Le 4 mai 2026, lors du Met Gala, la skieuse olympique Eileen Gu a foulé le tapis rouge du Metropolitan Museum of Art vêtue d’une création qui a immédiatement capté l’attention : une robe courte composée de milliers de bulles de verre irisées, semblant flotter autour de son corps comme une seconde peau d’air.
Une robe née d’une collaboration artistique et technologique
Cette pièce, intitulée « Bubble Dress », a été conçue par la créatrice néerlandaise Iris van Herpen en étroite collaboration avec le studio de design AAMurakami, basé entre Tokyo et Londres. Selon le communiqué de presse du Brooklyn Museum publié le 2 mai 2026, la robe repose sur 15 000 bulles de verre soufflées à la main, assemblées au cours de 2 550 heures de travail.
Pour renforcer l’effet de légèreté, des microprocesseurs discrets ont été intégrés dans la structure ; ils libèrent de véritables bulles d’air lorsque la porteuse se déplace, transformant le vêtement en une installation cinétique. Cette approche témoigne de la volonté de van Herpen de traiter la science non comme un simple outil, mais comme un véritable partenaire créatif.
Iris van Herpen : Sculpting the Senses au Brooklyn Museum
La robe bulle sert de point d’entrée à l’exposition « Iris van Herpen : Sculpting the Senses », qui ouvre ses portes au Brooklyn Museum le 16 mai 2026 et se poursuit jusqu’au 6 décembre suivant. Il s’agit de la première présentation nord‑américaine d’une rétrospective qui a déjà été montrée à Paris, Brisbane, Singapour et aux Pays‑Bas.
Matthew Yokobosky, conservateur principal de la mode et de la culture matérielle au Brooklyn Museum, explique que l’exposition explore les différentes formes d’eau – liquide, gelée, gazeuse – et la manière dont chacune a inspiré les recherches de la créatrice.
« Plus de 90 % de notre corps est constitué d’air. Cette robe représente littéralement l’air qui se trouve à l’intérieur de nous. »
— Matthew Yokobosky, conservateur, Brooklyn Museum
L’eau sous toutes ses formes
La première salle de l’exposition présente des œuvres qui traduisent les états de l’eau en textile et en sculpture. Une installation du collectif japonais Mé, décrite par Yokobosky comme « une tranche d’océan mise dans la galerie », accompagne la robe bulle afin de souligner le dialogue entre la mode et l’environnement marin.
Cette fascination pour l’eau remonte à la collection Crystallisation de 2010, où van Herpen a traduit la formation de dépôts calcaires, de cristaux de glace et la chorégraphie d’une éclaboussure en un vêtement imprimé en 3D – le premier du genre présenté sur un podium de mode.
Des os, des fossiles et un bébé dinosaure
Étant donné que les spécimens d’histoire naturelle de la version parisienne ne pouvaient pas voyager, le Brooklyn Museum a établi un nouveau partenariat avec le Musée américain d’histoire naturelle. L’exposition présente désormais un squelette d’ichtyosaure âgé de 80 millions d’années ainsi qu’un fossile de bébé dinosaure, placés en regard de créations qui s’inspirent de l’architecture osseuse.
Une robe construite autour de la structure des squelettes d’oiseaux se trouve à proximité de ces fossiles, rappelant que les oiseaux sont les plus proches parents vivants des dinosaures. Selon Yokobosky, « en regardant de près les œuvres d’Iris, on découvre les articulations osseuses qui sous‑tendent chaque pli et chaque couture ».
Biomimétisme, durabilité et expérimentation matérielle
Le travail d’Iris van Herpen repose sur une approche de biomimétisme rigoureuse : plutôt que de copier simplement une forme naturelle, son atelier analyse la microstructure d’un élément – écaille de poisson, toile d’araignée, système corallien – puis traduit cette organisation en un nouveau matériau ou procédé.
- Lucid (2016) s’inspire des toiles orbiques des araignées argiopes.
- Sympoiesis et Sensory Seas tirent leur inspiration des systèmes coralliens.
- En 2024, van Herpen a présenté une robe « vivante » ensemencée de 125 millions d’algues bioluminescentes, réalisée en collaboration avec le biodesigner Chris Bellamy.
Ces expérimentations s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la durabilité. La créatrice a travaillé avec du plastique océanique recyclé, des fèves de cacao imprimées en 3D et d’autres matières issues de sources renouvelables, montrant que la haute couture peut émerger d’un laboratoire, d’une forêt ou d’un bassin de marée plutôt que exclusivement de la pétrochimie.
La mode la plus lente : une installation vidéo au cœur de la rotonde
Parmi les sections les plus marquantes de l’exposition figure une installation vidéo créée spécialement pour le Brooklyn Museum. Dans cet espace, van Herpen a filmé les gestes presque imperceptibles de son atelier – le placement d’une main, la prise d’une aiguille, l’ajout lent d’un point de broderie – et les projette en temps réel sur des écrans de 25 pieds de hauteur situés dans la rotonde de 70 pieds du musée.
Selon Yokobosky, cette pièce vise à faire comprendre au public le « long processus méditatif » qui sous‑tend chaque création de haute couture, en contraste avec la vitesse des lookbooks générés par l’intelligence artificielle et les cycles ultrarapides de la fast fashion.
Van Herpen ne produit pas de prêt‑à‑porter ; elle se consacre exclusivement à la haute couture, fabriquant chaque pièce à la main en collaboration avec un réseau tournant de scientifiques, d’architectes et d’artistes. Cette approche limitée confirme son engagement envers l’expérimentation et le savoir‑faire artisanal, tout en offrant une vision alternative de ce que peut être la mode au XXIe siècle.
Conclusion : le corps comme petit morceau de l’univers
L’exposition se termine dans une salle nommée « Cosmic Bloom », où des mannequins suspendus portent certaines des robes les plus surréalistes et saturées de van Herpen. Dans cet obscur environnement, le vêtement cesse d’être un simple produit ; il devient un langage permettant de décrire le corps comme une petite partie de l’univers.
En rassemblant la science, l’artisanat et une profonde observation de la nature, Iris van Herpen redéfinit ce que signifie faire de la mode un art. L’exposition «
