Le ralentissement de l’économie européenne sous l’effet du conflit au Moyen‑Orient
En mai 2025, l’indice composite des directeurs d’achat (PMI) de la zone euro est tombé à 47,5, son plus bas niveau depuis octobre 2022, selon la première lecture flash publiée par S&P Global Market Intelligence. Ce chiffre, inférieur au seuil de 50 qui sépare expansion et contraction, marque le deuxième mois consécutif de recul de l’activité économique dans la région.
Le secteur des services, qui représente près de 70 % du PIB de la zone euro, a été le plus touché, avec un PMI des services à 46,4 – la pire lecture depuis février 2021. L’industrie manufacturière, bien que restée légèrement au-dessus du seuil de 50 (51,4), montre des signes d’essoufflement : les nouvelles commandes ont diminué pour la première fois depuis plusieurs mois, indiquant une dégradation de la demande intérieure.
Origine du choc : la fermeture du détroit d’Ormuz
Le déclencheur principal de ce ralentissement est la perturbation des flux pétroliers due à la fermeture effective du détroit d’Ormuz, conséquence directe de l’escalade du conflit en Iran. Selon les analystes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la réduction approximative de 1,2 million de barils par jour des exportations de brut a provoqué une hausse soudaine des prix de l’énergie en Europe, augmentant le coût de la vie et pesant sur le pouvoir d’achat des ménages.
Cette hausse des coûts énergétiques se reflète dans l’indice des prix à la production (PPI) de la zone euro, qui a enregistré une accélération pour le septième mois consécutif, atteignant son plus haut niveau depuis trois ans et demi (Eurostat, mai 2025). En France, le PPI a grimpé de 6,8 % sur un an, tandis qu’en Allemagne l’indice des prix des intrants manufacturiers a retrouvé les niveaux observés lors de la crise énergétique de 2022.
Situation particulière de la France
La France enregistre la contraction la plus marquée parmi les grandes économies de la zone euro. L’indice PMI composite français est tombé à 43,5 en mai, contre 47,6 le mois précédent, bien en dessous de la prévision consensus de 47,7 (S&P Global, flash PMI mai 2025).
Le secteur des services, pilier de l’économie française, a vu son PMI chuter à 42,9 – le niveau le plus bas depuis 66 mois. La production manufacturière, qui avait brièvement rebondi en avril, a de nouveau basculé en territoire négatif, perdant plus de six points dans le sous‑indice de production.
Les entreprises interrogées citent directement la hausse du coût de l’énergie liée au conflit au Moyen‑Orient comme facteur principal de cette détérioration. Selon Joe Hayes, économiste principal chez S&P Global Market Intelligence, « l’impact inflationniste du choc pétrolier continue de se propager, augmentant le risque d’une nouvelle destruction de la demande ».
Par ailleurs, le sentiment des dirigeants français s’est détérioré : pour la première fois depuis novembre 2024, les prévisions d’activité pour les douze prochains mois sont devenues négatives, avec un degré de pessimisme comparable à celui observé lors du premier confinement lié à la Covid‑19 en avril 2020.
L’Allemagne : stagnation avec risques accrus
L’Allemagne, souvent décrite comme le moteur industriel de l’Europe, montre des signes de stagnation. L’indice PMI composite allemand a légèrement progressé de 48,4 à 48,6 en mai, restant toutefois fermement en dessous du seuil de 50. Le secteur manufacturier a vu son PMI tomber à 49,9, son plus bas niveau en quatre mois, tandis que les nouvelles commandes ont diminué pour la première fois depuis décembre 2025.
Le marché du travail allemand subit également une pression accrue : l’emploi a chuté au rythme le plus rapide depuis plus d’un an et demi, principalement en raison de réductions d’effectifs dans l’industrie manufacturière. L’inflation des coûts des intrants a atteint son plus haut niveau depuis trois ans et demi, alimentée par la hausse des prix de l’énergie et les pénuries d’approvisionnement liées à la fermeture du détroit d’Ormuz (Phil Smith, directeur associé de l’économie chez S&P Global Market Intelligence).
Réponse de la Banque centrale européenne face à un dilemme croissant
Face à une inflation persistante accompagnée d’un ralentissement de la croissance, la BCE se trouve confrontée à un dilemme de politique monétaire de plus en plus aigu. Les données de mai montrent une augmentation des prix facturés pour les biens et services au rythme le plus rapide en 38 mois, tandis que l’activité économique poursuit sa contraction.
Les marchés monétaires intègrent désormais une probabilité supérieure à 80 % d’une hausse de 25 points de base des taux directeurs lors de la prochaine réunion de la BCE, avec deux autres resserrements anticipés d’ici la fin de l’année, même si les indicateurs de croissance continuent de se détériorer (Williamson, économiste en chef chez S&P Global Market Intelligence). Cette perspective souligne la difficulté de la BCE à juguler l’inflation sans exacerber le risque de récession.
Perspectives et recommandations pour les acteurs économiques
Dans ce contexte d’incertitude élevée, plusieurs leviers peuvent être actionnés :
- Diversification des sources d’énergie : accélérer les investissements dans les énergies renouvelables et renforcer les interconnexions électriques régionales pour réduire la dépendance aux flux transitant par le détroit d’Ormuz.
- Soutien ciblé aux secteurs les plus vulnérables : mettre en place des mesures temporaires d’allègement de charges pour les entreprises de services fortement impactées par la hausse du coût de la vie.
- Surveillance renforcée des indicateurs avancés : suivre de près les enquêtes PMI, les données du marché du travail et les indicateurs de confiance des consommateurs afin d’ajuster les politiques budgétaires et monétaires en temps réel.
- Communication transparente : les institutions européennes et nationales doivent clarifier leurs objectifs et leurs actions pour maintenir la confiance des marchés et des ménages.
En somme, le choc géopolitique lié au conflit en Iran a déclenché une chaîne d’événements qui affecte directement l’économie réelle de la zone euro. Une réponse coordonnée, alliant politiques énergétiques, soutien budgétaire ciblé et une politique monétaire prudente, sera essentielle pour éviter une récession prolongée tout en maîtrisant les pressions inflationnistes.
