lundi, juin 1, 2026
EuropeUn économiste de la Banque mondiale : aucun pays ne s’est développé sans urbanisation

Un économiste de la Banque mondiale : aucun pays ne s’est développé sans urbanisation

Le Forum urbain mondial de Bakou 2026 : urbanisation, défis et opportunités

Du 17 au 22 mai 2026, la capitale azerbaïdjanaise accueille la treizième session du Forum urbain mondial (FUM13). Plus de 40 000 délégués provenant de 182 pays se sont inscrits, faisant de cette édition l’une des plus importantes de l’histoire du forum. Le thème retenu, « Loger le monde : des villes et des communautés sûres et résilientes », reflète les enjeux actuels liés à la croissance urbaine rapide, notamment en Afrique et en Asie du Sud.

Le point de vue de la Banque mondiale

Lors d’un entretien accordé à Euronews, Mark Roberts, économiste principal à la Banque mondiale, a souligné qu’« aucun pays ne s’est jamais pleinement développé sans urbanisation ». Selon lui, traiter la croissance urbaine comme un problème à gérer revient à négliger le potentiel économique qu’elle génère.

Roberts précise que les besoins de financement pour les infrastructures urbaines sont « énormes », particulièrement en Afrique ainsi que dans toutes les régions connaissant une urbanisation accélérée. Il ajoute : Aucune agence, organisation donatrice ou secteur public ne suffit à lui seul. Il s’agit de catalyser des financements provenant de diverses sources, y compris du secteur privé. Cette approche mixte vise à mobiliser les capitaux nécessaires pour répondre aux défis liés aux inondations, à la chaleur extrême et à la pression sur les services de base.

Les défis de l’urbanisation rapide en Afrique et en Asie du Sud

Malgré l’optimisme de la Banque mondiale, plusieurs experts mettent en garde contre les conséquences d’une urbanisation mal maîtrisée. Le Dr Moges Tadesse, responsable de la résilience à la municipalité d’Addis‑Abeba, explique que pour de nombreuses villes africaines, la vitesse de la croissance urbaine dépasse déjà la capacité de réponse des gouvernements.

Il souligne que le changement climatique n’affecte pas seulement le logement, mais aussi l’économie et la vie humaine, provoquant des effets désastreux lorsqu’il n’est pas accompagné d’investissements adéquats. Selon lui, un soutien international accru est indispensable pour aider les pays les plus vulnérables à absorber les coûts générés en grande partie par les émissions historiques des nations plus riches.

Des études récentes de l’ONU‑Habitat montrent que, en 2024, près de 60 % de la population urbaine d’Afrique subsaharienne vivait dans des établissements informels, où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’électricité reste limité. Ces chiffres illustrent l’urgence d’une planification urbaine intégrée qui tienne compte du climat, de l’équité sociale et du développement économique.

Le rôle des financements mixtes

Pour répondre à l’écart entre les besoins estimés et les ressources disponibles, le Forum urbain mondial encourage la mise en place de mécanismes de financement mixte. Ces mécanismes combinent des fonds publics, des investissements privés et des capitaux philanthropiques afin de réduire le risque perçu par les investisseurs et d’attirer des capitaux à long terme.

Des exemples concrets existent déjà : le programme « Cities Climate Finance Leadership Alliance » a mobilisé plus de 2 milliards de dollars américains pour des projets d’adaptation climatique dans des métropoles telles que Lagos, Johannesburg et Dhaka. Lors du FUM13, plusieurs tables rondes sont dédiées à l’élaboration de feuilles de route similaires pour les villes africaines en pleine expansion.

Contexte et historique du Forum urbain mondial

Créé par l’Assemblée générale des Nations unies en 2001, le Forum urbain mondial a été lancé parallèlement à la création d’ONU‑Habitat. La première édition s’est tenue à Nairobi en 2002, rassemblant environ 1 200 participants. Depuis, le forum se déroule tous les deux ans dans une ville différente.

Parmi les villes hôtes précédentes figurent Barcelone (2004), Vancouver (2006), Rio de Janeiro (2010), Abu Dhabi (2014), Katowice (2018) et Le Caire (2022). Chaque édition produit un document final destiné à orienter les politiques urbaines internationales ; pour Bakou 2026, il s’agit de l’« Appel à l’action de Bakou », qui viendra soutenir le nouvel agenda urbain des Nations unies.

Perspectives et appel à l’action de Bakou

Les débats du FUM13 devraient aboutir à un ensemble de recommandations portant sur :

  • l’accélération des investissements dans les infrastructures résilientes aux aléas climatiques;
  • la promotion de logements abordables et de qualité dans les zones urbaines en croissance;
  • le renforcement des capacités des gouvernements locaux à planifier et à gérer l’urbanisation de façon inclusive;
  • l’encouragement des partenariats public‑privé pour financer des projets de transport durable et d’efficacité énergétique.

En réunissant décideurs, chercheurs, représentants du secteur privé et acteurs de la société civile, le Forum urbain mondial de Bakou 2026 cherche à transformer l’urbanisation d’un défi perçu en une opportunité de développement durable, en s’appuyant sur des données factuelles, des expertises reconnues et une coopération multilatérale renforcée.

Découvrez nos autres contenus

Articles connexes