Départ soudain d’Albert Manifold de la présidence de BP : contexte, réactions et impacts sur le marché
Le 4 août 2025, une image diffusée par Bloomberg et Getty Images montre un client faisant le plein de carburant dans une station‑service BP à Londres. Cette scène banale contraste avec l’annonce faite quelques heures plus tôt : le conseil d’administration de BP a relevé Albert Manifold de ses fonctions de président, invoquant « de graves préoccupations » liées à la gouvernance, à la surveillance et à la conduite.
Manifold, ancien directeur général du groupe irlandais CRH, n’était en poste que depuis environ sept mois. Son arrivée avait été présentée comme une étape clé de la stratégie de réduction des coûts et de recentrage sur les activités pétrolières et gazières de BP. Toutefois, plusieurs médias, citant des sources anonymes au sein de l’entreprise, ont rapporté des comportements agressifs envers des collègues durant son bref mandat.
Vote des actionnaires et signaux d’alerte préalables
Lors de l’assemblée générale annuelle de BP le mois précédent, Manifold avait dû faire face à une opposition inhabituelle. Bien qu’il ait obtenu 81,8 % des voix en faveur de son élection à la présidence, ce taux était nettement inférieur au soutien habituel proche de 100 % réservé aux administrateurs. Des investisseurs activistes, notamment le groupe néerlandais Follow This, avaient indiqué qu’un vote contraire de seulement 5 % aurait constitué un sévère avertissement, rappelant le historique de 24 % de dissentiment enregistré l’année précédente contre le président sortant Helge Lund.
Dans un communiqué diffusé à l’époque, Manifold avait déclaré : Toutes les décisions du conseil d’administration relatives aux résolutions de l’AGA de cette année ont été prises en toute bonne conscience, dans le but de bâtir un BP plus précieux pour nos actionnaires.
Réactions du conseil et de la direction actuelle
Amanda Blanc, directrice indépendante senior de BP, a reconnu la contribution de Manifold à la transformation en cours du groupe, mais a ajouté que le conseil avait été « surpris et déçu d’apprendre l’existence de problèmes de gouvernance et de conduite qu’il juge inacceptables ». Cette déclaration souligne l’importance que BP accorde désormais à la transparence et à l’intégrité dans ses pratiques de direction.
Le président sortant a, quant à lui, contesté fermement la caractérisation de sa conduite : Je conteste entièrement la qualification de ma conduite et je ne permettrai pas qu’un faux récit reste incontesté.
Il a également rappelé qu’il avait œuvré pour réduire les coûts, lutter contre les excès et maintenir l’organisation à des normes plus élevées durant son mandat.
Impact sur le cours de l’action et perspectives stratégiques
Les répercussions boursières ont été immédiates. Le matin du 5 août 2025, l’action BP cotée à Londres a chuté de 1,4 %, prolongeant la baisse de 4 % enregistrée lors de la séance précédente. Selon les données de Bloomberg, cette évolution reflète l’inquiétude des investisseurs concernant la stabilité de la gouvernance alors que l’entreprise poursuit une réinitialisation stratégique fondamentale.
Depuis avril 2025, Meg O’Neill, ancienne PDG de Woodside Energy, dirige la récente réorientation de BP vers le pétrole et le gaz, en réduisant l’accent mis auparavant sur les énergies renouvelables. Sous sa direction, les bénéfices du premier trimestre 2025 ont plus que doublé par rapport à l’année précédente, portée par la hausse des prix du pétrole et du gaz liée au conflit au Moyen‑Orient.
Appels à davantage de transparence
Des observateurs externes ont réclamé un éclairage complet sur les motifs du départ de Manifold. Le groupe climatique ACCR a demandé au conseil d’administration de BP de fournir « un compte rendu complet et transparent » de ce qui a exactement conduit à son limogeage. De son côté, Follow This a insisté sur la nécessité que le nouveau président apporte « une véritable expertise en matière de gouvernance, de risque climatique et de risque de transition ».
Ces exigences s’inscrivent dans une tendance plus large où les parties prenantes attendent des grandes entreprises énergétiques qu’elles allient performance financière et responsabilité environnementale, tout en respectant les meilleures pratiques de gouvernance.
Conclusion
Le départ soudain d’Albert Manifold de la présidence de BP met en lumière les défis auxquels les grandes compagnies énergétiques sont confrontées lorsqu’elles tentent de concilier réduction des coûts, recentrage stratégique et exigences de gouvernance irréprochables. Alors que le groupe poursuit sa récente réorientation sous la direction de Meg O’Neill, les investisseurs, les régulateurs et les groupes de défense du climat surveilleront de près la manière dont BP abordera les questions de conduite, de surveillance et de transparence dans les mois à venir.
