mercredi, juin 17, 2026
EuropeLe commerce et la défense en tête de l'ordre du jour du sommet UE-Corée du Sud

Le commerce et la défense en tête de l’ordre du jour du sommet UE-Corée du Sud

Signature d’un nouvel accord commercial numérique entre l’UE et la Corée du Sud

Lors d’une cérémonie organisée à Bruxelles le mercredi 2 novembre 2025, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen António Costa et le président sud‑coréen Lee Jae‑myung ont officiellement signé un accord portant sur le commerce numérique. Cet acte vient compléter le partenariat déjà établi entre l’Union européenne et la République de Corée, dont le sommet annuel marquait cette année son 11e édition.

Contexte du sommet UE‑Corée du Sud

Un partenariat déjà solide

Les échanges commerciaux entre l’UE et la Corée du Sud ont connu une forte progression depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre‑échange en 2011. Selon les chiffres publiés par la Commission européenne, le volume des échanges de marchandises est passé de 62,1 milliards d’euros en 2015 à 124,25 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 100 % sur une décennie [1]. Cette dynamique s’explique notamment par la montée en puissance de secteurs stratégiques tels que les batteries, les véhicules électriques et les semi‑conducteurs.

Lors du sommet, les trois dirigeants ont publié une déclaration commune réaffirmant leur attachement au multilatéralisme efficace et à un ordre économique fondé sur des règles stables et prévisibles. Ursula von der Leyen a souligné que « dans le monde incertain d’aujourd’hui, des partenariats stables et fiables comme le nôtre sont plus précieux que jamais ».

Le volet numérique de l’accord

Objectifs et mécanismes

L’accord signé vise à réduire les « obstacles inutiles au commerce numérique » et à offrir une plus grande « sécurité juridique » aux entreprises opérant sur les deux marchés. Parmi les dispositions clés figurent :

  • la facilitation des flux de données transfrontaliers, tout en interdisant le transfert obligatoire du code source ;
  • l’établissement de règles solides en matière de protection des consommateurs en ligne, tout en respectant les niveaux respectifs de protection des données personnelles et de la vie privée ;
  • la création d’un cadre de coopération pour lutter contre les pratiques déloyales et renforcer la confiance dans les transactions électroniques.

Un responsable européen a expliqué que cet accord devrait « compléter le partenariat commercial plus large » en permettant aux acteurs du numérique de bénéficier d’un environnement prévisible, essentiel pour les investissements dans l’intelligence artificielle, le cloud computing et les services de cybersécurité.

Semi‑conducteurs : un levier stratégique

Chiffres et perspectives

La Corée du Sud occupe une position de leader mondial dans la fabrication de semi‑conducteurs, représentant près de 20 % de la capacité de production mondiale en 2024 [2]. Pour l’UE, sécuriser l’approvisionnement en ces composants constitue une priorité absolue, notamment dans le cadre de la stratégie européenne pour les semi‑conducteurs présentée en 2023, qui vise à doubler la capacité de production d’ici 2030 [3].

Les investissements sud‑coréens en Europe ont déjà commencé à se concentrer sur des projets de gigafactories de batteries et de sites de production de puces, notamment en Hongrie, en Pologne et en Allemagne. Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de diversification des chaînes d’approvisionnement afin de réduire la dépendance vis‑à‑vis d’un seul fournisseur, un enjeu devenu crucial après les restrictions chinoises sur les exportations de terres rares et de matériaux liés à l’industrie des puces en 2023‑2024.

Sécurité, défense et chaîne d’approvisionnement

Dialogue de haut niveau sur la résilience

Outre les aspects commerciaux, le sommet a également abordé la sécurité économique. Les deux parties ont convenu d’établir un dialogue de haut niveau dédié à la résilience des chaînes d’approvisionnement, notamment pour les matières premières critiques telles que le lithium, le cobalt et les terres rares. Ce mécanisme permettra un échange régulier d’informations sur les risques de perturbation et la coordination de réponses conjointes en cas de crise.

Par ailleurs, les dirigeants ont réitéré leur soutien à l’accord de partenariat de sécurité et de défense signé en 2024, qui vise à renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité maritime, de la lutte contre les menaces hybrides et de la protection des infrastructures critiques.

Enjeux géopolitiques : Corée du Nord et Russie

Position commune de l’UE et de Séoul

La déclaration commune du sommet condamne fermement les actions de la Corée du Nord et de la Russie qui contribuent à l’instabilité régionale. Le texte indique : « Nous exhortons la Russie et la RPDC à cesser immédiatement toutes ces activités et à respecter la Charte des Nations Unies ainsi que toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies ».

Un haut responsable de l’UE a précisé que, en marge des négociations, la question de la non‑prolifération nucléaire a été au cœur des discussions, compte tenu du stock restreint mais inquiétant d’ogives nucléaires détenues par Pyongyang. Bruxelles se dit prête à partager avec Séoul des informations sur son soutien à l’Ukraine, afin de renforcer la coordination face aux tentatives de la Russie de contourner les sanctions internationales.


[1] Commission européenne, « EU‑Korea trade statistics 2015‑2025 », 2025.
[2] Semiconductor Industry Association, « Global Fab Capacity 2024 », 2024.
[3] Commission européenne, « European Chips Act », 2023.

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