lundi, juin 1, 2026
Europe"C'est mauvais" : les stratèges prévoient une pénurie de pétrole en Europe d'ici quelques semaines alors que les stocks s'épuisent

“C’est mauvais” : les stratèges prévoient une pénurie de pétrole en Europe d’ici quelques semaines alors que les stocks s’épuisent

Les réserves mondiales de pétrole en chute libre

Selon plusieurs stratégistes des marchés de l’énergie, les stocks mondiaux de pétrole sont en déclin rapide et pourraient ne pas se reconstituer avant décembre 2027. Cette tendance inquiète particulièrement les observateurs européens, qui redoutent des pénuries physiques pouvant affecter le continent dès la fin du mois en cours.

Avertissement de Jeff Currie, Abaxx Commodity Exchange

Jeff Currie, co‑président exécutif d’Abbax Commodity Exchange, a déclaré que des ruptures d’approvisionnement physiques pourraient frapper l’Europe « d’un jour à l’autre ». Il souligne que la gravité de la crise actuelle de l’offre ne se reflète pas encore dans les prix du pétrole ni dans les déclarations des décideurs politiques.

« Nous allons bientôt découvrir qui est prêt à payer pour la dernière molécule disponible », a ajouté Currie, mettant en lumière la tension entre disponibilité réelle et valorisation de marché.

Contexte saisonnier de la demande

Le marché se situe actuellement dans ses « mois intermédiaires », période traditionnellement faible pour la demande de matières premières, située entre la fin de la saison de chauffage et le début de la saison de conduite. Toutefois, l’approche du Memorial Day aux États‑unis et des jours fériés de printemps au Royaume‑Uni devrait entraîner une hausse notable de la consommation de diesel, d’essence et de pétrole brut.

Selon Currie, c’est précisément à ce moment que les effets des tensions d’approvisionnement commenceront à se faire sentir.

Un « vernis de stabilité » selon Société Générale

Les analystes de Société Générale, dirigés par Mike Haigh, responsable du FIC et de la recherche sur les matières premières, décrivent le marché pétrolier comme fonctionnant sous un « vernis de stabilité ». Toutefois, ils estiment que le système sous‑jacent reste « extrêmement stressé ».

Dans une note publiée lundi, ils ont indiqué que les stocks chutent rapidement et que seule une petite fraction des réserves mondiales est réellement utilisable sans pousser le système à un stress opérationnel.

Impact du détroit d’Ormuz

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite généralement environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, a connu des restrictions sévères depuis le début du conflit américano‑iranien le 28 février.

Même si le détroit venait à rouvrir début juin, les analystes de SocGen préviennent que la chaîne d’approvisionnement physique – transit des pétroliers, déchargement, raffinage et distribution – introduirait un délai d’au moins 52 jours avant que le pétrole supplémentaire ne puisse atteindre les marchés.

Délai de la chaîne d’approvisionnement

Ce retard signifie que plusieurs millions de barils par jour demeurent hors ligne, exerçant une pression supplémentaire sur des réserves qui s’amenuisent rapidement. Chaque jour de blocage supplémentaire allonge le déficit de stocks et retarde le retour à l’équilibre.

Scénario de stress prolongé

Une réouverture du détroit d’Ormuz fin juin entraînerait, selon Société Générale, un stress plus profond et plus prolongé. Le soulagement physique ne serait attendu qu’à la fin du mois d’août, tandis qu’une normalisation significative n’interviendrait qu’en septembre.

En cas de retard encore plus long, les prix du pétrole pourraient grimper jusqu’à 150 dollars le baril et rester élevés pour le reste de l’année.

Conséquences sur les prix et les stocks

Les analystes expliquent que, même si les flux de pétrole reprenaient, le retard dans le calendrier engendrerait un déficit de stocks plus profond, prolongeant le resserrement de l’offre jusqu’en 2027 et repoussant la normalisation complète plus loin dans le temps. Cette sensibilité aux ajustements mineurs du calendrier de réouverture souligne la fragilité du système actuel.

Réactions du marché

Lundi après‑midi, les cours du pétrole ont augmenté alors que les négociations entre Washington et Téhéran semblaient au point mort. Le brut Brent, référence internationale, a gagné 1,4 % pour atteindre 110,73 dollars le baril, tandis que le WTI américain a progressé de 1,3 % à 106,86 dollars le baril.

Jeff Currie a conclu : « Quiconque met la main à la pâte dans ce secteur vous dit que c’est mauvais. Les Iraniens veulent infliger de la souffrance. Ce n’est pas le prix du pétrole qui compte ici, c’est la disponibilité du pétrole.

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