Le président William Ruto promulgue la loi 2026 sur la répartition des revenus au Kenya
Le 10 juin 2025, le président William Ruto a signé la Division of Revenue Bill 2026 (DoR), acte législatif qui officialise l’allocation de 428 milliards de shillings kényans (KES) aux quarante‑sept gouvernements de comté pour l’exercice financier 2026/27. Cette décision met fin à plusieurs semaines de négociations entre l’Assemblée nationale et le Sénat, conclues par un accord de médiation.
Contexte institutionnel et chiffré
Selon le Trésor kenyan, le montant total des revenus partageables prévus pour l’exercice 2026/27 s’élève à environ 2,9 billions de KES. La part équitable attribuée aux comtés représente donc près de 14,8 % du total des revenus nationaux partageables (Trésor du Kenya, 2026).
Cette répartition constitue la principale source de financement des fonctions décentralisées, parmi lesquelles :
- les soins de santé de base
- l’agriculture et la sécurité alimentaire
- les services d’eau et d’assainissement
- les transports de comté
- l’éducation de la petite enfance
Processus législatif et médiation
Le projet de loi avait initialement divergé entre les deux chambres concernant le montant exact à dévoluer aux comtés. Après sept séances de médiation facilitées par le Comité conjoint du budget, un compromis a été atteint :
- fixation de l’allocation à 428 milliards de KES ;
- rétablissement de l’article 5 du projet de loi, qui protège les allocations des comtés contre les réductions liées à un déficit de revenus nationaux ;
- validation du principe de partage équitable conforme à l’article 203 de la Constitution kényane.
Samuel Atandi, président de la Commission du budget et des crédits de l’Assemblée nationale, a déclaré à l’issue de l’accord :
« Nous avons convenu d’un montant de 428 milliards de shillings. C’est un impératif constitutionnel et les Kenyans vont être contents. »
Ali Roba, président de la commission sénatoriale des finances et du budget, a ajouté :
« Cela a été un engagement très difficile mais cordial dans le but de faire avancer le pays. »
Réactions des législateurs et acteurs locaux
Plusieurs parlementaires ont salué l’accord comme une avancée pour la décentralisation. Le sénateur Narok Ledama Olekina a souligné à la fois l’augmentation de l’allocation et le rétablissement de l’article 5, tandis que le sénateur Migori Eddy Oketch a insisté sur la nécessité d’une plus grande responsabilité dans l’utilisation des fonds au niveau des comtés.
Les associations de gouvernements de comté, qui avaient milité pour une hausse des ressources afin de faire face à la croissance des dépenses de santé et d’éducation, ont accueilli la décision comme une étape cruciale permettant la finalisation de leurs budgets avant le 1er juillet 2026, date de début du nouvel exercice financier.
Implications financières et prochaines étapes
Avec la promulgation de la DoR, le chemin est désormais ouvert pour l’examen du County Revenue Allocation Bill, qui déterminera la répartition précise des 428 milliards de KES entre chaque comté selon des critères de population, de pauvreté et de capacité fiscale.
Les analystes du secteur public estiment que cette certitude budgétaire permettra aux comtés de mieux planifier leurs programmes de développement, tout en renforçant la transparence et la responsabilité financière, deux piliers souvent cités dans les rapports de la Banque mondiale sur la gouvernance décentralisée en Afrique orientale (Banque mondiale, 2024).
Conclusion
La signature de la loi 2026 sur la répartition des revenus marque un jalon important dans le processus de décentralisation du Kenya. En allouant 428 milliards de shillings – soit près de 15 % des revenus partageables estimés – aux gouvernements de comté, l’État répond aux revendications locales tout en respectant les équilibres constitutionnels. La mise en œuvre prochaine du County Revenue Allocation Bill sera suivie de près par les acteurs nationaux et internationaux, qui y voient un test de la capacité du Kenya à concilier croissance économique et équité territoriale.
