique

Motivations derrière le retour au « staycation »

Face à la hausse des prix des billets d’avion et à un climat d’incertitude économique – marché du travail tendu, inquiétudes liées à l’IA – de nombreuses familles au Royaume‑Uni et en Europe revoient leurs projets de vacances à l’étranger. Kuhanathan d’Allianz note que « l’incertitude économique, les craintes autour du marché du travail et l’IA contribuent toutes à pousser les voyageurs à chercher des options plus économiques ».

Destinations rurales britanniques en vogue

Les zones rurales telles que le Northumberland, le Pembrokeshire, le Herefordshire, le Gwynedd et les Derbyshire Dales figurent parmi les 20 destinations les plus réservées pour les jours fériés de mai. Lisa Marçais, directrice générale Europe du Nord et EMEA chez Airbnb, confirme une nette augmentation de la demande pour les escapades au Royaume‑Uni au printemps et en été, soulignant leur accessibilité et leur bon rapport qualité‑prix.

En résumé, alors que le secteur aérien fait face à une crise de carburéacteur qui modifie ses tarifs et ses réseaux, les voyageurs se tournent vers des alternatives plus proches : le train pour les déplacements intra‑européens, le sud de l’Europe pour le soleil, et le tourisme intérieur pour maîtriser le budget. Cette évolution, soutenue par des données concrètes d’IATA, Allianz, Trainpal, TUI et Airbnb, dessine un paysage de vacances plus résilient et diversifié pour l’été à venir.

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