Andy Burnham appelle à un renforcement de la régulation de l’IA et des grandes technologies
Le 9 juillet 2024, lors de la première table ronde des maires régionaux anglais organisée par le Premier ministre britannique Sir Keir Starmer à Downing Street, Andy Burnham, maire du Grand Manchester, a profité de l’occasion pour réitérer son appel à une réglementation plus stricte de l’intelligence artificielle, des grandes plateformes technologiques et des secteurs clés de l’économie.
Une réaction aux leçons de la crise de 2008
Dans une tribune publiée le soir du jeudi 11 juillet 2024 par le quotidien britannique The Times, Burnham rappelle que « la cause principale du krach de 2008 était un échec de la réglementation ». Il interroge ensuite la logique d’une nouvelle vague de déréglementation comme réponse aux problèmes actuels, estimant que cela reviendrait à répéter les erreurs du passé.
Il cite spécifiquement les risques liés à la non‑régulation des médias sociaux, de l’intelligence artificielle et des grandes entreprises technologiques, soulignant que l’absence de contrôle pourrait compromettre la protection des enfants et la stabilité du marché.
Un projet politique élargi
Bien qu’il ne siège pas encore au Parlement, Burnham se présente aux élections partielles du 18 juin 2024 dans la circonscription de Makerfield, dans le nord‑ouest de l’Angleterre. Une victoire lui ouvrirait la voie pour briguer un siège à Westminster et, potentiellement, lancer un défi officiel à la direction de Keir Starmer.
Selon les données de la plateforme de marché de prédiction Polymarket, au moment de la rédaction, Burnham est donné comme le prochain Premier ministre du Royaume‑Uni le plus probable avec 56 % de chances d’accéder au poste d’ici 2026, tandis que Starmer conserverait ses fonctions avec une probabilité de 26 %.
Réaction des marchés obligataires
La perspective d’un changement de leadership plus à gauche a provoqué une certaine nervosité parmi les investisseurs en obligations d’État britanniques, communément appelées « gilts ». Ces derniers avaient jusque‑là montré une préférence pour le maintien de Starmer et de la chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves, en raison de leur engagement à maîtriser l’endettement et les dépenses publiques.
Burnham a toutefois tenté d’apaiser les marchés la semaine précédente, retirant une remarque antérieure où il suggérait que le Royaume‑Uni était « aux prises avec les marchés obligataires ».
Réponse à l’essai de Tony Blair
La tribune de Burnham fait directement écho à un essai publié par l’ancien Premier ministre Tony Blair, dans lequel ce dernier accuse le Parti travailliste de mettre en péril l’avenir du pays en privilégiant la politique intérieure au détriment de la croissance économique et d’une gouvernance compétente.
Burnham réplique en dénonçant « 40 ans de néolibéralisme » et l’acceptation généralisée de la déréglementation et de la privatisation des services essentiels, qu’il juge préjudiciables pour de nombreuses communautés britanniques. Il soutient que la théorie du ruissellement n’a pas produit les effets escomptés et que poursuivre sur cette voie risquerait d’enfermer le Royaume‑Uni dans une dynamique politique « toxique et source de division » comparable à celle observée aux États‑Unis.
Exemple de régulation réussie : les transports du Grand Manchester
Pour illustrer son propos, Burnham pointe l’intervention publique dans les services de transport du Grand Manchester comme un modèle où une stratégie d’investissement encadrée a stimulé la productivité locale. Il avance que, pour obtenir une croissance plus élevée dans les régions actuellement défavorisées, il faut un contrôle et une direction publics forts non seulement sur les transports, mais aussi sur l’énergie, l’eau, l’éducation et le logement.
Cette approche, selon lui, permettrait de conjuguer régulation intelligente et développement économique durable, tout en évitant les pièges d’une déréglementation aveugle.
Conclusion
Andy Burnham se positionne comme un acteur clé du débat sur la régulation technologique et économique au Royaume‑Uni. Son appel à un encadrement plus strict de l’IA, des grandes technologies et des secteurs essentiels s’appuie à la fois sur les leçons de la crise financière de 2008 et sur une critique du néolibéralisme prolongé. Si son ascension parlementaire se confirme, il pourrait non seulement remettre en question la direction actuelle du Parti travailliste, mais aussi influencer profondément l’orientation future de la politique économique britannique.
