lundi, juin 1, 2026
EuropeBirol prévient que l'Europe assouplirait les sanctions contre la Russie serait une "erreur majeure"

Birol prévient que l’Europe assouplirait les sanctions contre la Russie serait une “erreur majeure”

Assouplir les sanctions sur l’énergie russe serait une « erreur majeure », met en garde le directeur de l’AIE

Lors d’une interview accordée à Euronews, Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a averti que toute tentative de réduire les sanctions visant le secteur énergétique russe reviendrait à commettre une « erreur majeure » pour l’Europe. Cette mise en garde intervient alors que le bloc fait face à un deuxième choc énergétique en moins de quatre ans, consécutif à la crise du gaz liée à l’invasion de l’Ukraine et aux tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz.

Contexte des chocs énergétiques récents

Depuis mars 2024, l’Iran a effectivement limité le trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, voie par laquelle transite environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Selon les estimations de la Commission européenne, cette perturbation a entraîné une hausse de 65 % des prix du brut, tandis que les tarifs du gaz naturel ont plus que doublé sur les marchés européens.

Ces développements s’ajoutent aux conséquences de la crise du gaz russe de 2022, qui avait déjà fortement affecté la compétitivité industrielle de plusieurs États membres. Le cumul de ces deux shocks pousse l’UE à réévaluer sa dépendance aux importations d’énergies fossiles et à envisager des stratégies de diversification plus résilientes.

Position de l’AIE et avertissements sur la sécurité énergétique

Dans son rapport annuel sur les investissements énergétiques mondiaux publié le même jour que l’interview, l’AIE estime que les investissements globaux dans le secteur de l’énergie atteindront 3 400 milliards de dollars** en 2024. La répartition prévue est la suivante :

  • 2 200 milliards de dollars destinés aux réseaux, au stockage, aux carburants à faible émission, au nucléaire, aux renouvelables et à l’électrification;
  • 1 200 milliards de dollars alloués au pétrole, au gaz naturel et au charbon.

Fatih Birol souligne que la crise actuelle pourrait dépasser en ampleur les bouleversements provoqués par les chocs pétroliers des années 1970. Il insiste sur le lien étroit entre sécurité économique et sécurité énergétique, déclarant que « la compétitivité européenne et la souveraineté européenne dépendront essentiellement de sa stratégie énergétique ».

Réactions de l’UE et des États membres

La Commission européenne a jusqu’à présent exclu tout assouplissement des sanctions visant le secteur énergétique russe, même par l’intermédiaire de pays tiers. Valdis Dombrovskis, commissaire à l’Économie, a qualifié toute dérogation de « décision stratégique du point de vue de la sécurité » et a confirmé que le financement de Moscou via l’énergie prolongerait indirectement la guerre en Ukraine.

Néanmoins, la hausse des coûts de l’énergie crée des tensions internes. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a récemment adressé une lettre à la Commission européenne, demandant que la crise énergétique soit traitée avec la même priorité que la défense et que les mesures énergétiques soient exemptées des règles sur la dette et le déficit.

De leur côté, les États‑Unis ont prolongé de trente jours la dérogation aux sanctions sur le pétrole russe transporté par mer, tandis que le Royaume‑uni a assoupli certaines restrictions sur l’importation de carburéacteur russe et de diesel raffiné, tout en affirmant que ces ajustements ne constituent pas une levée des sanctions de base.

Alternatives proposées pour renforcer la souveraineté énergétique

Plutôt que de céder à la pression de réduire les sanctions, Fatih Birol recommande à l’Europe de miser sur plusieurs leviers :

  • Accélérer l’électrification de l’industrie, du transport et du chauffage;
  • Investir massivement dans les énergies renouvelables et le nucléaire de nouvelle génération;
  • Renforcer l’interconnexion des réseaux électriques afin de mieux partager les excédents de production;
  • Développer des stratégies de stockage d’énergie (batteries, hydrogène vert) pour pallier l’intermittence des renouvelables;
  • Diversifier les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) auprès de fournisseurs fiables, tout en réduisant progressivement la dépendance aux hydrocarbures russes.

Selon Birol, ces actions permettraient non seulement de contenir l’impact des fluctuations des prix des combustibles fossiles, mais aussi de positionner l’Europe comme un leader mondial de la transition énergétique, renforçant ainsi sa souveraineté et sa résilience face aux crises géopolitiques.

Conclusion

Alors que l’Europe navigue entre deux chocs énergétiques successifs, les avertissements de l’AIE rappellent que toute remise en cause du régime de sanctions contre l’énergie russe risquerait d’aggraver l’exposition du continent à la volatilité des marchés et de compromettre ses objectifs de sécurité et de défense. La voie préconisée par les experts consiste à accélérer la transition vers un mix énergétique décarboné, interconnecté et résilient, tout en maintenant une pression diplomatique et économique cohérente sur les acteurs qui menacent la stabilité régionale.

Pour voir l’interview complète de Fatih Birol sur Euronews, rendez‑vous sur la plateforme de streaming d’Euronews ou sur euronews.com.

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