dimanche, juin 21, 2026
EntrepreneursDevrions-nous simplement nous débarrasser des objectifs de zéro émission nette des entreprises ?

Devrions-nous simplement nous débarrasser des objectifs de zéro émission nette des entreprises ?

Les objectifs de zéro émission nette des entreprises : entre bonnes intentions et limites réelles

Pour contenir les pires effets du changement climatique, la communauté scientifique estime que la planète doit atteindre zéro émission nette d’ici 2050. Face à cet enjeu, de nombreuses sociétés ont annoncé leurs propres cibles de neutralité carbone, souvent appuyées par l’achat de crédits carbone ou de certificats d’énergie renouvelable. Toutefois, une analyse récente du Searchlight Institute, un groupe de réflexion démocrate centriste, montre que ces démarches volontaires peuvent conduire à des actions peu efficaces sur le plan climatique.

Les incitations des objectifs de zéro émission nette favorisent les solutions les moins coûteuses

Jane Flegal, chercheuse principale au Searchlight Institute et auteure de l’article « Beyond Carbon Accounting », explique que la structure même des engagements de zéro net incite les entreprises à choisir les options les moins onéreuses, même lorsqu’elles ont un impact limité.

Compensations forestières : faible coût, permanence incertaine

Les crédits liés à la gestion forestière ou au reboisement se vendent généralement autour de 4 dollars la tonne de CO₂, selon les données de BloombergNEF (2022). Pourtant, ces réductions ne sont pas toujours permanentes : incendies, sécheresses ou maladies peuvent libérer le carbone stocké, annulant le bénéfice attendu. Dans certains cas, la forêt aurait séquestré du carbone même sans l’intervention de l’entreprise, ce qui rend le crédit non additionnel et donc inutile pour réduire les émissions à l’échelle mondiale.

Certificats d’énergie renouvelable : additionnalité souvent absente

De même, l’achat de certificats d’énergie renouvelable (REC) permet à une entreprise de prétendre que sa consommation provient d’éolien ou de solaire, même si elle alimente réellement ses installations avec du gaz naturel. Comme l’indique l’Agence internationale de l’énergie (IEA, 2023), l’éolien et le solaire sont déjà compétitifs et se développent rapidement ; de nombreux projets seraient construits indépendamment de l’achat de REC. Ainsi, ces certificats ne modifient pas réellement le mix énergétique local et ne traitent pas la pollution atmosphérique générée sur le site de consommation.

Des actions volontaires plus pertinentes pour le climat

Plutôt que de se contenter d’équilibrer un bilan carbone grâce à des instruments de faible impact, les entreprises peuvent orienter leurs efforts volontaires vers des leviers qui transforment réellement le système énergétique.

Investir dans les technologies de captage direct de l’air

Le captage direct de l’air (DAC) reste coûteux — environ 1 000 dollars la tonne de CO₂ capturée (IEA, 2023) — mais son déploiement à grande échelle permettrait de réduire les coûts grâce à l’apprentissage et aux économies d’échelle. Des initiatives telles que la coalition Frontier, rassemblant Stripe, Google et H&M, visent précisément à créer un marché pour le DAC en stimulant la demande précoce.

Plaidoyer pour la réforme du réseau et des permis de transport

Une autre voie consiste à s’engager politiquement : soutenir la modernisation des lignes de transmission, simplifier les procédures d’obtention des permis pour les projets renouvelables ou promouvoir des tarifs d’accès au réseau favorables aux énergies propres. Ces actions influencent directement la capacité du système électrique à intégrer davantage de production décarbonée, ce qui a un effet multiplicateur sur les réductions d’émissions.

Définir des objectifs basés sur les dépenses (CapEx) pour les technologies climatiques

Au lieu de viser un simple équilibre comptable, les entreprises peuvent fixer des cibles d’investissement annuel dans des solutions climatiques (par exemple, X millions de dollars par an dans le stockage d’énergie ou l’hydrogène vert). Cette approche lie la performance financière à la contribution réelle à la transition énergétique et rend les progrès plus transparents et mesurables.

Vers une responsabilité climatique plus crédible

Le Searchlight Institute souligne que la comptabilité carbone reste utile pour suivre les émissions internes et éclairer les futures réglementations, mais elle ne doit pas devenir une fin en soi. Comme le rappelle Jane Flegal, « optimiser sa propre comptabilité ne suffit pas à décarboner le monde ». Pour que les engagements des entreprises soient véritablement efficaces, ils doivent aller au-delà des achats de crédits et de certificats et se traduire par des investissements substantiels, du plaidoyer politique et une prise de responsabilité qui transforme les systèmes énergétiques et industriels.

En adoptant ce cadre d’action, les sociétés peuvent non seulement répondre aux attentes croissantes des parties prenantes, mais aussi apporter une contribution mesurable à la lutte contre le changement climatique, en alignant leurs stratégies sur les voies scientifiques qui mènent à la neutralité carbone d’ici 2050.

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