lundi, juin 1, 2026
États-UnisLes juges bloquent les cartes de redécoupage de l’Alabama qui dilueraient le vote noir à mi-mandat

Les juges bloquent les cartes de redécoupage de l’Alabama qui dilueraient le vote noir à mi-mandat

Un panel fédéral bloque les cartes du Congrès de l’Alabama pour discrimination raciale

Le jeudi 7 mai 2026, un manifestant brandissait une pancarte devant l’Alabama Statehouse à Montgomery, tandis qu’un panel de trois juges fédéraux rendait une décision qui pourrait bouleverser le paysage électoral du État à l’approche des élections de mi‑mandat de novembre.

Contexte du redécoupage en Alabama

Après le recensement de 2020, l’Alabama a vu sa population noire représenter près de 26,8 % du total, selon le Bureau du recensement des États‑Unis. Malgré cette part significative, la législature contrôlée par les républicains a proposé, en 2023, un nouveau découpage des districts congressionnels – surnommé le « Plan 2023 » – qui, selon les plaignants, réduirait délibérément l’influence des électeurs noirs en les concentrant dans un seul district tout en dispersant le reste dans des circonscriptions où leur vote serait dilué.

Cette tentative s’inscrit dans une stratégie nationale du parti républicain visant à consolider sa faible majorité à la Chambre des représentants. En Floride, le gouverneur Ron DeSantis a signé, le 4 mai 2026, une loi créant une nouvelle carte du Congrès destinée à augmenter le contrôle républicain de quatre districts supplémentaires. En Virginie, la Cour suprême de l’État a, quant à elle, bloqué début avril des cartes favorables aux démocrates approuvées lors d’un référendum à l’échelle de l’État.

Décision du panel judiciaire fédéral

Le panel, siégeant devant la United States District Court for the Northern District of Alabama à Birmingham, a été saisi après que la Cour suprême des États‑Unis ait demandé une réévaluation à la lumière de l’arrêt Louisiane v. Callais (2025), dans lequel la Haute Cour avait jugé que le tracé des districts congressionnels de la Louisiane constituait un gerrymander racial.

Le collège de juges est composé de :

  • Anna Manasco – nommée par le président Donald Trump;
  • Terry Moorer – également nommée par le président Trump;
  • Stanley Marcus – initialement nommé à un tribunal de district par le président Ronald Reagan, puis promu à la Cour d’appel du 11e circuit par le président Bill Clinton.

Dans son avis, le panel a rappelé qu’il avait déjà conclu, lors d’un examen antérieur, que les cartes de l’Alabama violaient la Voting Rights Act of 1965 et discriminait intentionnellement les électeurs noirs en raison de leur race, en contravention du Quatorzième amendement de la Constitution américaine.

« À notre avis, le minimum irréductible est que la loi fédérale exige que tous les Alabamiens aient la possibilité de voter dans le cadre de plans de district non entachés de discrimination intentionnelle fondée sur la race », ont écrit les juges. Ils ont ajouté : « Nous ne nous ingérons pas à la légère dans les affaires de l’État, mais notre précédent examen des preuves incontestées ne nous a laissé aucun doute sur le fait que le plan législatif de l’Alabama (le « Plan 2023 ») a intentionnellement discriminé sur la base de la race, en violation de la Constitution. »

La décision a été rendue quatre jours après les plaidoiries entendues par le panel, confirmant ainsi la persistance du problème malgré les arguments présentés par les défenseurs du redécoupage.

Réactions politiques et implications nationales

Pour les démocrates, cette décision constitue une victoire – bien que potentiellement temporaire – dans leur quête de reprendre la majorité à la Chambre des représentants lors des élections de novembre 2026. Le parti souligne que la protection du droit de vote des minorités reste un enjeu central, surtout après les récentes victoires judiciaires en Virginie et les défis similaires en Louisiane.

Du côté républicain, les responsables de l’État ont déclaré qu’ils allaient étudier les options légales disponibles, y compris un appel devant la Cour suprême des États‑Unis, afin de déterminer si le « Plan 2023 » pourra finalement être utilisé pour les élections de mi‑mandat. Certains analystes avertissent que, indépendamment de l’issue du litige, le débat sur le redécoupage continuera d’alimenter les tensions partisanes au niveau national.

Quel avenir pour les cartes électorales ?

La décision du panel de l’Alabama place désormais la question entre les mains de la Cour suprême, qui devra trancher si les cartes, initialement adoptées en 2023, peuvent être maintenues pour le cycle électoral de 2026. Si la Haute Cour confirme l’avis du panel, l’Alabama sera contraint de proposer un nouveau tracé respectant les exigences de la Voting Rights Act et du Quatorzième amendement. Dans le cas contraire, l’État pourrait mettre en œuvre les cartes contestées, avec des conséquences potentiellement importantes sur la représentation des communautés noires au Congrès.

Quelle que soit l’issue, l’affaire souligne l’importance continue du contrôle judiciaire dans la protection des droits électoraux et rappelle que les redécoupages restent un champ de bataille où la loi, la politique et la démographie s’entrecroisent de manière complexe.

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