Lors du sommet de deux jours organisé à Astana, les dirigeants de l’Union économique eurasienne (EAEU) ont confirmé leur volonté de renforcer l’intégration économique du bloc grâce à la numérisation et à l’intelligence artificielle. Réunissant la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Arménie, l’EAEU célèbre cette année son douzième anniversaire en tant que marché unique et zone de libre‑échange couvrant plus de 20 millions de kilomètres carrés.
Une vision numérique pour un marché homogène
Les discussions de haut niveau ont porté sur la création d’un environnement numérique unifié destiné à éliminer les barrières réglementaires et à faciliter les échanges intra‑bloc. Selon les déclarations du président kazakh Kassym‑Jomart Tokayev, la mise en place d’outils numériques communs devrait permettre de réduire la fragmentation administrative et d’accroître la compétitivité des États membres.
Les échanges commerciaux au sein de l’Union ont plus que doublé l’année dernière, tandis que le volume des échanges avec les pays tiers a augmenté de 72 %. Environ 90 % des règlements sont désormais effectués en monnaie nationale, une tendance qui témoigne de la volonté de réduire la dépendance aux devises étrangères.
Tokayev a également indiqué que le chiffre d’affaires des échanges entre les membres de l’EAEU pourrait atteindre 85 milliards d’euros en 2024, soit une hausse d’environ 6 % par rapport à 2023. Pour la période 2026‑2027, la croissance du PIB des pays membres est prévue autour de 2,5 % par an.
Intelligence artificielle : levier de coopération
Lors de sa présidence de l’EAEU, le Kazakhstan a proposé l’utilisation pratique de l’IA pour mettre en œuvre les « quatre libertés » du bloc (libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes). Cette initiative vise à renforcer la compétitivité des économies membres en automatisant certaines procédures douanières et en améliorant l’accès à l’information juridique.
Les délégations ont également convenu d’élaborer des principes communs pour une utilisation responsable de l’IA, ainsi que de mettre en commun des capacités de calcul et de développer conjointement des modèles d’IA adaptés aux besoins régionaux.
La Russie, de son côté, a annoncé la tenue prochaine d’une réunion de haut niveau sur l’intelligence artificielle afin de renforcer la coopération sur les modèles nationaux d’IA et d’interconnecter leurs infrastructures informatiques et énergétiques.
Sur le terrain, plusieurs projets pilotes sont déjà en cours. Au Kazakhstan, des assistants juridiques basés sur l’IA ont été développés par des agences gouvernementales et des start‑ups. Selon Dmitry Mun, vice‑ministre de l’Intelligence artificielle et du Développement numérique, ces outils visent à simplifier la législation, à réduire la bureaucratie et à rendre les systèmes réglementaires plus accessibles aux citoyens et aux entreprises.
- Simplification de la lecture des textes législatifs.
- Automatisation des réponses aux demandes administratives courantes.
- Tests en cours pour rationaliser les procédures douanières dans les États membres.
Corridors commerciaux et modernisation de la logistique
Environ 85 % des marchandises acheminées de la Chine vers l’Europe transitent par le Middle Corridor, une route qui relie la mer Caspienne à l’Europe orientale via le Kazakhstan et le Caucase. L’intelligence artificielle est progressivement intégrée aux systèmes de suivi et de gestion du corridor de transport numérique (TDN) afin d’optimiser les flux de marchandises.
Selon les autorités kazakhes, ces améliorations devraient permettre d’augmenter les exportations hors matières premières d’environ 30 % au cours des deux prochaines années. Le ministre du Commerce et de l’Intégration, Arman Shakkaliyev, a expliqué que le Kazakhstan souhaite tirer parti du Middle Corridor ainsi que du corridor Nord‑Sud pour bâtir un écosystème logistique entièrement intégré.
L’objectif à long terme est de faire du Kazakhstan un hub régional où convergent les principales voies de transport, avec un volume de fret attendu de près de 10 millions de tonnes d’ici 2030. Des travaux de modernisation des chemins de fer et de construction de nouvelles infrastructures sont déjà en cours.
Visite de Poutine et accords bilatéraux
Le sommet fait suite à la visite d’État du président russe Vladimir Poutine au Kazakhstan, lors de laquelle les deux pays ont signé sept piliers clés de la coopération bilatérale, couvrant l’énergie, les transports, la finance, l’éducation et le développement industriel.
La Russie demeure le plus grand investisseur au Kazakhstan, avec près de 25 milliards d’euros déjà engagés. Poutine a également confirmé la construction de la première centrale nucléaire du Kazakhstan, estimée à environ 14 milliards d’euros, qui devrait couvrir environ 20 % de la consommation électrique du pays.
Selon les déclarations de Poutine, le financement de ce projet suit les pratiques internationales et soutient la capacité industrielle russe par le biais de commandes d’équipements et de contrats de maintenance à long terme. Le projet renforce également la coopération dans les domaines de l’uranium et de la technologie nucléaire.
Pour les autorités kazakhes, cet investissement représente à la fois une avancée vers la sécurité énergétique et une étape vers une coopération technologique de grande valeur, au-delà des simples exportations de matières premières.
