Alors que les tensions militaires entre l’Iran et ses adversaires se sont intensifiées au printemps 2024, un mouvement financier silencieux mais massif a été observé : des flux considérables de cryptomonnaies ont quitté les plateformes d’échange iraniennes. Ce phénomène, analysé par des entreprises spécialisées, révèle l’adaptation d’un système économique déjà fragilisé par des décennies d’isolement financier international.
Un canal de contournement des sanctions historiquement utilisé
L’Iran est depuis longtemps coupé du système bancaire international classique en raison des sanctions imposées, notamment contre le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). Pour contourner ces restrictions, le pays a développé des alternatives, utilisant la cryptographie pour vendre du pétrole sous embargo et financer des groupes alliés dans la région, comme l’ont documenté les autorités américaines.
Cette pratique s’est dramatiquement accélérée avec la flambée des hostilités. Selon les données de la société d’analyse Chainalysis, entre le 28 février et le 2 mars 2024 – correspondant aux premiers jours des frappes aériennes israélo-américaines – plus de 10 millions de dollars américains (environ 8,7 millions d’euros) ont été retirés des bourses iraniennes. Une partie significative de ces fonds a été convertie en devises étrangères d’ici le 5 mars.
L’implication présumée des acteurs étatiques
Si une partie de ces retraits massifs peut s’expliquer par la panique des citoyens cherchant à protéger leur épargne face à l’inflation galopante, l’ampleur des sommes suggère une coordination de plus haut niveau. « L’ampleur même des sommes impliquées suggère l’implication des acteurs du régime », a déclaré Kaitlin Martin, analyste chez Chainalysis. La crainte de nouvelles sanctions punitives ou de cyberattaques ciblées, comme celle ayant frappé la plateforme Nobitex en juin 2025 (avec un vol de 90 millions de dollars selon TRM Labs), motiverait ces mouvements préventifs.
L’emprise des Gardiens de la Révolution sur l’écosystème crypto
L’analyse approfondie des portefeuilles numériques montre un lien direct entre l’activité de cryptomonnaies et le CGRI. Chainalysis a identifié que plusieurs portefeuilles ayant bougé lors du pic de février-mars 2024 sont associés à cette entité puissante. « Même pendant ces pannes d’Internet [provoquées par le conflit], certaines sorties sont observées, ce qui suggère que certains ont accès aux avoirs en crypto-actifs de la bourse même lorsque son site Web est inaccessible », notent les analystes d’Elliptic.
L’hégémonie du CGRI est écrasante. En 2023, les portefeuilles liés aux Gardiens ont reçu plus de 3 milliards de dollars en cryptomonnaies, soit plus de la moitié de tous les flux entrants en Iran. Cette part est en croissance constante, transformant les actifs numériques en un outil de financement essentiel pour l’appareil militaire et politique du régime.
Un « système bancaire parallèle » pour le financement et le commerce
Les révélations ne s’arrêtent pas là. Le Financial Times a rapporté que l’Iran proposait la vente de missiles balistiques, de drones et d’autres systèmes d’armes avancés en échange de cryptomonnaies. « Ces actifs numériques contribuent à un véritable système bancaire parallèle », explique Craig Timm, directeur de l’organisation de lutte contre le blanchiment d’argent ACAMS. Il souligne les avantages opérationnels pour les acteurs sous sanctions : rapidité de transfert, coûts réduits par rapport aux virements SWIFT, et difficulté de traçage due aux lacances réglementaires mondiales.
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L’usage des cryptomonnaies en Iran
