samedi, avril 11, 2026
EuropeLa sonnette d’alarme contre la stagflation retentit dans la zone euro alors que la crise énergétique frappe l’économie mondiale

La sonnette d’alarme contre la stagflation retentit dans la zone euro alors que la crise énergétique frappe l’économie mondiale

La zone euro frôle la stagnation, la crise au Moyen-Orient accentue les risques de stagflation

La croissance du secteur privé dans la zone euro a nettement ralenti en mars 2024, tombant à son plus bas niveau depuis mai dernier, selon l’indice PMI flash publié par S&P Global. Ce baromètre, très suivi par les marchés, s’est établi à 50,5 points, une chute significative par rapport aux 51,9 de février et en deçà des prévisions des économistes (51,0). Un chiffre qui sonne comme un avertissement : avec un seuil de 50 points séparant expansion et contraction, l’économie européenne perd dangereusement de son élan.

Cette dégradation coïncide avec une escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui pèse déjà sur les chaînes d’approvisionnement et les coûts de l’énergie. « L’indice PMI flash de la zone euro sonne l’alarme en matière de stagflation alors que la guerre au Moyen-Orient fait monter les prix en flèche tout en étouffant la croissance », analyse Chris Williamson, économiste en chef chez S&P Global Market Intelligence. Les données révèlent une pression sur les coûts la plus vive depuis plus de trois ans, portée par la hausse des prix de l’énergie et des retards d’approvisionnement atteignant leur niveau le plus élevé depuis la mi-2022.

Un scénario « toxique » pour les décideurs politiques

Le ralentissement de l’activité s’accompagne d’un raffermissement des craintes de stagflation – cette combinaison redoutable d’inflation persistante, de croissance atone et de pression sur l’emploi. En mars, les entreprises ont légèrement réduit leurs embauches et revu à la baisse leurs prévisions de production pour l’année. Pour les banques centrales, ce contexte pose un dilemme de taille : resserrer les taux pour combattre l’inflation risque d’étouffer une croissance déjà fragile, tandis qu’assouplir la politique monétaire pourrait alimenter davantage les prix.

Le phénomène n’est pas isolé à l’Europe. L’Inde a également vu sa croissance manufacturière ralentir en mars à son plus bas depuis octobre 2022, illustrant la portée mondiale du choc énergétique. Raphael Brun-Aguerre, stratège chez JP Morgan, souligne l’impact « important » à court terme sur l’inflation via les prix de l’énergie, qui se répercutent sur les prix de base. « La confiance des entreprises est considérablement affectée, et les données de la Commission européenne montrent que la confiance des consommateurs a déjà été fortement ébranlée en mars », ajoute-t-il.

Une crise énergétique « critique » et des prévisions en sursis

Face à cette situation, les prévisions économiques antérieures semblent déjà dépassées. La Banque centrale européenne (BCE) a révisé ses attentes la semaine dernière, tablant sur une croissance de 0,9 % en 2026 et une inflation moyenne de 2,6 % pour 2024. Pourtant, l’indicateur des prix de l’enquête PMI pointe vers une inflation proche de 3 %, avec une pression sur les coûts qui « pourrait ajouter encore davantage à l’inflation des prix de vente dans les mois à venir », prévient Williamson.

Mardi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié la crise énergétique de « critique » pour l’approvisionnement mondial. « Nous ressentons tous les répercussions sur les prix du gaz et du pétrole, sur nos entreprises et sur nos sociétés », a-t-elle déclaré, plaidant pour une « solution négociée » mettant fin aux hostilités au Moyen-Orient.

L’incertitude sur la durée du conflit rend toute projection hasardeuse. Comme le résume Williamson : « Les perspectives dépendent de la durée de la guerre et de tout impact potentiel durable sur l’énergie et les chaînes d’approvisionnement. » Dans ce contexte, le PMI de mars souligne que la BCE « n’est plus dans une ‘bonne position’ en ce qui concerne la croissance et l’inflation », coincée entre la nécessité de stabiliser les prix et le risque de plonger l’économie dans une récession prolongée.

  • Donnée clé : Le PMI composite de la zone euro recule à 50,5 en mars 2024 (S&P Global), son plus bas depuis 10 mois.
  • Seuil d’alerte : Un PMI sous 50 indique une contraction de l’activité du secteur privé.
  • Risque principal : La combinaison d’une inflation élevée (proche de 3% selon l’enquête) et d’une croissance au point mort alimente le spectre de la stagflation.
  • Cause immédiate : La hausse des prix de l’énergie et les perturbations logistiques liées aux tensions au Moyen-Orient augmentent les coûts des entreprises et freinent la demande.

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