samedi, juin 13, 2026
EntrepreneursLe coût caché d’une lente succession de PDG – de la part d’un homme devenu président en un week-end

Le coût caché d’une lente succession de PDG – de la part d’un homme devenu président en un week-end

Lorsque j’ai accepté le poste de président à 29 ans, le changement s’est opéré en un week‑end : vendredi, j’étais représentant commercial régional ; lundi, je dirigeais une entreprise de 30 millions de dollars. Aucune feuille de route de cinq ans, aucun programme d’intégration des cadres, aucune succession minutieusement chorégraphiée. Pourtant, au cours des quinze années suivantes, nous avons porté le chiffre d’affaires à plus de 230 millions de dollars et fait passer l’équipe de 50 à 450 collaborateurs.

Réticence à lâcher prise

Dans le discours populaire, la succession idéale se décrit comme un processus progressif, fait de chevauchements, d’observation et de « transition judicieuse vers le changement ». Cette approche semble mature et stratégique. Toutefois, après avoir observé de nombreuses entreprises familiales et fondées par leurs créateurs traverser la même période, j’ai commencé à soupçonner que la lenteur de la succession relève moins de l’incapacité du successeur que de la réticence du dirigeant en place à abandonner le contrôle.

Des recherches confirment cette intuition. Une étude de la Harvard Business Review (2021) indique que les transitions fondateur‑PDG échouent deux à trois fois plus souvent que celles dirigées par des non‑fondateurs. Le problème ne réside généralement pas dans les compétences du successeur, mais dans le transfert lui‑même : chaque jour supplémentaire où le leader sortant conserve les décisions élargit l’écart entre son savoir et les capacités réelles du prochain dirigeant.

À un certain point, la succession cesse d’être une question de développement et devient une question de dépendance. Cette dépendance masque souvent une dimension identitaire : pour de nombreux fondateurs, l’entreprise n’est plus seulement une activité économique, elle incarne un but, un sens, une communauté et le lieu où ils se sentent le plus vivants, nécessaires et en contrôle. Lâcher prise peut alors être perçu comme une perte de soi plutôt qu’une simple évolution de rôle.

Comme le soulignent de nombreux dirigeants : « Ils ne sont tout simplement pas encore tout à fait prêts. » Cette affirmation mérite d’être interrogée : le successeur manque‑t‑il réellement de préparation, ou le dirigeant sortant n’est‑il simplement pas prêt à renoncer à son identité actuelle ?

Forgé sous pression

Le leadership se forge rarement en observant depuis le siège passager ; il émerge le plus souvent sous la pression réelle des responsabilités. Lorsque le dirigeant actuel s’accroche à son poste, ce n’est pas forcément parce que la prochaine génération manque de compétences, mais parce qu’il peine à imaginer un avenir convaincant au-delà du rôle qu’il occupe actuellement. L’organisation, initialement conçue pour créer de la liberté, peut peu à peu se transformer en un ensemble de contraintes présentes.

Dans les entreprises familiales et fondées par leurs créateurs, les successions prolongées engendrent souvent leurs propres dysfonctionnements : luttes de pouvoir, loyautés divisées, dérive stratégique. Lorsque la transition s’étire indéfiniment, l’entreprise se retrouve coincée entre deux époques. Plus le leader sortant retarde le lâcher‑prise, moins il reste de marge de manœuvre pour la prochaine génération. Paradoxalement, la tentative de minimiser les perturbations tend à les prolonger.

Un des effets inattendus de ma transition du jour au lendemain a été l’absence de campagne interne : aucune faction ne s’est formée, aucune spéculation interminable n’a eu lieu. L’organisation a simplement dû avancer, et moi aussi.

Pas tout à fait prêt

À 29 ans, je ne me considérais pas entièrement prêt à assumer la présidence. Toutefois, si l’entreprise avait attendu que je ressente cette préparation intérieure, je doute que je l’aie jamais atteinte. La responsabilité et la nécessité sont de puissants accélérateurs de croissance : elles obligent le nouveau leader à sortir de sa zone de confort, à développer rapidement de l’humilité, de la décision et de l’adaptabilité.

Les recherches en psychologie du travail montrent que l’exposition précoce à des responsabilités élevées favorise le développement de compétences métacognitives et de résilience (voir Journal of Applied Psychology, 2019). Dans ce contexte, l’inconfort initial n’est pas un signe d’échec, mais le catalyseur d’une montée en compétence accélérée.

Les transitions de leadership sont rarement indolores, mais dans de nombreuses organisations, la douleur provient moins du changement lui‑même que de l’évitement d’un changement inévitable. Que l’on soit fondateur, dirigeant d’entreprise familiale ou même parent, la question centrale demeure : pourquoi ne lâche‑t‑on pas prise ? Est‑ce parce que le successeur n’est pas réellement capable, ou parce que nous avons construit notre identité autour du besoin d’être indispensable ?

Tout leader finit par quitter son poste. La véritable interrogation est de savoir si ce départ se fera selon nos conditions, en anticipant et en préparant la relève, ou si nous attendrons que les circonstances imposent la décision à notre place.

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