Épargne des ménages en Europe : où les Européens mettent‑ils le plus d’argent de côté ?
L’épargne nette des ménages représente la part du revenu disponible qui n’est pas consacrée à la consommation finale. Selon les dernières estimations de l’OCDE (2024‑2025), ce taux varie fortement d’un pays à l’autre, allant de -9,3 % en Grèce à +14,7 % en Suède et en Hongrie, tandis que la moyenne de l’Union européenne se situe autour de 8,1 %.
Grèce : un déficit d’épargne persistant
La Grèce est le seul État membre où les ménages dépensent davantage que leur revenu net disponible. En d’autres termes, ils puisent dans leurs réserves ou recourent à l’emprunt pour financer leurs dépenses courantes. Michael Haliassos, professeur à l’Université Goethe de Francfort, explique que ce phénomène s’est aggravé après la crise de la dette souveraine de 2010 : le taux d’épargne est tombé à -16,5 % en 2013 et, malgré un léger rebond proche de zéro en 2021, il est revenu à -9 % en 2022‑2023.
Cette situation s’explique notamment par le faible niveau du revenu disponible brut ajusté par habitant, qui, selon Eurostat (2024), reste plus de 20 % en dessous de la moyenne de l’UE.
Les pays où l’épargne dépasse 10 % du revenu disponible
À l’opposé, plusieurs économies affichent un taux d’épargne nette nettement supérieur à la moyenne européenne :
- Suède : 14,7 %
- Hongrie : 14,7 %
- République tchèque : 13,7 %
- France : 12,8 %
- Allemagne : 10,3 %
- Pays‑Bas : 10,2 %
L’Espagne (9,2 %) et l’Irlande (9 %) restent également au‑dessus de la moyenne de l’UE, tandis que le Danemark (7,5 %) et la Finlande (4,4 %) se situent légèrement en dessous.
Royaume‑Uni et Italie : des taux d’épargne parmi les plus faibles
Malgré leur poids économique, le Royaume‑Uni (4,7 %) et l’Italie (3,2 %) affichent des niveaux d’épargne nette bien inférieurs à la moyenne européenne. D’autres pays de l’Est et du Baltique présentent des valeurs encore plus modestes : Lettonie (0 %), Slovaquie (2 %), Estonie (3 %), Portugal (3,4 %) et Lituanie (3,8 %).
Pourquoi ces écarts existent‑ils ?
Mesurer l’épargne des ménages n’est pas une tâche triviale. Michael Haliassos souligne deux difficultés majeures :
- Le revenu disponible est souvent sous‑déclaré ou omis dans les enquêtes, principalement par crainte d’un contrôle fiscal ou pour des raisons de confidentialité.
- La consommation finale est sujette à des biais de rappel, et les méthodes utilisées pour corriger ces biais varient d’un État à l’autre.
Ces incertitudes rendent les comparaisons internationales délicates, mais elles n’enlèvent rien à la valeur globale des tendances observées.
Le rôle des filets de sécurité sociale
Une étude menée par Charles Yuji Horioka et Luigi Ventura (NBER, 2025) montre que la générosité des systèmes de retraite publique et de santé influence directement les motivations d’épargne des ménages :
- Dans les pays où les pensions publiques sont généreuses, les individus épargnent moins pour leur retraite.
- Lorsque la couverture santé est solide, le besoin de se prémunir contre des dépenses imprévues diminue, réduisant ainsi l’épargne de précaution.
Ces résultats confirment que, en Europe, les deux moteurs principaux de l’épargne restent la préparation à la retraite et la constitution d’un fonds de précaution, précisément parce que les filets de sécurité sociale, bien qu’importants, ne sont pas toujours suffisants pour couvrir tous les besoins.
Évolution récente de la moyenne européenne
Entre 2019 et 2020, la moyenne de l’UE a connu une hausse notable, passant de 6,8 % à 12,4 %, principalement en raison des confinements liés à la pandémie de COVID‑19 qui ont limité les possibilités de consommation. Depuis, le taux s’est stabilisé autour de 8 % en 2024‑2025, reflétant un retour progressif à des habitudes de dépenses plus normales.
Conclusion
Les disparités d’épargne nette des ménages en Europe révèlent à la fois des différences structurelles (niveau de revenu, âge de la population) et des réponses conjoncturelles aux crises économiques et sanitaires. Alors que certains pays comme la Suède, la Hongrie ou la France affichent un taux d’épargne confortable, d’autres, notamment la Grèce, continuent de dépenser au‑delà de leurs moyens. Comprendre ces dynamiques nécessite des données fiables, une méthodologie transparente et une prise en compte des facteurs institutionnels tels que la générosité des systèmes de protection sociale.
